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Bulletin Quotidien Europe N° 12439
POLITIQUES SECTORIELLES / Migration

Les ministres de l'Intérieur de l'UE exhortent la Turquie à respecter la Déclaration de 2016 et critiquent ses agissements

Réunis en séance extraordinaire à Bruxelles mercredi 4 mars pour réagir à la situation aux frontières gréco-turque et turco-bulgare, les ministres de l’Intérieur des États membres de l’UE ont apporté leur soutien à la Grèce, à la Bulgarie et à Chypre pour faire face à d’éventuelles nouvelles arrivées de migrants à leurs frontières après qu’Ankara a provisoirement rompu, en fin de semaine dernière, la mise en œuvre de la Déclaration de mars 2016 (EUROPE 12436/12).

À ce titre et au moment où le président du Conseil européen, Charles Michel, se trouvait à Ankara pour rencontrer le président turc, Recep Tayyip Erdogan (voir autre nouvelle), les ministres ont critiqué les agissements de la Turquie dans une déclaration politique sur les frontières extérieures.

Bien que reconnaissant la pression migratoire en Turquie, où se trouvent 3,7 millions de réfugiés, comme l’a expliqué le ministre de l’Intérieur croate, Davor Božinović, ils ont ainsi rejeté « l’usage par la Turquie de la pression migratoire à des fins politiques ». La situation aux frontières extérieures de l’UE « n’est pas acceptable », ont-ils estimé.

Ce langage est toutefois plus neutre qu’une version précédente de la déclaration dans laquelle ils « condamnaient » expressément ces agissements. Le langage aurait été adouci à la demande de l’Allemagne, selon plusieurs sources.

Les ministres ont ensuite appelé la Turquie à appliquer pleinement la Déclaration de mars 2016, qui a « produit des résultats tangibles ». Ils rappellent en effet que les deux parties ont tout intérêt à continuer de s'en tenir à cette Déclaration et d’en voir les bénéfices, celle-ci consistant notamment à donner de l’argent à la Turquie pour abriter sur place les réfugiés syriens et à empêcher les départs de migrants vers l’UE.

Alors que, selon les autorités grecques, entre 10 000 et 15 000 personnes seraient actuellement à la frontière turco-grecque et en attente d'entrer en Grèce, les ministres européens ont aussi voulu envoyer un signal de fermeté à ces personnes, tentées d'entrer illégalement dans le pays.

Ils ont ainsi souhaité signaler dans leur texte qu’aucun franchissement « illégal » de frontières ne serait « toléré » et que les migrants ne devaient en aucun cas être « encouragés » à traverser ces frontières. Toutes les « actions nécessaires seront prises » pour empêcher ces franchissements, notent les ministres, et cela dans « le respect du droit européen et international ».

C’est donc un message très ferme que les Vingt-sept ont voulu adresser à Ankara, au lendemain d’annonces de la Commission ayant également pour but de protéger les frontières européennes par l’envoi de renforts de l’agence Frontex et une aide financière supplémentaire de 700 millions d’euros (EUROPE 12438/1).

La commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a indiqué à ce titre, à l’issue de la réunion des ministres, que tous les États membres avaient répondu « positivement » aux demandes de renforts envoyées à Frontex.

Plusieurs pays ont déjà indiqué le nombre de gardes-frontières qu’ils seront susceptibles d’envoyer. Le ministre de l’Intérieur français, Christophe Castaner, a ainsi évoqué une « douzaine de personnes » pouvant être mobilisées. Participant à Schengen et invitée à la réunion, la Suisse a, elle, indiqué qu’entre 2 et 16 gardes-frontières pourraient être mis à disposition.

Les ministres reviendront sur l’aide à apporter à ces pays le 13 mars prochain lors d’un nouveau Conseil 'Affaires intérieures'.

La Grèce dénonce l’instrumentalisation des migrants et les fausses nouvelles

De leur côté, les ministres grecs chargés notamment de l’asile et de la migration ou de la protection des citoyens ont dénoncé plus brutalement les agissements de la Turquie, lors d'une conférence de presse.

Accusant Ankara de diffuser de fausses informations, ce que les ministres européens ont aussi reconnu dans leur déclaration en appelant le « gouvernement turc et tous les acteurs et organisations à contrer la propagation de fausses informations », les responsables grecs ont catégoriquement démenti les violences prêtées aux garde-côtes grecs. Ils ont également démenti des informations selon lesquelles un migrant aurait trouvé la mort dans des affrontements avec la police grecque.

La suspension d’un mois des dépôts de demandes d’asile sur le sol grec est « légale », a dit le ministre d’État, Georgios Gerapetritis. Il a ajouté que des dérogations étaient prévues dans le droit international et européen pour faire face à des menaces à l’ordre public ou la santé publique.

Cette pause d’un mois va permettre néanmoins de se pencher sur le cas de personnes bloquées à la frontière qui auraient besoin de protection internationale, ont semblé suggérer les responsables grecs.

Interrogée sur le sujet, la commissaire européenne a rappelé l’importance de respecter les droits fondamentaux et a souligné la « situation difficile » des personnes bloquées à la frontière, pour lesquelles « il faut trouver une solution ». Mais « les frontières ne sont pas ouvertes, ce n’est pas vrai », a-t-elle insisté.

Soulager les îles grecques

En soutien à la Grèce, et même si la déclaration n’en fait aucune mention, plusieurs États membres ont encore réitéré, en marge de la réunion, leur disponibilité à soulager les îles grecques et à accueillir sur leur sol des mineurs non accompagnés actuellement bloqués dans les camps grecs.

Le ministre allemand, Horst Seehofer, a ainsi appelé ses partenaires à rejoindre une coalition de volontaires pour prendre en charge des mineurs non accompagnés déjà présents dans les îles grecques. Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois chargé de la Migration, a également répondu à cet appel, tout comme la Finlande. M. Castaner a, quant à lui, souligné que la France s'était déjà engagée à recevoir 400 mineurs venus des camps des îles grecques.

Voir la déclaration : http://bit.ly/3cxPbj6  (Solenn Paulic)

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