Invitée à s’exprimer devant la commission de l’environnement (ENVI) du Parlement européen, la militante suédoise pour le climat Greta Thunberg a fortement critiqué la ‘loi climat’ de la Commission européenne, mercredi 4 mars, au moment même où ce projet de règlement était officiellement présenté par la présidente de l'institution, Ursula von der Leyen, et son vice-président chargé du Green Deal européen, Frans Timmermans (voir autre nouvelle).
« Cette loi climat est une capitulation parce que la nature ne négocie pas et on ne peut pas passer de marchés avec la physique », a ainsi estimé la jeune activiste dans une salle pleine à craquer pour l’occasion.
La Suédoise a en particulier critiqué le fait que le règlement n’est pas en accord avec les meilleures données scientifiques actuellement disponibles et n’inclut que des « objectifs lointains » qui « ne signifieront rien » si les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sont pas drastiquement réduites dans les quelques années à venir.
« Aucune politique, aucun plan ou accord ne sera suffisant tant que vous continuerez à ignorer le budget CO2 qui s’applique aujourd’hui », a-t-elle ainsi lancé, réclamant des objectifs non pas uniquement pour 2030 ou 2050, mais surtout pour 2020 et chaque année suivante.
Plutôt que de compter sur le développement incertain de technologies à émissions négatives, elle a appelé à changer nos comportements et notre société.
Greta Thunberg a également semblé reprocher à cette loi de n’être qu’une opération de Greenwashing de la Commission, déclarant : « Une telle loi envoie un signal fort indiquant qu’une action réelle suffisante est en cours, alors qu’en fait, elle ne l’est pas ».
Plus généralement, elle a à nouveau critiqué le manque de prise de conscience et de leadership des dirigeants, alors que le monde dispose « d’une richesse et d’actifs financiers sans précédent ».
Tout en fustigeant la tendance de l’Union européenne à se prétendre « leader climatique » alors qu’elle continue à financer des énergies fossiles, la jeune activiste a exhorté l’UE à montrer la voie et à devenir un « réel leader climatique ».
Réactions mitigées des groupes politiques. Au terme de son intervention chaleureusement applaudie (une grande partie de la salle s’est même levée), les coordinateurs des groupes politiques de la commission ENVI ont pris la parole un à un, certains rejoignant son discours, d’autres nettement moins.
Abondant dans son sens, Bas Eickhout (Verts/ALE), a qualifié la ‘loi climat’ de « décevante ». Le Néerlandais a ensuite appelé à « remettre la science en perspective » et à passer des paroles aux actes sans plus attendre, en augmentant les ambitions climatiques de l’UE dès cette année.
À l’instar de Pascal Canfin (Renew Europe, français) (EUROPE 12438/3), il a exprimé sa crainte que l’objectif pour 2030 ne soit pas rehaussé à temps pour la COP26 en novembre et que l’UE ne soit ainsi pas en mesure de montrer la voie aux autres pays.
Dans la même veine, Jytte Guteland (S&D, suédoise), rapporteur sur la ‘loi climat’, a jugé que cette loi n’est pas « conforme à la science ». Elle a en outre recommandé de fixer des objectifs plus ambitieux pour aujourd’hui et pour 2030.
Dénonçant « beaucoup d’hypocrisie dans la salle », Silvia Modig (GUE/NGL, finlandaise) a, pour sa part, déclaré que « ce dont nous avons besoin, c’est le courage et la volonté politique pour prendre les mesures nécessaires ». Jugeant la ‘loi climat' pas assez ambitieuse, elle a souligné que baisser les émissions de 50% d’ici 2030 est insuffisant. Et d’ajouter : « Ce n’est pas une opinion, c’est un fait ».
En revanche, Silvia Sardone (ID, italienne) et Pietro Fiocchi (CRE, italien) ont fortement critiqué le discours de Greta Thunberg.
La première a ainsi reproché aux jeunes activistes pour le climat de tenir des discours en faveur de l’environnement sans être prêts à renoncer à leurs smartphones ou aux fast foods. Le second, quant à lui, a appelé à ne pas revoir les objectifs climatiques, mais à conserver ceux de Paris, tout en soulignant la nécessité de baser ces objectifs sur des études d’impact.
De son côté, Peter Liese (PPE, néerlandais) a estimé que la ‘loi climat’ est ambitieuse et a plaidé pour investir davantage dans la recherche et l’innovation afin de décarboner l’industrie. À cet égard, il a pointé du doigt le comportement des États membres qui proposent de réduire le budget dédié à l’innovation dans le cadre financier pluriannuel 2021-2027.
Enfin, selon Nils Torvalds (Renew Europe, finlandais), en prévoyant de relever l’objectif 2030 de réduction des émissions de GES de -40 % à -50 %, voire -55 %, la ‘loi climat’ représente déjà un pas significatif.
Voir la ‘loi climat’ (en anglais) : http://bit.ly/38nocUn et la lettre des 34 jeunes activistes (en anglais) : http://bit.ly/2PP1zBM (Damien Genicot)