La Commission européenne a estimé, vendredi 28 février, que l’Union européenne était « mieux équipée que jamais » pour faire face à une éventuelle nouvelle crise migratoire, après que la Turquie a laissé entendre qu’elle pourrait rompre l’accord scellé avec l'UE en mars 2016 en réaction à l’attaque que ses soldats ont essuyée en Syrie (voir autre nouvelle).
Cette meilleure préparation est en partie liée aux centres 'hotspots', selon Adalbert Jahnz, porte-parole de la commissaire aux affaires européennes, Ylva Johansson. Pourtant très décriés par les associations sur le terrain, ces centres de réception et d’identification des migrants ont été mis notamment en place en Grèce dans la foulée de la crise migratoire de 2015.
Vendredi, la Grèce a annoncé avoir doublé ses patrouilles de surveillance à ses frontières terrestres et maritimes pour surveiller les flux de migrants. Elle aurait aussi fermé la frontière terrestre dans la zone d'Évros, selon des médias locaux.
« La Grèce n'est pas responsable des événements tragiques survenus en Syrie et ne subira pas les conséquences des décisions prises par d'autres. J'ai informé l'Union européenne de la situation », a commenté le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, dans la journée, sur son compte Twitter.
Selon les médias grecs, plusieurs dizaines de personnes, dont des Syriens abrités en Turquie, étaient déjà arrivées vendredi matin au niveau de cette frontière terrestre d’Évros ou dans les îles grecques comme Lesbos, où la population grecque manifeste contre la construction de nouveaux camps d'accueil.
À ce stade, la Commission est d’avis que « la déclaration avec la Turquie tient toujours », Ankara n'ayant fait « aucune annonce officielle » sur une quelconque évolution de sa position, a commenté Peter Stano, porte-parole du Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell. Et « nous nous attendons à ce que la Turquie respecte ses engagements », a-t-il ajouté. Plus tard dans la journée, M. Borrell a assuré avoir reçu des « assurances » du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, selon lequel « la Turquie reste liée à la Déclaration commune UE/Turquie ».
Selon l’accord de mars 2016 (EUROPE 11514/1), la Turquie doit, en échange notamment d’une aide financière substantielle (6 milliards d'euros jusqu'à fin 2020), contenir les flux de migrants vers la Grèce et prendre en charge les réfugiés, surtout des Syriens. Elle doit aussi accepter de reprendre sur son sol les personnes, notamment syriennes, qui seraient quand même arrivées en Grèce et se charger de leur demande d'asile. Mais ce volet ‘retours’ vers la Turquie n’a jamais bien fonctionné. L’UE, de son côté, s’est aussi engagée à réinstaller sur son territoire des Syriens réfugiés en Turquie.
Ces dernières années, les autorités turques ont plusieurs fois menacé l’UE de ne plus appliquer l'accord, notamment en réaction à ses différends avec certains pays membres et du fait que l’argent promis n’était pas versé intégralement. À ce stade, 4,7 milliards d'euros ont été contractés et 3,2 milliards déboursés. (Solenn Paulic)