Le ministre des Affaires étrangères saoudien, Adel al-Joubeir, a balayé, le 21 janvier, d’une voix fluette, mais fermement, les critiques de plusieurs députés européens concernant l’emprisonnement du titulaire du Prix Sakharov 2015, le blogueur Raif Badawi (EUROPE 11455/12), de plusieurs femmes ayant conduit sans voile ou l’implication de l’État saoudien dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi (EUROPE 12125/11).
« Le système judiciaire saoudien est indépendant. Nous n’accepterons pas que quelqu’un remette en cause ce système. Nous sommes un pays souverain et pas une république bananière », a-t-il lancé aux députés de la commission Affaires étrangères du PE. « On ne se fait pas donner la leçon facilement, par rapport au système juridictionnel, sur la façon dont la justice doit fonctionner », a-t-il ajouté. Le ministre a demandé aux députés d’arrêter de critiquer et de commencer à travailler avec lui sur ces sujets.
M. al-Joubeir, qui était venu présenter les progrès de son pays dans la mise en œuvre de la Vision 2030 pour que l’Arabie Saoudite devienne une société « tolérante, inclusive et moderne », a dû justifier les actions saoudiennes sur le plan intérieur, mais aussi à l’étranger, notamment au Yémen.
Interrogé notamment sur l’assassinat de Jamal Khashoggi, il a comparé la situation avec les exactions menées par les Américains dans la prison d’Abou Ghraib en Irak. « Est-ce que l'Irak le savait ? Est-ce que le ministre de la Défense ou le président le savait ? Ils ne le savaient pas et, quand ils l’ont su, ils ont pris des mesures et ont enquêté », a-t-il expliqué. Le ministre a ajouté que cette histoire était « très douloureuse pour l’Arabie Saoudite », qu’il s’agissait d’une « erreur » dont le pays « paiera le prix pendant de nombreuses années ». (Camille-Cerise Gessant)