Bruxelles, 16/12/2015 (Agence Europe) - L'épouse du blogueur saoudien Raïf Badawi, Ensaf Haidar, a reçu, mercredi 16 décembre, le Prix Sakharov pour les Droits de l'homme 2015, au nom de son mari, emprisonné pour avoir insulté les valeurs de l'Islam sur son site web consacré aux débats sociaux, politiques et religieux. Lors de la réception de son prix, un portrait de son mari dans les mains, Mme Haidar a été longuement applaudie.
Le « crime » de Raïf Badawi est « d'être une voix libre dans le pays de la pensée unique », a souligné sa femme lors de son discours en plénière, soulignant être « fière » de lui. « Il a eu le courage de faire entendre sa voix et de dire non à leur barbarie: c'est la raison pour laquelle ils l'ont fouetté », a-t-elle précisé. Selon Mme Haidar, « dans nos pays, une pensée libre et éclairée est considérée comme du blasphème, c'est l'idéologie de certaines sociétés arabes. Toute pensée libre est décadente et détourne du vrai chemin». « La société (saoudienne) vit sous le joug d'un régime théocratique, qui ne demande aux gens que d'être des béni-oui-oui », a-t-elle ajouté. Elle a terminé son discours par une citation de son mari: « À ceux qui veulent la mort, nous souhaitons la vie. À ceux qui veulent que nous restions ignorants, nous leur souhaitons qu'ils reviennent à la raison ».
Lundi, lors d'une audition en commission des affaires étrangères du PE, Mme Haidar avait jugé que le Prix Sakharov lui donnait « un espoir », qu'il était « un premier pas vers la libération et la liberté » de son mari. « Ce prix est la plus grande étape vers la libération de Raïf », a-t-elle ajouté.
En plénière, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a une nouvelle fois appelé le Roi Salmane à gracier M. Badawi et de le libérer immédiatement et sans condition. « Raïf Badawi est devenu un symbole et une source d'inspiration pour tous ceux qui luttent en faveur des droits fondamentaux dans la région et au-delà », a-t-il ajouté. M. Schulz a aussi salué le courage et la détermination de Mme Haidar, qui a dû fuir au Canada.
Le blogueur militant saoudien Raïf Badawi a été condamné à 10 ans de prison, 1 000 coups de fouet et une lourde amende. Il est en prison depuis 2012. Le Prix Sakharov lui avait été officiellement décerné le 29 octobre (EUROPE 11421). (Camille-Cerise Gessant)