Bruxelles, 16/12/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne a publié, mardi 15 décembre, un état des lieux des mesures mises en oeuvre en Grèce, en Italie et dans les Balkans occidentaux dans le cadre de l'agenda européen en matière de migration. Elle constate la difficulté avec laquelle se mettent notamment en place les décisions de relocalisation des migrants bénéficiant du droit d'asile ainsi que les centres ('hotspots') d'enregistrement et d'identification des migrants arrivant dans l'UE.
À ce jour, seulement 208 personnes ont été relocalisées depuis l'Italie et la Grèce (144 depuis l'Italie et 64 depuis la Grèce) vers d'autres pays sur les 160 000 personnes que les États membres se sont engagés à accueillir sur deux ans. Lors du sommet européen des 17 et 18 décembre, les Vingt-huit devraient reprendre à leur compte ce semi-échec et s'engager à nouveau à accélérer la mise en oeuvre de ces décisions.
Dans le rapport relatif à la Grèce, la Commission observe que, sur les cinq 'hotspots' que le gouvernement doit mettre en place (Lesbos, Leros, Kos, Chios et Samos), seul celui de Lesbos est actuellement opérationnel. « Et si elle a nommé des coordinateurs à leur tête et créé un comité de coordination centrale, la Grèce doit encore achever la construction des centres de crise dans les délais prévus et améliorer leur organisation », note l'institution européenne. Les autres États membres devraient continuer d'aider la Grèce en mettant à sa disposition l'expertise nécessaire pour permettre le plein déploiement des centres de crise. Pour sa part, Frontex aidera la Grèce à enregistrer les migrants présents dans sa région frontalière septentrionale, où elle déploiera des gardes-frontières supplémentaires. À la demande de la Grèce, l'agence va également déployer des équipes d'intervention rapide aux frontières (RABIT) en mer Égée et dans les îles de la mer Égée.
La Grèce s'est aussi engagée à porter sa capacité d'accueil des demandeurs d'asile à 30 000 places d'ici à la fin de l'année et sera aidée par l'UNHCR à en fournir au moins 20 000 de plus. Le 14 décembre, la Commission a conclu avec l'UNHCR un accord de financement d'un programme locatif pour la fourniture de ces 20 000 places d'accueil en vertu duquel elle lui accordera 80 millions d'euros (EUROPE 11453). Au total, la Grèce devrait ainsi disposer de 35 000 places d'accueil au début du mois de janvier 2016.
Les États membres ont convenu, par ailleurs, d'aider la Grèce par la relocalisation de 66 400 personnes ayant besoin d'une protection internationale. « La relocalisation a commencé très lentement, mais ces dernières semaines ont vu des signes d'amélioration ». Toutefois, seuls 9 pays ont offert à la Grèce de relocaliser 305 personnes au total, indique la Commission. Depuis le début de 2015, Athènes a procédé à 16 131 retours forcés et à 3 460 retours volontaires aidés de migrants qui n'avaient pas droit à l'asile en Europe. « Toutefois, le pays ne dispose toujours pas d'une stratégie globale en matière de retour, ni des capacités de rétention requises pour empêcher les personnes concernées d'échapper à un retour », estime la Commission.
En ce qui concerne l'Italie, sur les six centres de crise ou 'hotspots' promis par les autorités italiennes (Lampedusa, Pozzallo, Porto Empedocle/Villa Sikania, Trapani, Augusta et Taranto), seul le centre de Lampedusa est « opérationnel, mais deux autres devraient ouvrir prochainement ». À Taranto, Trapani et Augusta, les travaux sont toujours en cours. « L'Italie doit prendre des mesures pour accroître l'efficacité des opérations de filtrage et de relevé des empreintes digitales et améliorer le système des transferts depuis les centres de crise », explique la Commission.
Les relocalisations au départ de l'Italie restent « encore très en-deçà du taux nécessaire pour atteindre l'objectif global de 39 600 relocalisations en deux ans », note la Commission. À ce jour, seuls 12 pays ont pris l'engagement d'accueillir 1 041 personnes au total et mis à disposition des places d'accueil à cet effet. « Les États membres doivent prendre des engagements beaucoup plus substantiels et réduire leur temps de réaction afin de permettre un déploiement plus rapide du système », fait remarquer la Commission.
En 2015, l'Italie a procédé à plus de 14 000 retours forcés de personnes n'ayant pas droit à l'asile et participé à 11 vols communs à plusieurs États membres, organisés par l'agence Frontex, pour le retour de demandeurs d'asile déboutés.
Enfin, dans les Balkans occidentaux, le rapport détaille les initiatives prises depuis le mini-sommet du 25 octobre. En Slovénie, plus de 200 officiers de police ont ainsi été envoyés par d'autres pays dans le cadre d'accords bilatéraux alors que l'engagement du 25 octobre était de 400. La Croatie, la Grèce, la Serbie et la Slovénie ont toutes activé le mécanisme de protection civile de l'UE. « À ce jour, 15 États membres ont répondu à cet appel et envoyé moyens d'hébergement, couvertures, vêtements et matériel médical. Mais beaucoup de matériel n'a toujours pas été fourni et, l'hiver s'installant, les besoins ne vont devenir que plus criants », note la Commission. (Solenn Paulic)