Bruxelles, 16/12/2015 (Agence Europe) - Le Parlement européen soutient l'objectif (fixé par le Conseil européen en octobre 2014) de 10% d'interconnexion électrique entre les États membres à l'horizon 2020, mais il plaide pour des objectifs régionaux complémentaires à l'horizon 2030 reposant sur des preuves scientifiques probantes. Tel est, en substance, le message du rapport élaboré par Peter Eriksson (Verts/ALE, suédois) et adopté par le PE en assemblée plénière, mardi 15 décembre à Strasbourg.
Rappelant les gains d'un marché de l'électricité pleinement intégré - une réduction des prix d'au moins 2 euros par mégawatt/heure et une économie de près de 40 milliards d'euros par an d'ici 2030, pourvu que 150 milliards d'euros d'investissements soient réalisés pour interconnecter leurs réseaux et intégrer les énergies renouvelables - le PE juge « primordial » l'objectif de 10% d'interconnexion d'ici 2020.
Cependant, il juge que cet objectif ne reflète pas toujours la situation du marché ni ne repose sur des éléments scientifiques probants. Compte tenu de l'évolution du système énergétique depuis 2002 et de l'essor des énergies renouvelables, le PE met en doute l'objectif de 15% d'interconnexion à l'horizon 2030. Il invite donc la Commission à étudier la possibilité de fixer des objectifs régionaux complémentaires et établir de meilleurs critères de référence qualitatifs et quantitatifs tels que les débits de pointe et les goulets d'étranglement pour déterminer le niveau d'interconnexion nécessaire. Il souligne aussi la nécessité d'établir un objectif d'interconnexion électrique sur la base des objectifs climatiques de long terme de l'UE.
Le rapport Eriksson fait aussi une évaluation de la coopération régionale.
Pour la région de la mer Baltique, les députés s'inquiètent du fait que les États baltes soient encore synchronisés avec le réseau électrique russe et en dépendent, ce qui constitue, à leurs yeux, un obstacle à une véritable intégration et au bon fonctionnement du marché européen de l'électricité. Ils plaident donc pour une synchronisation rapide du réseau électrique balte avec le réseau du continent européen. Pour la région de la mer du Nord, le PE souligne que la coordination de la planification et de la construction d'un réseau énergétique régional en mer, l'accès au marché et le partage des réserves dans cette région permettraient de réaliser des économies de l'ordre de 5 à 13 milliards d'euros par an d'ici à 2030 grâce à un marché régional mieux intégré. Les députés font remarquer que la région de la mer du Nord pourrait générer plus de 8% de l'approvisionnement électrique en Europe d'ici à 2030. Pour l'Europe centrale et occidentale, les députés mettent en exergue le modèle de réussite qu'est le partage du marché de l'électricité entre l'Autriche et l'Allemagne. Pour l'Europe centrale et du Sud-Est, le PE demande que la coopération et la coordination concernant la planification et la mise en place, à long terme, d'un réseau énergétique régional dépassent les frontières de l'UE pour y associer les pays des Balkans occidentaux non membres ainsi que la Turquie. Pour la péninsule ibérique, le PE juge trop faible la capacité d'interconnexion actuelle avec le reste de l'Europe et insuffisants les projets inclus dans la première liste des projets d'infrastructures énergétiques d'intérêt commun (PCI). Il appelle la Commission à mener une étude sur les avantages de l'interconnexion avec la France, le Royaume-Uni, l'Italie et les pays de la rive sud de la Méditerranée. (Emmanuel Hagry)