Bruxelles, 16/12/2015 (Agence Europe) - Les ministres européens de la Pêche sont parvenus, mercredi 16 décembre, vers une heure trente du matin, à un accord politique sur les totaux admissibles de captures (TAC) et quotas pour 2016 dans les eaux de l'Atlantique, Manche et mer du Nord.
Il aura fallu deux textes de compromis, de longues discussions en trilatérales (délégation, Présidence luxembourgeoise et Commission européenne) et un petit cafouillage pour répartir les niveaux de captures de merlan bleu pour venir à bout de ce marathon 'pêche' à Bruxelles.
Les grands pays pêcheurs, comme l'Espagne, la France et le Royaume-Uni, ont salué le compromis obtenu, tandis que les ONG qui militent pour la protection de l'environnement font grise mine.
L'accord prévoit notamment, à la demande de l'Espagne, une hausse de 9,5% du TAC de merlu du nord (à 99 451 tonnes) alors que la Commission européenne proposait au départ +6,4%. L'Espagne s'est battue pour limiter les baisses sur le merlu du Sud et est parvenue à -25% (10 370 tonnes), contre -62% dans la proposition initiale. Il y a aussi une hausse de 3,52% en plus pour tenir compte des règles sur l'obligation de débarquement. Isabel García Tejerina, la ministre espagnole, est très satisfaite du résultat de ce Conseil Pêche. « Au cours des quatre dernières années, notre défense des intérêts des pêcheurs espagnols a conduit à une augmentation de plus de 80 000 tonnes, représentant un chiffre d'affaires de plus de 160 millions d'euros », a-t-elle relevé. Le quota espagnol de merlu du nord est porté à 27 764 tonnes, un niveau record. Le TAC de chinchard augmente de 27% (15,441 tonnes pour ce pays) en mer Cantabrique et 15% dans l'Atlantique (17 444 tonnes). L'Espagne a réussi à éviter des baisses importantes dans les eaux ibériques pour le merlu, la lotte et les cardines.
Pour la France, l'un des enjeux principaux était la pêche au bar. Le moratoire de 6 mois (janvier-juin 2016) voulu par la Commission européenne a été ramené à 2 mois (février-mars) pour les ligneurs, particulièrement dépendants de cette pêche, ainsi que pour les fileyeurs. En dehors de la période de fermeture, les ligneurs et les fileyeurs pourront pêcher 1,3 tonne par mois et les autres métiers (dont les chaluts pélagiques) 1 tonne par mois. La pêche récréative sera aussi interdite pendant six mois, puis il y aura une limite d'un poisson par jour et par personne (contre 3 actuellement). Alain Vidalies, secrétaire d'État à la Pêche, a parlé d'un accord équilibré sur les quotas 2016. Pour la sole de Manche est, la France a obtenu que la baisse soit ramenée à -14%, sur la base du plan de gestion proposé par les professionnels européens, contre -32% comme le proposait initialement la Commission. Ce niveau permet de tenir les engagements d'atteinte du rendement maximum durable (RMD) conformément aux objectifs de la politique commune de la pêche (la France évoque une atteinte du RMD en 2017 ou 2018). Par ailleurs, des hausses de TAC sont confirmées: de +15% pour la sole en Manche Ouest, de +10% pour la sole en mer du Nord, de +15% pour le cabillaud en mer du Nord et en Manche Ouest, de +18% pour le hareng en mer du Nord et en Manche Est. S'agissant de la sole du Golfe de Gascogne, la baisse a été ramenée à -10% (contre -37% initialement proposés). Concernant les autres stocks de cette zone, alors que la Commission proposait des baisses importantes, bien que les données scientifiques soient limitées, la France a obtenu une reconduction des TAC pour la langoustine, le lieu jaune et la lotte. Par ailleurs, le TAC d'anchois est reconduit et le TAC de cardines augmente de +5%. En mer Celtique, la France a obtenu une baisse limitée à -13% pour l'églefin et -10% pour le cabillaud. Des hausses de TAC sont également prévues: de +22% pour la lingue franche, de +25% pour le chinchard dans les eaux occidentales, de +16% pour le merlan en mer Celtique et en Manche orientale.
Parmi les autres résultats du Conseil, citons: reconduction du TAC 2015 pour la grande argentine, +16% pour le hareng en mer du Nord (à 310 945 tonnes) et -20 % pour le hareng de mer Celtique, +15% pour le cabillaud du Skagerrak et + 270% (370 tonnes au total) pour le cabillaud dans le Kattegat, +27% pour les cardines en mer du Nord, +24% pour la lotte en mer du Nord, +19% pour l'églefin en mer du Nord, -35% pour le merlan en mer du Nord, -22% pour le merlan de mer Celtique, +5% pour le grand TAC de merlan bleu (207 657 tonnes), reconduction du TAC 2015 pour la limande sole et la plie grise, maintien du TAC principal de lingue bleue, -26% pour la langoustine de mer du Nord (13 286 tonnes), -36% pour la plie dans le Kattegat, +17% pour la plie dans le Skagerrak (11 531 tonnes ) et maintien du TAC 2015 pour la plie en mer du Nord et +100% pour la plie en Manche, maintien des TAC de lieu jaune, -6% pour le lieu noir au Nord et maintien du TAC dans le golfe de Gascogne et les eaux plus au sud, - 3% pour le turbot et barbue, -14% pour le maquereau en mer du Nord et +20% pour le thon rouge de Méditerranée.
Pour Greenpeace, les ministres n'ont pas respecté leur engagement d'arrêter la surpêche. Ils ont, selon cette ONG, fixé les TAC bien au-dessus des avis scientifiques pour le cabillaud en mer Celtique et en mer d'Irlande, le merlu du Sud et la sole dans le golfe de Gascogne et la Manche Est. L'organisation Oceana est du même avis. (Lionel Changeur)