Le directeur général de l’État-major de l’UE (EMUE), le général Esa Pulkkinen, a mis en avant, mercredi 22 janvier, la possibilité de renforcer le mandat de la mission de formation de l’UE EUTM Mali, qui est en cours de révision.
« Le mandat non exécutif est suffisant pour nous, il faudrait peut-être juste approfondir notre soutien aux forces formées par nous, je pense que c’est comme cela qu’on peut améliorer l’efficacité de l’UE », a-t-il expliqué dans un débat en sous-commission ‘Sécurité et Défense’ du Parlement européen. « Nous avons formé plus de 10 000 soldats ; on poursuit nos activités ; c’est quelque chose de très important, mais de plus en plus, on se concentre sur la consultance, car il faut, en bout de course, des forces armées durables », a-t-il ajouté. Selon le général, il faudrait ainsi être présents « de manière plus permanente » dans l’ensemble du Mali.
Le général a aussi rappelé qu'une ambition élevée et une présence plus permanente et renforcée dépendaient de la volonté des États membres de s’impliquer, que ce soit en termes de ressources humaines ou logistiques. « La discussion se poursuit. On attend un engagement des États membres. On a eu des difficultés pour recruter suffisamment », notamment des officiers francophones, a-t-il expliqué, ajoutant qu’EUTM manquait de capacités médicales et de transport aérien.
Malgré ces difficultés, le général a ajouté que le Burkina Faso aurait besoin d'un soutien bilatéral et que l'UE regardait comment prolonger le soutien de l'EUTM sur le plan militaire dans le pays. « Ce sera difficile, mais ce sera nécessaire », a-t-il prévenu.
La solidarité européenne, à petite échelle, se fait aussi sentir dans le cadre de l’opération militaire française Barkhane. Selon le contre-amiral Xavier Petit, adjoint au chef du centre de planification et de conduite des opérations de l’état-major des Armées françaises, les Français - actuellement 4 500 sur place - sont aidés par une cinquantaine d’Estoniens, une centaine de Britanniques avec des hélicoptères, un appui espagnol avec du transport stratégique et tactique, une aide allemande avec quelques vols en intrathéâtre, et danoise avec deux hélicoptères. Les États-Unis aident également en fournissant du transport stratégique et du renseignement.
Les Européens devront compenser un éventuel départ américain
Ainsi, le contre-amiral s’est inquiété d’un possible désengagement des États-Unis d’Afrique. « Si les Américains partaient, on aurait encore plus besoin des forces européennes », a expliqué M. Petit, citant notamment les avions ravitailleurs et de transport ou le soutien de renseignement avec, par exemple, des drones. Des équipements que possèdent les Européens. Plus généralement, avec ou sans retrait américain, « toutes les bonnes volontés militaires sont bonnes à prendre », a rappelé M. Petit, ajoutant qu’il y avait une palette très large de missions et, donc, de possibilités d’actions sur le terrain (action cinétique, soutien logistique, transport, soutien médical, entraînement…)
De son côté, le général Pulkkinen a annoncé qu’il se rendrait dès ce dimanche aux États-Unis, et qu’il y rappellerait aux Américains que le continent africain a besoin d’eux et que l’Afrique fait partie de la sécurité transatlantique.
D’un point de vue plus global, le général Pulkkinen, le contre-amiral Petit et Birgitte Markussen, directrice générale adjointe ‘Afrique’ au Service européen pour l’action extérieure, ont mis en avant la nécessité d’une démarche intégrée.
« On doit se demander comment réagir à l’urgence. On doit repenser les axes politiques, sécuritaires, de développement et humanitaires », a expliqué Mme Markussen. Elle a annoncé que les Européens travaillaient actuellement avec les pays du G5 Sahel à un cadre intégré afin de se mettre d’accord sur les zones les plus vulnérables sur lesquelles travailler davantage et de manière plus intégrée. « C’est un test pour nous, il faut que l’on montre que l’on est capable d’assurer la sécurité de l’Afrique avec les Africains », a conclu le général Pulkkinen. (Camille-Cerise Gessant)