En dépit du socle européen des droits sociaux qui inscrit le droit à la santé parmi ses principes clés, de nombreuses personnes en Europe demeurent privées de soins. C'est ce que révèle l'édition 2019 du rapport sur l'état de la couverture santé universelle (CSU) de Médecins du Monde (MdM), publiée le 11 décembre.
« Ce rapport comble des lacunes dans les connaissances existantes et permet de mieux comprendre la véritable nature des inégalités de santé en Europe », résume, en introduction, Freek Spinnewijn, directeur de la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abris (FEANTSA).
Le rapport de l'observatoire 2019 évalue la situation de santé entre janvier 2017 et décembre 2018 dans 7 pays : la Belgique, la France, l'Allemagne, le Luxembourg, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni. Il recense l'expérience de 30 000 personnes ayant bénéficié des programmes menés par Médecins du Monde, dont une grande majorité de ressortissants hors UE/EEE (81,6%).
Quatre personnes sur cinq sans couverture de santé
Les conclusions du rapport sont accablantes. Selon les statistiques de MdM, 81,7% des personnes rencontrées ont déclaré ne pas avoir de couverture santé et 92,6% vivre sous le seuil de pauvreté du pays où elles se trouvaient. La majorité des femmes enceintes n’avaient pas encore eu accès aux soins prénatals et de nombreuses personnes souffraient de maladies chroniques, parfois même avec des symptômes aigus. Bon nombre des enfants n’avaient pas reçu les taux de vaccination recommandés.
En ce qui concerne les raisons de ces absences, 20,8% ont invoqué des « obstacles économiques », tandis que 14,3% n'avaient pas tenté d’accéder aux systèmes de soins par manque de connaissance du système médical et des droits des patients.
Médecins du Monde s'inquiète aussi du grand nombre de personnes qui ne rentrent pas dans les statistiques de l'UE sur le revenu et les conditions de vie (EU-SILC), qui excluent notamment les enfants de moins de 16 ans et les personnes sans domicile fixe (un cinquième des personnes interrogées).
Des résultats contraires au socle des droits sociaux de l'UE
Dans son rapport, MdM souligne que ces observations sont contraires aux engagements pris par les États membres dans le cadre du socle européen des droits sociaux (ou des normes des Nations Unies et de l’Organisation mondiale de la Santé en matière de CSU). Le socle européen des droits sociaux, adopté en 2017, stipule : « Toute personne a le droit d’accéder, à des prix abordables et dans des délais raisonnables, à des soins de santé préventifs et curatifs de qualité ».
Dans ses recommandations, l'organisation appelle à améliorer l’accessibilité des soins de santé ordinaires, à améliorer les méthodes permettant d’identifier les barrières à l’accès aux soins pour les personnes les plus vulnérables, ainsi qu'à mettre en œuvre une approche fondée sur les droits. Elle demande notamment à la Commission européenne de « communiquer une feuille de route amenant les États membres à fournir des efforts à long terme afin de concrétiser les principes du socle ». (Sophie Petitjean)