Si elle veut que son 'Green Deal' trouve grâce aux yeux des députés européens, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, va devoir revoir certains de ses engagements. Les groupes politiques du PE réuni en session plénière extraordinaire, mercredi 11 décembre, ont, pour la plupart, salué l'initiative, mais déploré des lacunes, notamment sur le plan social.
Le Belge Philippe Lamberts, qui s’exprimait au nom des Verts/ALE, et la Française Manon Aubry, pour la GUE/NGL, ont exprimé les revendications les plus vives.
« Quatre critères détermineront notre engagement sur le Green New Deal », a mis en garde M. Lamberts. Les Verts attendent tout d'abord du projet de la Commission qu’il contraigne l’UE à prendre les engagements nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré.
« Pour l’instant, non seulement les engagements de l’Union sont insuffisants, mais ils ne sont pas tenus. Corriger le tir exige que, dans les cent prochains jours, nous nous engagions à réduire nos émissions de 65% d’ici 2030 », a déclaré le député.
Le groupe souhaite également voir « la finance mise au service » de la société et exige une refonte de l’ensemble des politiques publiques, afin que toutes soient cohérentes avec les ambitions climatiques de l’Union.
Enfin, Philippe Lamberts a enjoint à la Commission de consacrer son 'Fonds pour une transition juste' exclusivement à ceux qui, dans le cadre de la transition écologique, verront leurs emplois disparaître.
Contre-projet
La GUE/NGL a, à son tour, mis l'accent sur l'absence d'une dimension humaine et sociale, « alors même que les plus précaires sont les premières victimes de la catastrophe ».
Manon Aubry a jugé bonnes certaines des propositions d'Ursula von der Leyen - la reforestation, les aides d’état et l'efficacité énergétique, par exemple -, mais a déploré des contradictions trop nombreuses.
« Sur l’énergie, comment être crédible sans un calendrier de sortie du charbon et du gaz ? Sur le commerce, à quoi servent des clauses environnementales si l’on poursuit des accords de libre-échange climaticides ? Sur le transport, comment développer le fret ferroviaire en poursuivant le démantèlement des entreprises publiques ? », a-t-elle interrogé.
Le groupe a profité de la tenue de ce débat pour remettre à Mme von der Leyen un contre-projet qualifié de « Green New Deal social et écologique » et il a appelé la Commission « à revoir sa copie ».
Partenaire « fiable, mais exigeant »
Renew Europe - qui s’est présenté comme « un partenaire fiable, mais exigeant » - le S&D et le PPE, ont accueilli positivement le projet de la présidente de la Commission, mais ne lui ont toutefois pas non plus épargné quelques remarques.
Esther de Lange (PPE, néerlandaise) et Iratxe García Pérez (S&D, espagnole) ont appelé la Commission à s’assurer que personne ne soit « laissé sur le bord du chemin » et demandé que le marché européen ne soit ouvert qu’aux partenaires alignés sur les normes climatiques européennes.
Esther de Lange, rejointe sur ce point par Dacian Cioloș (Renew Europe, roumain), a par ailleurs assuré qu’une politique climatique ambitieuse devait aller de pair avec une politique industrielle intelligente.
« Un Pacte vert sans un bon deal pour notre industrie ne nous permettra pas d’obtenir les changements que nous voulons », a-t-elle estimé.
Des objectifs idéalistes
Le groupe Identité et démocratie (ID) et celui des Conservateurs et réformistes européens (CRE) se sont, sans surprise, montrés les plus critiques à l’égard du Green Deal. Ryszard Legutko (CRE, polonais) a accusé la Commission de « prendre des initiatives pour retirer du pouvoir aux États membres » et a reproché à sa présidente de se montrer peu prudente et idéaliste. « Vous avez décrit le pays des Bisounours », a-t-il raillé, critiquant par ailleurs un projet « confus ».
Silvia Sardone (ID, italienne) a, elle, qualifié les objectifs avancés par Mme von der Leyen de « rêves » et accusé la Commission de vouloir projeter une image à la mode.
Comme leurs homologues, Ryszard Legutko et Silvia Sardone ont également attiré l’attention de la présidente sur les conséquences sociales du Green Deal. (Agathe Cherki - stage)