Dès l'ouverture de la session plénière à Strasbourg, les députés européens débattront, lundi 25 novembre, à la fois de « l’urgence climatique et environnementale » et de la COP25 sur le climat, avant d’adopter, jeudi 28, deux résolutions distinctes : l’une sur l’urgence climatique et environnementale en Europe, l’autre sur la position du PE en vue de la conférence onusienne (Madrid, 2-13 décembre).
Ainsi en a décidé la conférence des présidents de groupe politique, jeudi 21 novembre. Initialement, seul était prévu un débat, avec des représentants de la Commission et du Conseil sur ce que comptent faire les deux institutions pour assurer le succès de la COP25. Une seule résolution était inscrite à l'ordre du jour, dans la foulée du vote ambitieux de la commission de l’environnement du PE (EUROPE 12365/16, 12364/23).
C'était sans compter sur l'importance qu'accordent les groupes politiques à ce moment charnière. En amont de la COP25 et du vote d'investiture de la Commission von der Leyen (le 27 novembre), qui veut faire une priorité du Green Deal, les Verts/ALE, S&D et Renew Europe rivalisaient ces derniers jours pour s'attribuer la paternité d'une initiative forte, sans savoir si la conférence des présidents avaliserait l'idée de deux résolutions.
Un débat, deux résolutions, des rivalités. Selon une source, « une vraie bataille» s'était engagée. Les députés verts français Karima Delli et Damien Carême avaient pris les devants, en septembre, dans une tribune et le 19 novembre au soir, en annonçant, dans un communiqué, que leur groupe avait « demandé l'ajout d'un débat et d'une résolution pour décréter l'état d'urgence climatique ».
« On a gagné : le Parlement européen va voter la semaine prochaine sur notre déclaration d'état d'urgence climatique en Europe », s'est réjouie Mme Delli, jeudi, sur Twitter.
Le groupe S&D, lui, avait annoncé, au lendemain du vote de la commission de l’environnement, qu’il déposerait un amendement en ce sens (EUROPE 12365/16).
En fait, tous ont été pris de court par la communication sur les réseaux sociaux de Pascal Canfin (Renew Europe). Mercredi 20 novembre, celui-ci annonçait que son groupe allait « présenter la semaine prochaine un texte qui déclare l'état d'urgence environnementale et climatique en Europe et l'action qui va de pair ». Il ajoutait : « Nous devons envoyer aux Européens, aux institutions européennes et aussi au reste du monde, le message selon lequel l'Europe veut devenir le premier continent à déclarer l'urgence climatique et environnementale ».
Selon Karima Delli, « le Parlement européen ne doit pas seulement déclarer l'état d'urgence climatique, mais surtout s'accorder sur une série d'objectifs ambitieux et de mesures concrètes, afin de limiter le réchauffement climatique sous 1,5°. Nous attendons du Parlement européen de la cohérence et donc, des engagements consistants. Notamment en rehaussant l'objectif climatique de l'UE à l'horizon 2030 à 65 %, en refondant la PAC pour la rendre compatible avec nos objectifs climatiques et de biodiversité ». Le texte des Verts insiste aussi sur la taxation du kérosène, la fin réelle des investissements dans les projets liés aux énergies fossiles et l'accompagnement des travailleurs.
« L'urgence climatique doit se traduire en actes. Les mots ne suffisent plus », a renchéri Damien Carême, plaidant pour que « l'UE vise la neutralité climatique dès 2040 ». (Aminata Niang)