La nouvelle stratégie pour l’alimentation durable tout au long de la chaîne de valeur, annoncée par la présidente élue Ursula von der Leyen, prend forme, selon un projet de texte vu par EUROPE. Cette stratégie de la fourche à la fourchette, quand elle sera finalisée, constituera l’un des piliers du « 'Green New Deal » censé être la marque de fabrique de la future Commission et espéré le 11 décembre.
Conçu comme un document à tiroirs, ce texte très généraliste n'a rien de révolutionnaire. Il traduit la volonté d’aborder tous les aspects de la chaîne alimentaire dans une approche holistique, qui intègre les objectifs de développement durable, tous les acteurs et toutes les étapes de la chaîne – de la production jusqu’au consommateur -, en tenant compte des systèmes sociaux, politiques, économiques et environnementaux influant sur ces activités et subissant aussi l’impact de ces activités.
La vision qu’il propose pour atteindre des systèmes alimentaires durables vise à améliorer la qualité de la vie et du bien-être, à garantir des écosystèmes en bonne santé et libérés du carbone, à renforcer les moyens de subsistance et la croissance économique inclusive.
Le texte recense tous les défis auxquels sont confrontés les systèmes alimentaires – qu’ils soient liés à la démographie, à la faim dans le monde (820 millions de personnes en 2018), à l’espérance de vie, aux régimes alimentaires et à leur corollaire : les enjeux de santé publique que représente l’augmentation du taux de surpoids et d’obésité en Europe ; les exigences des consommateurs quant à la sécurité et l’origine de la nourriture dans leurs assiettes ; le changement climatique et son impact sur la production agricole ; la nécessité de veiller à ce que les revenus des agriculteurs leur permettent de vivre ; les menaces sur la santé des plantes et des animaux ; le gaspillage alimentaire ; la révolution numérique.
Aux plans environnemental, climatique, sanitaire et social, il recommande d'établir des objectifs à l'horizon 2030 - en matière de biodiversité, de réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur alimentaire, de réduction des pesticides, de gaspillage alimentaire, de qualité de l'eau, de réduction de la pauvreté alimentaire, et de taux de malnutrition/obésité - en reprenant ceux de la législation de l'UE en vigueur ou des objectifs universels de développement durable (ODD).
S'agissant des objectifs économiques, il se réfère uniquement aux ODD pour ce qui concerne les revenus agricoles et le nombre de jeunes agriculteurs (ODD 8), le nombre de start-up dans le secteur alimentaire (ODD 9), la connexion à Internet dans les zones rurales (ODD 9), la durabilité de l'industrie agroalimentaire (ODD 12), sans donner de chiffres.
Le document insiste sur l'importance d'assurer la cohérence des politiques de l'UE dans tous les domaines concernés et celle de tous les niveaux de gouvernance. L'importance de l'innovation et d'un financement suffisant est également mise en exergue (10 milliards ont été proposés par la Commission pour l'alimentation, la bioéconomie, les ressources naturelles, l'agriculture et l'environnement pour le programme Horizon Europe dans le projet de budget 2021-2027).
La mise en œuvre de la future stratégie nécessitera la mobilisation de tous les acteurs, y compris des consommateurs, souligne le texte.
Pour consulter le projet en anglais : http://bit.ly/2XBwKTv (Aminata Niang avec Lionel Changeur)