La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a exhorté la Turquie, au nom de l’UE, mercredi 9 octobre dans la soirée, à « mettre fin à (son) action militaire unilatérale » dans le nord-est de la Syrie, rappelant qu’une solution durable au conflit syrien ne pouvait pas être trouvée militairement (EUROPE 12345/13).
La Turquie mène une offensive contre les groupes kurdes, alliés de la coalition internationale contre l’organisation État islamique (EI), qu’elle considère comme des terroristes, contrairement à l’UE ou aux États-Unis.
« Les préoccupations de la Turquie en matière de sécurité doivent être traitées par des moyens politiques et diplomatiques, et non par une action militaire, conformément au droit international humanitaire », estiment les Vingt-huit dans leur déclaration.
« La reprise des hostilités armées dans le nord-est minera davantage la stabilité de l'ensemble de la région, exacerbera les souffrances des civils et provoquera de nouveaux déplacements », mettent-ils en garde. De plus, alors qu’un accord sur la création d’un comité constitutionnel a été annoncée fin septembre (EUROPE 12336/14), cette offensive rend les perspectives du processus politique mené par l'ONU pour parvenir à la paix en Syrie « plus difficiles », selon la déclaration.
Les Européens rappellent aussi que l'action unilatérale turque menace les progrès réalisés par la Coalition mondiale contre l'EI, Coalition dont la Turquie fait partie. Selon eux, elle « sapera la sécurité des partenaires locaux de la Coalition et risquera de prolonger l'instabilité dans le nord-est de la Syrie, fournissant un terrain fertile pour la résurgence de Daesh ». « Il est impératif de détenir les combattants terroristes en lieu sûr afin de les empêcher d'entrer dans les rangs des groupes terroristes », a prévenu Mme Mogherini.
Ankara justifie son offensive par la création d’une 'zone de sécurité', mais les Européens considèrent qu’il est « peu probable » que cette zone, tel qu’envisagé par la Turquie, « satisfasse aux critères internationaux fixés par le Haut-Commissariat aux Réfugiés pour le retour des réfugiés ». Le retour de ces derniers et des personnes déplacées dans leur lieu d'origine doit être sûr, volontaire et digne, lorsque les conditions le permettent, rappelle la Haute Représentante, qui ajoute que toute tentative de changement démographique serait « inacceptable ». « L'UE n'apportera pas d'aide à la stabilisation ou au développement dans des régions où les droits des populations locales sont ignorés », prévient-elle également.
Dans la soirée du 9 octobre, lors d’un débat au Parlement européen portant sur cette offensive, Mme Mogherini a rappelé que les ministres des Affaires étrangères européens rencontreraient, lundi 14 octobre, lors de leur Conseil à Luxembourg, l'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Geir Pedersen, pour discuter de la situation. Elle a précisé que, d’ici là, les Européens allaient utiliser les prochains heures et jours « pour faire pression pour l’arrêt de cette intervention qui ne va pas dans la bonne direction ». Un débat urgent au Conseil de sécurité de l’ONU devait notamment se tenir, jeudi 10 octobre, à la demande de la France, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne et la Pologne.
Pour leur part, la plupart des représentants des groupes politiques au PE ont appelé l’UE à agir, au-delà de la condamnation. Kati Piri (néerlandaise, S&D) a ainsi demandé que soient utilisés « tous les outils punitifs » dont dispose l’UE pour que la Turquie respecte les normes internationales, alors que la Suédoise Alice Kuhnke, pour les Verts, a souhaité que les exportations d’armes vers la Turquie soient arrêtées. (Camille-Cerise Gessant)