Le président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Werner Hoyer, a affirmé aux eurodéputés que la banque « peut et est prête à devenir plus verte », lors d’un débat sur « l’écologisation de la BEI », mercredi 9 octobre, au Parlement européen.
Dans cet objectif, l’approche de la BEI pour les années à venir s’articule autour de trois piliers, a-t-il expliqué : (1) augmenter la part de ses financements consacrés au climat de 30% à 50% d’ici 2050 ; (2) faire croître le montant des investissements durables (publics et privés) de milliards d’euros à des milliers de milliards (‘trillions’) ; (3) aligner l’ensemble des activités de financement de la banque sur les objectifs de l’accord de Paris, afin d’éviter que les effets positifs sur l’environnement issus du financement de projets verts ne soient annulés par le financement de « choses sales » telles que les combustibles fossiles.
Représentant la Commission européenne, Carlos Moedas, commissaire à la Recherche, la Science et l’Innovation, a pour sa part estimé que la BEI pouvait déjà être qualifiée de « banque européenne du climat », étant donné qu'elle est actuellement « le plus grand fournisseur multilatéral de financements de la lutte contre le changement climatique au monde ». Néanmoins, il a reconnu que « beaucoup reste à faire ».
Réagissant aux propos de M. Moedas, Bas Eickout (Verts/ALE, néerlandais) a rappelé le soutien total des écologistes à la transformation de la BEI en banque du climat, mais s’est dit inquiet d’entendre que la Commission considère que c'est déjà le cas. À l’instar de José Gusmão (GUE/NGL, portugais), il a reproché à la Commission un manque de cohérence entre ses paroles et ses actions. « Si vous êtes sérieux au sujet d’une banque climatique, vous devriez l’être au sujet des politiques de prêts énergétiques : zéro financement pour les combustibles fossiles », a-t-il ainsi insisté.
Même son de cloche du côté d’Aurore Lalucq (S&D, française), qui a qualifié de « non-sens écologique » le fait que la deuxième version du projet de la BEI, visant à mettre fin au financement des énergies fossiles, permette encore, selon elle, le financement de l’industrie du gaz afin de sortir du charbon. Reprenant une critique récemment adressée à la BEI par de nombreuses ONG (EUROPE 12343/12), elle a regretté que la banque ait ainsi « rétropédalé [par rapport à une première version plus ambitieuse], sous la pression vraisemblablement de la Commission, mais aussi des industries du gaz ».
Le Français Pascal Canfin (Renew Europe) et la Finlandaise Sirpa Pietikäinen (PPE) se sont quant à eux réjouis des engagements pris par M. Hoyer. Selon M. Canfin, la BEI a l’opportunité de fixer des standards pour l’ensemble du monde financier en montrant « ce que ça veut dire pour une banque d’être alignée sur l’accord de Paris ». Tout comme son collègue Jonás Fernández (S&D, espagnol), il a en outre souligné l’importance de veiller à ce que la transition soit juste, en fournissant davantage d’aide, notamment des financements, aux régions d’Europe où les besoins sont « les plus criants ». (Damien Genicot)