Le commissaire européen aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a une nouvelle fois appelé les États membres à donner leur accord à l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Macédoine du Nord et l’Albanie, lors du Conseil 'Affaires générales' du 15 octobre.
« La Commission européenne attend vraiment un feu vert pour l’ouverture avec les deux pays. C’était déjà clair il y a un an (en juin 2018) et en juin de cette année », a-t-il expliqué à un groupe de journalistes, dont EUROPE, rappelant que Skopje et Tirana avaient rempli les conditions convenues par tous les États membres. « Ils méritent d’ouvrir », a-t-il insisté, ajoutant qu’un signal positif à leur encontre serait un signal positif envers toute la région des Balkans occidentaux.
Si, selon M. Hahn, « quelques pays hésitent, une grande majorité est en faveur » de l’ouverture, les Vingt-huit sont toujours divisés sur la question. « On est jeudi, on est plutôt au début des négociations. Les gens commencent à comprendre ce qui est en jeu », a voulu rassurer le commissaire, alors qu’une nouvelle réunion des ambassadeurs des États membres est prévue ce vendredi. Selon lui, « les choses sont en cours, c’est une attitude habituelle que les choses durent jusqu’au tout dernier moment ».
La France serait toujours opposée à l’ouverture des négociations et souhaiterait revenir sur la question en 2020. Sur ce blocage, le commissaire a expliqué qu’« au moins (il voyait) de la volonté (de la part de Paris) pour trouver une solution ».
Et alors que certains États membres pourraient être tentés d'accepter l'ouverture des négociations avec Skopje, mais pas Tirana, M. Hahn a mis en garde contre un découplage. « Ça va être un bazar (mess) si seulement un des deux pays obtient le feu vert. Cela aura un impact sur toute la région », a-t-il estimé. « Je ferai tout ce qui est possible pour l’éviter », a-t-il prévenu, se disant « très confiant » que cela n’était pas une option. Selon lui, une telle solution serait « une énorme erreur politique ».
Plus généralement, Paris n’est pas satisfait de la méthodologie du processus d’adhésion et souhaiterait des modifications. « Le système des chapitres ne marche pas et il n’y a pas de possibilité de revenir en arrière. C’est comme un toboggan : une fois lancé, tu glisses jusqu'à la fin », a regretté une source auprès d’EUROPE. « Je serai le dernier à dire qu’il n’y a pas de place pour améliorer (le système). On peut toujours parler de la méthode (…), mais cela ne devrait pas être vu comme une sorte d’otage », a fait remarquer M. Hahn. Sans remettre en cause les décisions à l’unanimité pour ouvrir les négociations d’adhésion et pour la décision finale sur l’adhésion d’un pays, il a estimé que l’ouverture et la fermeture des chapitres de négociations devraient pouvoir être décidées à la majorité qualifiée. (Camille-Cerise Gessant, Mathieu Bion et Hermine Donceel)