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Bulletin Quotidien Europe N° 12334
POLITIQUES SECTORIELLES / Climat

à New York, l'UE a voulu montrer qu'elle agissait plus que les autres grands émetteurs

Ce devait être le sommet tremplin du rehaussement des ambitions climatiques et de l'audace. Mais si l'urgence fut bien dans tous les discours au Sommet extraordinaire 'Action pour le climat', qui s'est achevé mardi 24 septembre à New York, les engagements des dirigeants des pays grands émetteurs ne furent pas au rendez-vous. 

Les 66 États participants - principalement des petits États insulaires et des pays en développement - contribuant tous ensemble à 6,9% seulement des émissions mondiales, se sont engagés à relever leur objectif 2020 et ont souscrit à l'objectif de neutralité climatique à l'horizon 2050. 66 pays sur 195 parties à l'Accord de Paris.

L'UE, qui avait construit sa contribution au sommet sur un 'narratif positif' fondé sur sa législation contraignante unique au monde, n'a fait aucune annonce fracassante, rappelant par la voix du président du Conseil européen, Donald Tusk, qu’elle fera mieux que ses objectifs 2020 et 2030 (EUROPE 12325/7). Fière de son action et convaincue d’être une force d’entraînement pour les autres économies majeures, elle n'a toutefois pas été à la hauteur de l’appel du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, lequel espérait que l’UE annoncerait qu'elle porterait son objectif 2030 à une réduction de 55% de ses émissions par rapport à 1990.

« L'UE a déjà dépassé son objectif de réduction des émissions pour 2020 et dépassera son objectif pour 2030. Au lieu des 40% prévus, nous prévoyons une réduction des émissions de gaz à effet de serre d'environ 45% par rapport aux niveaux de 1990. Ce qui compte, c'est de traduire nos objectifs en actions concrètes, et c'est ce que fait l'UE », a déclaré Donald Tusk. Pour atteindre 45%, encore faut-il que la législation Énergie/Climat de l'UE soit pleinement mise en œuvre. 

« Les émissions de l'UE ne représentent qu'environ 9% des émissions mondiales », a-t-il rappelé. Force est de constater que l'Arabie saoudite, l'Australie, le Brésil et le Japon ont brillé par leur absence et que les États-Unis tournent toujours le dos à l'Accord de Paris, malgré l'apparition surprise du président américain, Donald Trump, au sommet. 

À défaut de pouvoir s'engager sur la neutralité climatique à l'horizon 2050 (24 États membres seulement peuvent actuellement soutenir cet objectif), M. Tusk a souligné que l'UE est consciente de devoir faire plus. Et de faire valoir que 25% du budget pluriannuel de l'UE (2021-2027) sera consacré au climat et que la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a « suggéré le renforcement de l'objectif de réduction des émissions de l'UE pour 2030 à 50%, voire 55%, d'une manière responsable. »

Il a annoncé que l'UE lancera, « dans les semaines à venir », avec d'autres pays, la 'Plateforme internationale pour un financement durable' pour aider « les investisseurs privés à identifier et à tirer parti des opportunités d'investissement vert à travers le monde ».

M. Tusk a également rappelé que l'UE et ses États membres fournissent « plus de 40% du financement public mondial de la lutte contre le changement climatique. »

Fonds vert pour le climat, la Suède, le Luxembourg et le Danemark se distinguent. À New York, ces trois États membres de l'UE se sont engagés à doubler leur contribution au Fonds vert pour le climat.

« Ces pays ont fait preuve d'un leadership indispensable et ont souligné la faisabilité d'une action et d'une ambition en matière de climat. Ils ont montré que la transition énergétique est continue et irréversible », a estimé le réseau CAN (Climate Action Network) de 1 500 ONG déçues, par ailleurs, de l'incapacité des grands émetteurs à s'engager. 

La chancelière allemande Angela Merkel a souligné que « la référence de notre action doit être l'Accord de Paris, qui fixe le cadre pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré ». Elle a aussi assuré que son pays réduira ses émissions de 55% d'ici à 2030 et sera neutre sur le plan climatique à l'horizon 2050.

Le président français, Emmanuel Macron, a estimé que les 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 promis pour aider les pays en développement sont « essentiels » et que « la priorité immédiate, c'est la conférence de recapitalisation du Fonds, qui se tiendra les 24 et 25 octobre à Paris. » 

Rappelant que l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France avaient « déjà doublé leur contribution », il a ajouté : « La France mettra 1,5 milliard, à 80% sous forme de dons. Nous sommes à 7 milliards de dollars, la cible est 10 milliards, pour compenser aussi le retrait américain. »

M. Macron s'est aussi réjoui que, dans le cadre de l’International Development Finance Club, des engagements aient été pris de financer 1 000 milliards pour le climat à l’horizon 2025. « C'est un premier geste. Le but est d'aller vers 4 trilliards », a-t-il dit.

Plainte de 16 jeunes contre la France et l'Allemagne, notamment. « Vous venez nous parler d’espoir. Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos mots creux », avait lancé Greta Thunberg à la tribune, à l'ouverture du sommet. Les beaux discours ont tellement déçu la jeunesse mobilisée pour le climat que 16 jeunes, la militante suédoise en tête, ont annoncé, le 23 septembre, en marge du sommet, qu'ils porteraient plainte en justice contre l'Allemagne, la France, l'Argentine, le Brésil et la Turquie pour inaction climatique portant atteinte, selon eux, à la Convention onusienne sur les droits de l'enfant.

De l'avis de la société civile, la présidence chilienne (COP 25 en décembre), puis la présidence britannique de la COP 26 (Écosse, en 2020), doivent veiller à ce que les gouvernements apportent la réponse adéquate à l'urgence et à l'ambition qui mettent le monde sur une trajectoire de 1,5°C. La COP 26 est la date limite, souligne CAN. (Aminata Niang)

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