Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a posé un ultimatum, mercredi 3 avril, aux autorités britanniques : le Royaume-Uni devra s’être « prononcé » au plus tard le 12 avril – « la date ultime » – en faveur de l’accord sur un Brexit ordonné pour que l'Union européenne accepte « une prolongation [des délais de l’article 50] jusqu’au 22 mai ».
Sinon, « aucune prolongation de courte durée ne sera possible », a-t-il dit devant le Parlement européen réuni en mini-session plénière.
M. Juncker s’exprimait au lendemain de l’annonce par la Première ministre britannique, Theresa May, de sa volonté de sceller une alliance transpartisane avec l'opposition incarnée par le parti Labour de Jeremy Corbyn. Une telle alliance, aux contours encore un peu flous, viserait à constituer une majorité positive au Parlement britannique sur l’accord de retrait ordonné du Royaume-Uni et sur une sortie plus en douceur de l’UE ('soft Brexit') que ce qui est prévu dans la déclaration sur les relations bilatérales futures, par exemple au travers d’une union douanière permanente avec les Vingt-sept.
Le concept d'union douanière a pourtant été rejeté par le gouvernement de Mme May et la Chambre des communes à plusieurs reprises.
L'annonce de Mme May s’est accompagnée de la demande britannique d’une nouvelle extension des délais inscrits à l’article 50, cette fois jusqu’au 22 mai, la veille de la tenue des élections européennes.
Cette date avait déjà été initialement acceptée par les Vingt-sept le 21 mars en cas de vote positif de la Chambre des communes sur l'accord de retrait ordonné (EUROPE 12219/1). Elle implique que le Royaume-Uni n'organise pas d'élections européennes.
Pour M. Juncker, cette extension courte reste donc possible, mais toujours conditionnée à un signal positif à Westminster, faute de quoi une sortie sans accord deviendra le scénario probable. Il s'est aussi dit prêt à travailler au plus vite à une modification de la déclaration politique sur les relations bilatérales post-Brexit, « tous les éventails » étant possibles.
Un Brexit sans accord « de plus en plus vraisemblable »
Néanmoins, de l'avis du président de la Commission, un scénario de « no deal le 12 avril à minuit » est, à ce stade, de « plus en plus vraisemblable ». « Ce n’est pas celui que l’on souhaite, mais on s’y prépare », a-t-il ajouté.
Mercredi, la Commission a présenté une nouvelle communication sur les mesures de contingence dans le domaine des douanes (EUROPE 12228/8).
Nombreux ont été les eurodéputés à appuyer la démarche de la Commission. Pour l’Allemand Elmar Brok (PPE), membre du comité de pilotage du PE sur le Brexit, il est important de régler la question du Brexit avant les élections européennes. Si le Brexit n'est pas finalisé d'ici là, il faudrait alors opter pour une extension longue des délais, a-t-il estimé.
Pour autant, Guy Verhofstadt (ADLE, belge), qui dirige le comité de pilotage du PE sur le Brexit, est loin d’être emballé par l’idée d’une extension longue et d’une participation du Royaume-Uni au scrutin européen. Accepter que le Royaume-Uni ait « un pied dedans, un pied dehors » de l’UE et donner les « clefs » de cette période à Boris Johnson (si celui-ci devenait Premier ministre) « serait une catastrophe pour l'UE », a-t-il considéré.
Le social-démocrate italien Roberto Gualtieri, qui attend encore des précisions sur cette alliance entre Mme May et M. Corbyn, a estimé que, faute de solution, « le peuple devra avoir le dernier mot ». Et à ce titre, il ne faut pas exclure une extension longue des délais même si, selon lui, celle-ci devra être dûment justifiée et accompagnée d'une « obligation de coopération loyale ».
Pour le groupe CRE, la Britannique Jacqueline Foster a plaidé pour la « patience » de l’UE, estimant que l’accord sur un Brexit ordonné sur la table était la seule voie possible.
Mardi soir, le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait lui aussi appelé les Vingt-sept à « être patients » via Twitter. Un message à l’opposé de la ligne affichée par Jean-Claude Juncker. (Solenn Paulic)