À deux jours de la date initialement prévue pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et alors que la Première ministre britannique, Theresa May, se serait dite prête, en fin de journée, à quitter ses fonctions si son projet d'accord avec l'UE est adopté, les eurodéputés ont salué, mercredi 27 mars, le choix laissé à Londres par les Vingt-sept entre l’adoption de l’accord permettant un Brexit ordonné au plus tard le 22 mai et un changement de stratégie d’ici au 12 avril (EUROPE 12219/1).
Lors d’un débat à Strasbourg sur le sommet européen de printemps, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a émis des propos incisifs sur le Parlement britannique, à qui il a demandé de « ne pas trahir les 6 millions de personnes » ayant signé la pétition demandant la révocation de l’article 50, « le million de personnes » ayant marché pour réclamer la tenue d'un deuxième référendum et la majorité croissante de personnes favorables au maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Ces gens-là doivent savoir qu’ils « sont représentés par vous dans cette Chambre », a-t-il lancé.
La décision du Conseil européen laisse en tout cas « des options très claires » à Londres, a jugé l’Allemand Manfred Weber, chef de file du groupe PPE au PE. Pour le candidat à la succession de Jean-Claude Juncker, la décision des Vingt sept est « bonne », car elle a acté le principe qu’il ne pourrait pas y avoir de « prolongation » de la période prévue à l’article 50 du traité sans « éclaircissements ».
Il était également important de prendre en compte le fait que des millions d’Européens, qui voteront en mai, ont également besoin de clarté sur une éventuelle participation britannique, car il est difficile d’expliquer aux gens « comment un pays qui veut quitter l’UE peut encore avoir un mot à dire dans l’avenir » du projet européen, a estimé le Bavarois.
Son concitoyen Udo Bullmann, chef de file du groupe S&D, s’est félicité du report du Brexit au 12 avril à ce stade, décision qui a « permis d’éviter le pire ». Mais, à la différence du PPE, il s’est clairement prononcé pour une seconde votation au Royaume-Uni, la seule « opportunité » qui reste. Le social-démocrate a aussi demandé aux élus à l’origine du Brexit, en se tournant vers Nigel Farage (ELDD, britannique), de « s’excuser » pour tout le « mal » qu’ils ont fait au peuple britannique depuis le référendum britannique de 2016.
Pour M. Bullmann, il est aussi évident que les Britanniques doivent continuer à « participer » à la configuration future de l’UE « tant que le Royaume-Uni n’est pas sorti ». Le groupe Verts/ALE, par la voix de l’Écossais Alyn Smith, a aussi plaidé pour ce maintien dans l’UE et il a demandé aux Vingt-sept de laisser la porte ouverte à une Écosse potentiellement indépendante.
Du côté du groupe CRE, le Polonais Ryszard Legutko a peu apprécié les commentaires de M. Tusk. Selon lui, l’UE aurait considéré comme irrévocable un vote populaire qui aurait été favorable au maintien du Royaume-Uni dans l'UE. L’UE est aussi coupable de vouloir « humilier » le Royaume-Uni et « punir » le pays en le menaçant d'un scénario de 'no deal'.
Une affirmation rejetée par Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE qui est intervenu en fin de débat. « Personne à Bruxelles ne veut détourner le vote » des Britanniques, a-t-il insisté.
Nigel Farage (ELDD) a simplement appelé le Parlement britannique à rejeter d’ici au 12 avril une extension de la période de l’article 50, ainsi que l’accord agréé entre le gouvernement de Mme May et les Vingt-sept qu’il a comparé à un « Traité de Versailles moderne ». Mieux vaut, d'après lui, une sortie britannique sans accord.
Possible démission de Mme May après un troisième vote réussi
Mercredi en fin de journée, Mme May aurait promis aux députés Tories de quitter son poste si la Chambre des Communes approuvait le projet d'accord de retrait. Elle leur aurait assuré cela alors que la Chambre devait procéder dans la soirée à de nouveaux votes indicatifs. Le président de la Chambre, John Bercow, a sélectionné 8 options (sur 16) sur lesquelles le Parlement britannique devait se prononcer à titre indicatif. Ces options vont de la révocation de l’article 50 à l'adoption d’un modèle de relations futures entre l'UE et le Royaume-Uni de type 'EEE' ou 'AELE', une Union douanière permanente ou le choix d'un Brexit sans accord.
Les médias britanniques faisaient, quant à eux, état de rumeurs selon lesquelles un troisième vote décisif (‘meaningful vote’) sur l'accord pourrait être convoqué vendredi 29 mars. (Solenn Paulic)