Pour la première fois depuis quatre ans, le Conseil d’association UE/Turquie s’est réuni vendredi 15 mars à Bruxelles. Une nouvelle fois, les deux parties ont rappelé l’importance des relations et de leur coopération dans des domaines d’intérêt commun, mais ont surtout affiché leurs divergences.
« Dialoguer ne signifie pas un dialogue sans critique », a ainsi résumé le commissaire aux Négociations d’adhésion, Johannes Hahn. « Même s’il y a des divergences, au moins nous en discutons, je pense qu’il faut poursuivre ce dialogue », a ajouté le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu.
La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, est longuement revenue sur la situation des droits de l’homme et l’État de droit en Turquie. Publié en marge du Conseil, le communiqué de l’UE rappelle la préoccupation de celle-ci « face au recul persistant et profondément préoccupant dans les domaines des droits fondamentaux et de l'État de droit ainsi qu'à la détérioration de l'indépendance et du fonctionnement du pouvoir judiciaire », appelant à l'abrogation des mesures qui ont un impact négatif dans ces domaines. « L’UE déplore la pression croissante à laquelle la société civile est confrontée », ajoute le communiqué.
« Maintenant que l’état d’urgence est derrière nous, nous espérons que la situation va s’améliorer », a lancé Mme Mogherini. M. Çavuşoğlu a expliqué que le processus de réformes avait été redynamisé depuis cette levée. Si la Turquie a la volonté de « poursuivre les réformes sur les droits fondamentaux, l’appareil judiciaire et l’État de droit », « l’UE doit nous guider sur le chemin », a-t-il expliqué. L'UE refuse l’ouverture des chapitres de négociations d’adhésion sur ces questions en raison de l’attitude d’Ankara envers Chypre. Selon M. Çavuşoğlu, la baisse des fonds de préadhésion ne portera pas préjudice à l’économie turque, mais gênera la « bonne marche des réformes ». Les fonds restants seront orientés vers le soutien aux réformes et à la société civile.
Et si l’UE est critique envers son pays, le ministre n’a pas manqué de rendre la pareille. « Gardons-nous de toute interférence avec les décisions des tribunaux », a conseillé le ministre, mettant en garde contre l’ingérence. Il a dénoncé l’islamophobie en Europe, les « discours haineux envers les musulmans qui ne doivent pas être vus comme la liberté d’expression ». M. Çavuşoğlu n’a pas non plus mâché ses mots sur la dernière résolution du PE, qui demande la suspension officielle des négociations d’adhésion (EUROPE 12213/3). Il l’a qualifiée d’« inacceptable », ajoutant qu'elle « tombe sous la coupe des mouvements extrémistes et de leur idéologie ».
Comme à son habitude, le ministre turc a demandé le respect de la déclaration de mars 2016, dont la modernisation de l’Union douanière et la libéralisation des visas. Selon le chef de la diplomatie turque, il reste encore à son pays six critères à remplir pour pouvoir bénéficier de la libéralisation des visas. « Nous espérons que les négociations aboutiront très bientôt », a-t-il expliqué, alors que M. Hahn a estimé que « très bientôt » était une notion « étirable ».
Alors que le ministre turc a rappelé l’action de son pays contre le PKK, le PYD et les YPG et le FETO, qu'il a qualifiés d'organisations terroristes, Mme Mogherini a souligné la coopération entre l’UE et la Turquie dans la lutte contre le terrorisme, dans le respect de l’État de droit, des droits de l’homme et du droit international.
M. Hahn a espéré qu’un dialogue à haut niveau sur l’énergie pourra bientôt être engagé, afin notamment de discuter des forages pétroliers, alors que l'UE critique l’attitude turque sur la zone économique exclusive chypriote.
Selon M. Çavuşoğlu, son pays travaille avec la Présidence roumaine du Conseil de l'UE sur un sommet entre l’UE et la Turquie. (Camille-Cerise Gessant)