Donald Tusk peut s’interroger sur l’existence d’une « place spéciale en enfer » pour les partisans du Brexit mal préparés, mais cette réflexion ne fait qu’ajouter de l’incertitude à ce dossier (EUROPE 12188).
Un débat sur le Brexit organisé la semaine prochaine au Parlement britannique doit encore servir à sauver les apparences. Il fait suite au rejet 2:1 du traité de sortie par le Parlement le 15 janvier (EUROPE 12172) et au vote non contraignant du 29 janvier demandant au Premier ministre, Madame Theresa May, de renégocier la solution de sécurité relative à la frontière irlandaise (EUROPE 12183).
Elle a promis de ramener un accord révisé qu’elle soumettra « le plus rapidement possible » à un nouveau vote ou de tenir un débat sur le Brexit. Ce dernier aura lieu jeudi 14 février et s’articulera autour d’une motion présentée par le Premier ministre susceptible d’être amendée par les députés.
Cette motion ne devrait être qu’un rapport général d’avancement et les suspects habituels (la travailliste Yvette Cooper, le conservateur Nick Boles) pourraient déposer les mêmes amendements, à savoir une extension de la période prévue à l’article 50 et un second référendum. Tous les amendements acceptés par le président peuvent être soumis à un vote, mais un « vote significatif » sur le traité de retrait lui-même ne devrait pas avoir lieu de sitôt.
Il sera intéressant de voir comment le parti travailliste jouera ses cartes durant le débat, après la lettre de son dirigeant, Jeremy Corbyn, adressée à Mme May cette semaine demandant une « union douanière permanente et globale pour le Royaume-Uni » avec l’UE. Il souhaite des « changements » aux limites fixées par le Premier ministre ainsi qu’un engagement envers un « alignement étroit » sur les règles du marché unique de l’UE, un « alignement dynamique » sur les normes du travail, environnementales et sociales, et des garanties relatives à la participation du Royaume-Uni aux agences européennes et aux bases de données en matière de sécurité.
La motion montrera également comment Mme May a choisi de mener ses négociations à Bruxelles cette semaine. Une déclaration commune UE/Royaume-Uni a qualifié les réunions de « musclées, mais constructives » (EUROPE 12189). À en juger par le langage corporel, elles étaient tendues et décevantes, alors que l’UE a encore refusé d’apporter des modifications à l’accord de retrait, y compris sur la solution de sécurité irlandaise.
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a qualifié de prometteuses les idées de M. Corbyn cette semaine, mais elles sont susceptibles d’éloigner les conservateurs partisans du Brexit, qui souhaitent que Mme May fasse pression pour obtenir une date limite à la solution de sécurité irlandaise. Jusqu’à présent, l’UE n’a proposé que des ajustements à la déclaration politique non contraignante relative aux futures relations, qui ne suffiront probablement pas à convaincre les députés britanniques d’adopter un accord final sur le Brexit.
Comme M. Tusk l’a tweeté après sa rencontre avec Mme May cette semaine : « Toujours pas de percée en vue. »
Voilà qui laisse les deux parties contraintes de se préparer dans la précipitation à une absence d’accord. Un groupe secret mis en place au sein du gouvernement britannique rédigerait un plan (surnommé le « Projet Après ») destiné à stimuler l’économie en cas d’absence d’accord sur le Brexit et qui comporterait différentes options allant des réductions d’impôts aux dépenses inconsidérées. Entretemps, l’UE a conclu un accord sur un réseau de nouvelles liaisons maritimes entre l’Irlande, la France, la Belgique et les Pays-Bas (voir autre nouvelle).
Également au programme : le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, devait informer les ambassadeurs de l’UE des derniers développements ce vendredi matin, tandis que Mme May rencontrait le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar à Dublin ce soir, après une nouvelle semaine difficile pour les relations entre les deux pays. Le ministre chargé du Brexit, Stephen Barclay, se rendra à Bruxelles lundi pour s’entretenir avec M. Barnier alors que les équipes de négociation de l’UE et du Royaume-Uni reprendront les discussions dans les prochains jours, avant la présentation d’un rapport d’avancement par Mme May et le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, à la fin du mois. (Version originale anglaise par Sarah Collins)