Le ministre autrichien de la Justice, Josef Moser, a ouvertement soutenu, vendredi 8 février à Bucarest, la candidature de la Roumaine Laura Codruţa Kövesi à la tête du futur Parquet européen chargé de lutter contre la fraude aux fonds européens alors que cette nomination fait polémique en Roumanie et n’est pas soutenue par le ministre roumain de la Justice, Tudorel Toader.
Cette nomination n’était pas inscrite à l’ordre du jour de la réunion informelle des ministres de la Justice de l’UE, ont souligné à la fois M. Toader et la commissaire européenne Věra Jourová. Questionné néanmoins par la presse, le ministre roumain a simplement rappelé que sa position était « connue » [il y est opposé, NDLR] et qu’il s’y tenait.
La commissaire n’a pas voulu se prononcer sur le profil de la candidate roumaine, rappelant qu’il revient au Conseil de l’UE à la majorité simple et au Parlement européen de se prononcer, en théorie d’ici à mars.
Soulignant que l'État de droit est un principe clef dans l'UE, M. Moser a noté que Mme Codruţa Kövesi, l’ex-chef de l’anticorruption roumaine, démise de ses fonctions lors de l’entrée en fonction du gouvernement de Viorica Dăncilă, avait passé avec succès différentes étapes de sélection et se retrouvait aujourd’hui en bonne position dans une liste finale de trois candidats. Le ministre autrichien a assuré qu’il apporterait sa voix à cette candidature.
Le Comité de sélection (EUROPE 12093) a transmis le 4 février au Parlement européen et au Conseil de l’UE sa liste restreinte de 3 candidats pour diriger le Parquet européen. Parmi les 11 candidats présélectionnés et convoqués à des entretiens fin janvier (EUROPE 12182), Mme Codruţa Kövesi est en tête, suivie par le procureur général français, Jean-François Bohnert, et l’Allemand Andrés Ritter.
La Roumanie se trouve dans une position délicate. Si l’obtention du titre de chef du Parquet européen est prestigieuse, la nomination de Mme Codruţa Kövesi interviendrait dans un contexte de critiques profondes des pratiques judiciaires du gouvernement roumain social-démocrate.
La Commission européenne n’a pas lancé de procédure dite 'article 7' sur le respect de l'État de droit à l'encontre des autorités roumaines, tout en formulant encore en novembre 2018 de nouvelles inquiétudes dans le cadre de son Mécanisme de coopération et vérification (EUROPE 12136).
Elle a ainsi émis de nouvelles recommandations à Bucarest pour renforcer le système judiciaire et s’assurer de son indépendance et « ces recommandations n’auraient pas été faites si nous n'étions pas convaincus que la Roumanie va les appliquer », a estimé Mme Jourová.
Le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, a pour sa part rencontré Mme Dăncilă, jeudi 7 février à Bruxelles. Il a été convenu de poursuivre le dialogue sur l’État de droit, cette démarche devant servir à redonner aux citoyens roumains la confiance dans leurs institutions judiciaires, a encore ajouté Mme Jourová. (Solenn Paulic avec Marion Fontana)