*** ANGELOS SYRIGOS, EVANTHIS CHATZIVASSILIOU : L'accord de Prespes et le problème macédonien. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2019 152 p., 9,70 €. ISBN 978-960-16-8260-0.
Les Pr. Angelos Syrigos (droit international et politique étrangère au département d'études internationales, européennes et régionales de l'Université Panteion d'Athènes) et Evanthis Chatzivassiliou (histoire de l'après-guerre et président du département d'histoire et d'archéologie de l'Université d'Athènes) présentent, dans ce livre, leur avis scientifique sur l'accord de Prespes du 7 juin dernier et le problème macédonien. Plus précisément, ils examinent : • la stratégie et les objectifs de la Grèce dans la question macédonienne ; • les dispositions de l'accord relatives au nom de l'État voisin, à la nationalité/citoyenneté, à l’ethnie/identité et à la langue ; • le droit à l'auto-identification (détermination ?) et la question de la reconnaissance de la « minorité macédonienne » en Grèce ; • la dimension de l’Otan en cette affaire ; • la ratification de l'accord dans l'Ancienne République yougoslave de Macédoine, y compris le dernier référendum et les amendements à sa Constitution ; • la possibilité juridique et politique d'annuler ou de mettre fin à l'accord de Prespes s'il est ratifié par la Grèce. Les auteurs jaugent aussi cet accord à la lumière de l'évolution de la question macédonienne au cours des 150 dernières années.
Dans l’introduction, les auteurs avertissent qu’ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir « pour brosser un tableau complet, fiable et honnête », leur principale motivation ayant été « de constater que le dialogue public, et en particulier le dialogue scientifique à propos de l'accord, n'a pas toujours été conduit de manière satisfaisante ». Et d’ajouter : « Notre guide a été la nécessité de formuler des opinions dictées par une méthodologie scientifique. Nous soutiendrons une attitude prudente et critique à l’égard de l’Accord de Prespes ». Cela ne les empêche pas de porter un jugement très critique sur celui-ci dans la mesure où il a impliqué des concessions fondamentales de la Grèce, lui qui marquerait carrément l’abandon des stratégies-clés d’Athènes dans le sud des Balkans et conduirait inévitablement à des impasses dangereuses. Dans la pratique, si cet accord était appliqué, la Grèce adopterait la politique annoncée par l'Internationale communiste en 1934 : la reconnaissance d'une « nation macédonienne » et les droits de recours en justice « pour les minorités macédoniennes » dans les pays voisins, notamment en Grèce.
Les deux universitaires observent que les partisans de l'accord de Prespes ne sont pas un groupe homogène. Parmi eux, un sous-groupe important est fort de personnes qui partagent les vues anciennes de l'Internationale communiste. Il en est un autre, beaucoup plus restreint qui, composé de personnes aux orientations idéologiques très différentes mais le plus souvent pro-européens résolus, soutiennent l'accord parce qu'elles pensent que la question macédonienne n'est pas un dossier essentiel de la politique étrangère de la Grèce et que l'ARYM n’est pas – et ne sera jamais – un adversaire capable de la menacer.
Les Pr. Syrigos et Chatzivassiliou fondent leur analyse sur une compréhension spécifique des affaires internationales qui se distingue de l’esprit fonctionnel, expliquant : « Nous prenons en compte l'environnement international et en particulier le droit international. En même temps, nous prenons en compte l’évolution du problème macédonien, les traumatismes successifs des Balkans, ainsi que les particularités régionales des Balkans. Nous respectons tous les autres peuples qui partagent cette région du monde avec nous. L'accent mis sur le domaine géographique spécifique et ses réalités est un élément crucial ». Toutefois, les affaires internationales ne sont pas une science naturelle dont les conclusions s'appliqueraient quels que soient le lieu et le temps. En clair, une simplification excessive dans un domaine aussi difficile serait une chose très dangereuse. En ce qui concerne le climat international plus large, les auteurs considèrent qu'il va de soi que les pays extérieurs aux Balkans qui militent pour un accord – même les grandes puissances – applaudiraient à toute solution, que celle-ci mentionne le nom de « Macédoine » ou pas. En réalité, ce n’est pas leur problème, et ils ne se soucieraient pas davantage de savoir si la solution retenue est stable à long terme et offre la perspective d'une solution définitive. C’est ainsi, font valoir les auteurs, que fonctionne la diplomatie internationale sur des problèmes considérés comme mineurs et de faible intensité, tels que le problème macédonien. D’où leur conclusion : « L'attitude des forces autres que celles des Balkans est dictée par leurs propres intérêts. Il leur appartient de trouver une solution définitive. Il est de notre responsabilité en tant que Grecs de veiller aux intérêts de notre pays, et notre responsabilité en tant que Balkans (à savoir la Grèce et l'ARYM) est d’assurer la stabilité de notre région commune. L'accord de Prespes ne constitue pas une base pour une telle solution stable et définitive à long terme. »
Thanassis Kalfas
*** ALEXANDROS MALLIAS : La Grèce et la Macédoine du Nord. L'autopsie du difficile accord de Prespa. Editions Sideris (116 rue Solonos, Gr-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2018, 204 p., 12 €. ISBN 978-960-08-0795-0.
L’ambassadeur honoraire Alexandros Mallias est un grand expert des Balkans. Il a travaillé sur la question macédonienne de manière continue depuis 1991, étant d’ailleurs devenu le premier représentant diplomatique de la Grèce à Skopje, capitale de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, en 1995, après la signature de l'accord intérimaire. Dans cet essai, le diplomate grec souligne que la concertation est une condition préalable à la recherche de solutions aux soi-disant « problèmes nationaux » et condamne le manque d'efforts honnêtes accomplis sur ce plan. Son autopsie de l’Accord de Prespa met en lumière le sens positif erga omnes du nom composé « Macédoine du Nord », avec une révision de la constitution. En même temps, juge-t-il, les problèmes centraux de langue et d'ethnicité-citoyenneté-nationalité en sont le talon d'Achille, tant il est vrai que l’Accord n'apporte pas une totale clarté à leur propos. Dans sa préface, Evangelos Venizelos estime qu’Alexandros Mallias contribue, par ce livre, « à un dialogue national malheureusement tronqué et presque toujours influencé par sa faisabilité conjoncturelle » sur un sujet aussi politiquement sensible, l’ancien ministre grec des Affaires étrangères (entre autres…) se félicitant que cette analyse dépasse le cadre strictement national pour situer le problème dans un contexte historique et politique plus large. Quel est le choix politique interne du gouvernement grec ? Quels sont les problèmes juridiques critiques à attendre ? Quelle a été la contribution de l'opposition ? Quelle a été la conciliation nationale préalable à la solution ? Quels sont les acteurs des bouleversements internationaux et ceux actifs dans le voisinage de la Grèce ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles apporte des réponses celui qui, en 2007, a reçu le prix Luther King de Washington International pour son travail dans les Balkans. Le tout est complété par une longue analyse de l’accord de Prespa, une présentation chronologique des faits qui y ont conduit et une énumération des erreurs commises par les gouvernements grecs. (AKa)
*** SPYRIDON SFETAS : La mutation du problème macédonien. Le long chemin vers Prespes. Editions Sideris (116 rue Solonos, Gr-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 –fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2018, 256 p., 14 €. ISBN 978-960-08-0812-4.
Si elle déconcerte les observateurs extérieurs, la question macédonienne n’en est pas moins une question complexe dans les Balkans. Sa particularité est que, au 19ème siècle et pendant la première moitié du 20ème, cette question était différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Au 19ème siècle, la « Question macédonienne » était comprise comme la rivalité des Grecs, des Bulgares et des Serbes pour s’approprier la région macédonienne et y imposer identité grecque, bulgare ou serbe dans une population majoritairement slave. Après la Seconde Guerre mondiale, cette question a acquis un contenu différent : comme l’analyse dans ce livre Spyridon Sfetas, professeur d'histoire des Balkans au Département d'histoire et d'archéologie de la Faculté de philosophie de l’Université Aristote de Thessalonique, la question macédonienne est devenue une question yougoslave. Il était alors question de former une identité slavo-macédonienne dans la République populaire fédérée de Macédoine, mais aussi d’accoler à la politique yougoslave le concept de « macédoinité ». Le terme Slavo-Macédoniens ne doit donc pas être compris comme un mélange ethnique des anciens Macédoniens et des Slaves après le 7ème siècle, mais bien comme une variation de l’identité des Slaves de l'espace macédonien après la Seconde Guerre mondiale, ce processus se poursuivant encore aujourd'hui. L'essence de la question macédonienne moderne est par conséquent la définition de l'identité, ce qui est l'esprit de l'Accord de Prespes conclu par les Premiers ministres Tsipras et Zaev sur les rives d’un très beau lac appartenant à la Grèce, à l’Albanie et à l’Ancienne République yougoslave de Macédoine. (AKa)
*** KONSTANTINOS PLEVRIS : La position géopolitique de la Macédoine. Editions Hilektron (81 rue Skoufa, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3605305 – fax : 3605325 – Courriel : info@hilektron.gr – Internet : http://www.hilektron.gr ). 2018, 162 p., 12,78 €. ISBN 978-618-5254-31-5.
Dans l’introduction de ce livre, Konstantinos Plevris explique : « Cet ouvrage, qui en est à sa quatrième édition, mise à jour et élargie, vise à informer les Grecs de la position géopolitique occupée par la Macédoine, dans les conditions actuelles de la périphérie proche et élargie de la Grèce, de manière à contribuer à sa compréhension au-delà de la situation politique telle qu'elle évolue ». Après avoir décrit succinctement ce qu’est la géopolitique aujourd’hui, il s’applique à voir d’où viennent les Macédoniens avant de faire le point sur les limites et la géomorphologie de la Macédoine, le système administratif et l’organisation sociale et économique de la région, ainsi que l'exploitation géopolitique qui y est possible. L’auteur confirme que la Macédoine était bien grecque avant l'union balkanique et se demande s’il faut aujourd’hui la protéger, formulant des recommandations à ce propos dans le cadre des Balkans. Il pense ainsi, par exemple, que la mer Egée dépend de la Macédoine et que l'Europe est contre la Macédoine, avant d’analyser aussi la présence musulmane. Les conclusions de l’auteur sont enrichies par des cartes géographiques explicatives de la région et par un annuaire reprenant les événements historiques et les principaux acteurs politiques qui ont un rôle important à y jouer. (AKa)
*** GEORGIOS DOUDOUMIS : Les Balkans dans l'ombre d'hier. Editions Karavia (35 rue Asklipiou, GR-10680 Athènes. Tél./fax : (30-210) 3620465 – Courriel : karaviareprints@ath.forthnet.gr – Internet : http://www.rarebooks.com.gr ). 2018, 160 p., 8,48 €. ISBN 978-960-258-134-6.
L'idée d'un Conseil de coopération des Balkans pousserait les pays de la région à traiter notamment ensemble les questions de la dette, des investissements productifs, de l'efficacité énergétique, de la manière d’éviter que les Balkans puissent être utilisés comme champ de bataille pour des intérêts étrangers (par exemple dans une guerre ordonnée par les Etats-Unis contre la Russie…) et de bien d’autres sujets encore. Pour l’auteur, diplomate grec spécialiste des questions économiques, tout concourt donc à l’institutionnalisation d’une institution interbalkanique promouvant la coopération entre les pays de la région des Balkans, afin d’y consolider la paix et d’accélérer le processus de développement de chacun de ces pays et de la région dans son ensemble. Cela nécessiterait aussi une convergence des politiques étrangères de ces pays, comme l'illustre la crise actuelle des réfugiés et, plus généralement, le problème de la migration combiné au problème démographique de la région. La recette du succès d'une perspective balkanique commune devrait avoir pour base solide le « un pour tous et tous pour un », sans tentatives de faire prévaloir l'un des éléments du groupe. Georgios Doudoumis envisage dans ces pages la création d'une nouvelle carte politique après avoir étudié les Balkans aujourd'hui, la corruption dans les différents pays balkaniques, le problème démographique, les Balkans dans l'échiquier international, le corridor énergétique, etc. Il offre aussi une analyse de l’approche stratégique grecque dans la région. Une vaste bibliographie enrichit le livre. (AKa)
*** Südosteuropa Mitteilungen. Südosteuropa-Gesellschaft (49 Widenmayerstrasse, D-80538 Munich. Tél. : (49-89) 212154-0 – fax : 2289469 – Courriel : info@sogde.org – Internet : http://www.sogde.org ). 2018, 128 p., 15 €. Abonnement annuel : 80 €.
Outre des contributions consacrées au monde perturbé de la presse (meurtre du journaliste slovaque Ján Kuciak, l’action du projet de rapport sur le crime organisé et la corruption dans les Balkans occidentaux et l’intrusion de la Russie dans les médias serbes), ce numéro de Südosteuropa Mitteilungen contient plusieurs articles concernant les Balkans occidentaux, notamment à la lumière des perspectives d’élargissement de l’Union européenne à cette région, « entre fiction et réalité ». Il y est aussi question de « la Grèce comme ‘Orient dans l’Occident’ » à la lumière de la crise qui l’a frappée et des stéréotypes qu’elle a suscités chez certains. L’Albanie y est enfin présentée comme un laboratoire de développement touristique. (PBo)