Le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a appelé, mercredi 30 janvier, les États membres de l'UE à prendre leurs responsabilités pour répondre à la problématique des traversées en mer de migrants et à commencer au moins à s’entendre sur un schéma temporaire de débarquement.
De passage à Bruxelles, il a présenté les résultats d’un nouveau rapport selon lequel en 2018 « en moyenne, 6 personnes par jour ont trouvé la mort » en tentant de rejoindre l’UE. Alors que le nombre d’arrivées en Europe ne cesse de diminuer, le nombre de morts proportionnellement a « plus que doublé », a encore expliqué l’Italien, estimant que les gouvernements européens devraient « réfléchir à cela ». Sur l'année 2018, le nombre de morts était estimé à 2 275. Si ce taux est en diminution par rapport à 2016 notamment (5 096 décès), il reste élevé, compte tenu du fort déclin du nombre d’arrivées.
M. Grandi a aussi déploré la diminution des capacités de recherche et sauvetage en Méditerranée, liée notamment au retrait des ONG. En 2017, il y avait encore environ 10 bateaux d’ONG pouvant permettre de sauver des migrants en mer ; aujourd'hui, il n’y en a que « deux ». Selon lui, les États membres sont engagés actuellement dans une « course négative pour ne pas accueillir de gens », l'Italien faisant référence aux difficultés qu’ont les États membres à s’accorder pour accueillir quelques personnes secourues en mer et bloquées dans les ports européens, à l'image du bateau Sea Watch 3 et ses 47 migrants, qui pourront, après 12 jours d'attente au large de la Sicile, être accueillis dans 7 États membres, a annoncé le 30 janvier le Premier ministre italien, Giuseppe Conte.
Le Haut-Commissaire a aussi fait le point sur la situation en Libye, où il voit de légères améliorations en ce que les organisations peuvent opérer avec l’OIM dans de nouveaux centres, et procéder à davantage d’extractions de migrants depuis les centres de rétention vers d’autres pays, comme le Niger, mais aussi la Roumanie, a-t-il cité. Les conditions de détention en Libye restent toutefois déplorables, a repris Filippo Grandi, et là encore, les Européens doivent tout faire pour apporter leur contribution, notamment en répondant pleinement à l’appel que la Commission leur avait lancé en 2017 pour ouvrir 50 000 places de réinstallation dans l’UE. Aujourd’hui, ils en sont à 21 000 places. (Solenn Paulic)