Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le négociateur de l'UE sur la sortie du Royaume-Uni, Michel Barnier, ont à nouveau opposé le 30 janvier une fin de non-recevoir à la demande du Parlement britannique et du Premier ministre, Theresa May, de rouvrir les négociations sur le filet de sécurité pour l’Irlande, après que le Parlement britannique a adopté, mardi soir, un amendement en ce sens, le amendement Brady demandant des mécanismes alternatifs au 'backstop' (EUROPE 12182).
« On l’a répété, le débat et le vote d’hier n'ont rien changé : l’accord de retrait ne sera pas renégocié », a martelé Jean-Claude Juncker devant les eurodéputés.
Selon M. Juncker, l’éventualité d’un Brexit sans accord s’est aussi encore accrue avec ce vote et c’est pour cela que « j’ai envoyé quelqu’un dans chaque État membre » pour préparer ce scénario, a-t-il indiqué.
Selon le président de la Commission, il est aujourd’hui « plus que jamais important que l’UE reste calme et déterminée, comme elle l’a été tout au long du processus » et, dans cette préparation d'un retrait britannique sans accord, « on ne doit pas reproduire les bénéfices de l’accord de retrait ou de la déclaration politique », a-t-il aussi averti. Le président de la Commission a en tout cas assuré qu’il se voulait optimiste et veut croire « qu’un accord reste possible ».
Pour Michel Barnier, le filet de sécurité fait entièrement partie de l’accord de retrait. « Il ne sera pas renégocié, il n’y a aucun doute possible sur ce point », a-t-il estimé. Et si l’UE reste ouverte à discuter des mécanismes alternatifs au ‘backstop’, comme l’a demandé le Parlement britannique, cela ne pourra se faire qu’une fois l’accord de retrait signé, a expliqué Michel Barnier. Le négociateur a d’ailleurs rappelé que l’accord de retrait et la déclaration politique mentionnent déjà ces mécanismes alternatifs, mais, à l’heure actuelle, ils ne sont pas opérationnels, rendant ainsi le ‘backstop’ incontournable.
Le négociateur a en tout cas dit sa lassitude face à certains discours britanniques, ayant de « plus en plus de mal à accepter le blame game qu’ils veulent jouer contre nous ».
Du côté des députés et, notamment, du groupe de pilotage du PE sur le Brexit, c’est encore la lassitude qui l’emporte, les deux derniers mois ayant été « épuisants », comme l’a dit le Belge Guy Verhofstadt. Pour le coordinateur du PE pour le Brexit, Mme May reste toujours la bienvenue à Bruxelles pour discuter, « mais pour faire quoi ? Pour demander plus de temps ? Pour changer ses lignes rouges ? » Le Belge a déploré en tout cas que le vote du Parlement britannique ne donne toujours aucune consigne sur ce qu’il veut.
Pour l’Allemand Elmar Brok (PPE), les dégâts d’une sortie sans accord seront en tout cas « dix fois pires pour le Royaume-Uni que pour l’UE » ; il faut donc que les Britanniques reviennent et qu’une solution puisse être trouvée.
L’Italien Roberto Gualtieri (S&D) a, quant à lui, relancé l’idée d’un second référendum, si le Parlement n’arrivait pas à trouver une voie. Mais le conservateur britannique Ashley Fox a, à lui seul, résumé la pensée outre-Manche. Selon lui, le filet de sécurité irlandais dans sa forme actuelle ne pourra pas prévenir une frontière dure et, au contraire, « il la créera ». Le député a, de ce fait, regretté que l’UE s’en tienne à son refus de renégocier.
À ce stade, aucune venue de Mme May à Bruxelles n’est fixée. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, devait, lui, s’entretenir mercredi soir avec elle par téléphone. (Solenn Paulic)