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Bulletin Quotidien Europe N° 12176
Sommaire Publication complète Par article 33 / 33
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1242

***    KEVIN HJORTSHOJ O’ROURKE : Une brève histoire du Brexit. Editions Odile Jacob (15 rue Soufflot, F-75005 Paris cedex 05. Tél. : (33-1) 44416484 – Internet : http://www.odilejacob.fr ).  2018, 301 p., 22,90 € (26,15 € en Belgique). ISBN 978-2-7381-4625-0.

Né en Suisse d’un père irlandais et d’une mère danoise, Kevin O’Rourke a grandi à Londres, Dublin et Bruxelles. Il vit aujourd’hui en Irlande, tout en travaillant en Angleterre et étant conseiller municipal dans le petit village français de Saint-Pierre-d’Entremont. C’est donc, en quelque sorte, la quintessence d’un Européen. Il est en même temps historien de l’économie et plus particulièrement un « spécialiste de la mondialisation et de la démondialisation ». Le tout compose un cocktail qui fait de ce livre un must pour qui veut comprendre d’où vient le Brexit en allant au-delà des images véhiculées, sans recul, par l’actualité. A cette fin, il s’emploie à rassembler les éléments saillants de l’histoire britannique et, mieux encore, de raconter à la fois celles du Royaume-Uni, de l’Union européenne et de l’Irlande, tant il est vrai que, pour lui, « c’est dans les interactions des trois que s’enracinent les négociations » qui ont conduit au vote de la semaine dernière aux Communes. En l’occurrence, il fait œuvre prodigieusement utile.

Dans un premier temps, il revient sur les raisons pour lesquelles l’Europe a développé des institutions supranationales – et celles pour lesquelles le Royaume-Uni y a été traditionnellement hostile. Il rappelle ainsi, pour commencer, que contrairement à la manière dont le 11 Novembre est vécu sur le continent, l’Armistice Day n’est « certes pas considéré comme l’occasion de rappeler aux Britanniques la nécessité de l’intégration européenne », ce dont atteste un mémo adressé à David Cameron lorsqu’il était Premier ministre selon lequel il fallait « faire de sorte que notre commémoration {de la Première Guerre mondiale} ne puisse donner aucune assise au mythe que l’intégration européenne a été le résultat des deux guerres mondiales ». D’où ce commentaire tout en sobriété cinglante de l’auteur : « Cela laisse sans voix. » Le problème, c’est que l’Europe connaissait, au terme de la révolution industrielle, « un déclin relatif ». Le Royaume-Uni aussi, mais lui « était resté invaincu » … En réalité, s’emploie à montrer ensuite Kevin O’Rourke, la Grande-Bretagne restait, après 1945, influencée par « la mondialisation et l’impérialisme du XIXe siècle », c’est-à-dire par le souvenir vivace d’un empire présent aux quatre coins de la planète, d’une puissance conduite, comme a pu oser l’affirmer Joseph Chamberlain, secrétaire aux Colonies de 1895 à 1903, par une « race, la plus grande race dirigeante que le monde eût connue, cette race anglo-saxonne (…) qui serait immanquablement la force dominante de l’histoire future et de la civilisation universelle ». Lorsque la construction européenne s’engagea d’emblée sur une voie supranationale, Londres préféra miser sur son empire agonisant et, bientôt, sur le Commonwealth, appelé à adopter un système de droits de douane préférentiels qui les avantagerait par rapport au reste du monde. D’où cet autre commentaire aussi assassin que savoureux et pertinent de l’auteur : « Tel un Jean Monnet d’un monde nationaliste et impérialiste, Chamberlain voulait faire de la politique commerciale l’instrument d’une union politique », laquelle laisserait toutefois à Londres les mains pleinement libres…

Le problème, c’est que beaucoup de ses héritiers politiques britanniques lui ont emboîté le pas et qu’il en est certains qui continuent de le faire jusqu’à l’hystérie. Le problème est également que le projet européen de Schuman et Monnet, pleinement supranational et qui constituait, rappelle l’auteur, « les premières assises concrètes d’une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix », prenait bel et bien corps et condamnait petit à petit la Grande-Bretagne à un statut périphérique, elle qui s’était exclue d’elle-même « d’une union douanière dont faisaient partie les trois premières économies de l’Europe continentale ». Cet affrontement entre union douanière et zone de libre-échange reste aujourd’hui plus que jamais au cœur des arrangements à conclure pour acter le Brexit. Cette idée fixe n’a jamais cessé de tarauder des ‘responsables’ politiques britanniques, ce en dépit de l’aveu d’échec des porteurs de cette vision qu’a constitué le « Brentry ». Toutefois, dès alors, « pas moins de 244 membres du Parlement, dont un cinquième de ceux qui soutenaient le gouvernement conservateur, et la majorité des travaillistes, votèrent contre l’entrée dans les Communautés européennes en 1971 ». C’est assez dire si le ver était dans le fruit et qu’il n’a jamais cessé de l’être depuis lors, au fil des étapes de l’intégration – le Marché unique qui doit énormément à… Margaret Thatcher et qui est une épine majeure aujourd’hui, le chèque britannique, « l’approfondissement fondamental de l’intégration européenne » qu’a été le traité de Maastricht – qui sont contées et commentées avec maestria par l’auteur.

Avant de décrire et d’analyser avec une impitoyable lucidité la décision britannique de quitter l’Union et de commenter avec finesse – et la rigueur de l’économiste – les négociations qui ont suivi, l’auteur s’attarde aussi sur le cas de l’Irlande. Après avoir montré combien l’appartenance à l’Union a transformé l’économie de l’Irlande et joué un rôle déterminant dans le succès du processus de paix en Irlande du Nord, il ponctue son remarquable ouvrage par une brève discussion des différents scénarios d’avenir sur lesquels le Brexit pourrait déboucher. Pour les Britanniques, mais pour les Européens aussi.

Michel Theys

***    MARC ROCHE : Le Brexit va réussir.  Editions Albin Michel (22 rue Huyghens, F-75014 Paris. Tél : (33-1) 42791000 – fax : 43272158 – Internet : http://www.albin-michel.fr ). 2018, 233 p., 18,50 €. ISBN : 978-2-226-40221-9.

« Voilà ce qui est arrivé à notre pays », constatait le 8 janvier dernier la députée pro-européenne du parti conservateur britannique Anna Soubry, ce après avoir été harcelée et traitée de « nazie », « fasciste », « ordure » par des manifestants. Au vu de ce contexte social de plus en plus radicalisé, et alors que l'imbroglio politique persiste Outre-Manche à tel point qu’une sortie sans accord n’est plus à exclure, il est difficile de croire le journaliste belge Marc Roche quand il soutient que « Le Brexit va réussir ». Dans son dernier ouvrage, aussi provocateur que pétri de références historiques, l’ancien correspondant à Londres des quotidiens Le Monde et Le Soir explique pourquoi le « remainer de cœur » est devenu un « Brexiter de raison ». Avec pour fil rouge l’idée que « le dessein européen de cette nation, qui fut jadis maîtresse des océans et gérante du plus grand empire de tous les temps, n’est que récent et momentané ».  Le journaliste belge fut pourtant lui-même victime de la montée de ces « eaux nauséabondes », de haine, de populisme, de racisme, causée par le Brexit. L’auteur n’est pas non plus aveugle face à la gênante « improvisation de Downing Street », ni à ces « conseillers du gouvernement dépassés par l’énormité de l’enjeu ». Marc Roche préfère toutefois malgré tout parier sur la diplomatie, le rayonnement culturel et linguistique, la puissance financière et militaire, sans compter sur le « cynisme admirable » des Britanniques.

Peut-être cet ouvrage, écrit à l’heure où le chaos de la politique britannique n’avait pas encore atteint l’apogée d’aujourd’hui, est-il resté trop longtemps sur les étagères de notre Bibliothèque. Ou au contraire, l’avons-nous ouvert trop tôt, Marc Roche admettant lui-même que « le Brexit fera incontestablement mal à court terme au Royaume-Uni ». Quoi qu’il en soit, encore faut-il savoir ce qu’on entend par « succès ». Car même à long terme, l’auteur admet que ce succès se paiera au prix fort, soit celui d’une place financière dérégulée, de paradis fiscaux renforcés et de la réduction de l’Etat-providence au minimum, ce qui fera du Royaume-Uni un pays « non pas meilleur, mais différent, plus inégalitaire ». (MU)

***    Revue générale. Réflexion et Culture. Editions Samsa (Espace Pesce, 154 rue Berthelot, B-1190 Bruxelles. Tél. : (32-475) 636481 – Courriel : samsa@samsa-editions.be – Internet : http://www.samsa.be ). 2018, n° 2, 257 p., 22 €. Abonnement annuel : 80 € (Belgique), 88 € (Union européenne), 98 € (hors Union européenne). ISBN 978-2-87593-207-5.

Ce numéro de la Revue générale reprend in extenso le discours consacré au Brexit qui a été prononcé par Michel Barnier lors des Grandes Conférences catholiques, le 5 novembre dernier à Bruxelles. Consacré au Brexit, mais avec la volonté de situer celui-ci dans le contexte de la crise existentielle qui frappe l’Europe. Le négociateur européen y invite ainsi à « retisser le drapeau européen » dont le Brexit ne serait qu’une déchirure particulièrement symbolique. A cette fin, il faut écouter le mal être de beaucoup d’Européens, comprendre leur « sentiment d’abandon ». Ce sentiment est celui « d’une Europe qui a été trop longtemps perméable aux doctrines ultralibérales » qui a conduit l’Union à pratiquer « une politique commerciale parfois naïve », « à refuser toute politique industrielle au nom de la seule politique de la concurrence » et « à devenir le cheval de Troie de la dérégulation des marchés financiers ». Et l’ancien commissaire européen et ministre français des Affaires étrangères d’appeler les dirigeants – et les citoyens ! – européens à se ressaisir en rappelant cette mise en garde de Charles Péguy : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles. » Ce qui renvoie au Dossier de ce numéro, intitulé « Sortir de la guerre, entrer dans la paix ? », ce qui n’a pas été le cas à la fin de la Première Guerre mondiale. C’est ce qu’explique le constitutionnaliste Francis Delpérée dans son éditorial : « Le traité de Versailles ne clôt pas la guerre. Il la poursuit. Il sème les germes d’un autre conflit plus dévastateur encore. » Le mérite de Schuman et Monnet est d’avoir rompu avec cet engrenage au sortir de la Seconde Guerre mondiale. A noter encore les regards portés par le diplomate Thierry Muûls sur ceux qui, en Allemagne, ont osé s’opposer à Hitler et le portrait que brosse Francis Delpérée de Paul Struye, « juriste, gaulliste et européaniste » qui fut longtemps président du Sénat en Belgique. (MT)

***    THEODOROS GEORGIOU : Le crépuscule de l'Europe politique. Editions Sakkoulas (23, rue Ippokratous, GR-10679 Athènes. Tél. : (30-210) 3387500 – fax : 3390075 – Courriel : info@sakkoulas.gr – Internet : http://www.sakkoulas.gr ). 2018, 260 p., 20 €. ISBN 978-960-568-702-1.

Par cet ouvrage aussi bref que dense, Theodoros Georgiou développe des pensées qui, précise-t-il, ne constituent pas un système théorique en ce qu’elles sont fragmentaires, tant il est vrai le sujet thématique abordé, l'Europe, n'est pas lui-même une entité mais a été transformé en quelque chose de largement partiel, comme une partie du système financier international. Enseignant la philosophie et les sciences sociales à l'Université Démocrite de Thrace, il parle de la transition politique actuelle de l’Union et de sa transformation en une entité post-démocratique ayant abandonné ses principes et ses valeurs constitutionnels. Par conséquent, selon la méthodologie de la théorie critique, le sujet thématique lui-même dicte son traitement théorique et son traitement épistémologique. Cet essai contient des textes qui tentent de cerner et comprendre la situation actuelle. Comme « chose » historique, l’Europe de ce début de XXIe siècle est tout à fait différente de celles des XIXe XXe siècles, l’auteur expliquant qu’elle est entrée dans une transition historique qui se caractérise principalement par la primauté de l'élément économique. Voilà pourquoi elle se transforme en une « Europe technocratique », en particulier pour ce qui est de la zone euro. En somme, l'argent est désormais devenu le mètre-étalon permettant de juger toute chose dans le monde. L'auteur analyse les problèmes d'auto-identification et d'identité de l'Europe, les problèmes de sa construction et de sa reconstruction, les problèmes d'intégration et la perspective historique de celle-ci, ainsi que les problèmes politiques auxquels l'Europe est désormais confrontée. Tout un chapitre est également consacré à « l'empire économique allemand » face à l'Union européenne, l’auteur s’intéressant encore élections au Parlement européen de 2014. Une réflexion philosophique sur la crise en Europe ponctue le livre en annexe. (AKa)

***    KOSTAS MARKAZOS : Opposés à nous-mêmes. Les vérités cachées et les symptômes de la crise grecque. Editions Nomiki bibliothiki (23 rue Mavromichali, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3678800 – fax : 3678922 – Courriel : info@nb.org – Internet : http://www.nb.org ). 2018, 256 p., 14 €. ISBN 978-960-622-379-2.

La crise plurielle qui affecte la Grèce depuis dix ans a changé en profondeur la société grecque, même si cela n'a pas été immédiatement perçu. La Grèce a payé et continue de payer très cher – trop ? – le caractère pervers et les pathologies qui caractérisaient depuis longtemps son système étatique. Dans cet ouvrage, le Pr. Kostas Markazos (Athens School of Economics), s’emploie à mettre en évidence les diverses causes de la situation actuelle tout en formulant des propositions. L'idée centrale du livre est que le plus grand obstacle à la capacité de relever le défi réside dans… les Grecs eux-mêmes. Pendant des décennies, les dirigeants politiques du pays, en coopération avec l'élite économique et la tolérance des syndicats et d'autres corps intermédiaires, ont contribué activement à l’ébranlement et au discrédit d’un Etat perverti par le clientélisme et l’arrivée de fonds étrangers intéressés. Jusqu'à présent, avance l’auteur, la Grèce ne semble pas avoir eu la force de rompre avec le passé. Bientôt, les Mémorandums seront du passé, mais la vraie question est de savoir si l'avenir du pays sera conçu par les Grecs ou s’ils continueront leur guérilla contre un plan et des conditions imposées au pays. Fustiger les « étrangers », note l’auteur, n'offre aucun remède contre les maladies chroniques, idée qu’il développe au fil des cinq parties du livre : les symptômes de la crise, les désaccords politiques et les résultats négatifs qui en ont résulté dans l’économie, l’orthodoxie… non orthodoxe d’une « Église dans l'État », les particularités nationales et, enfin, les failles du système de taxation grec à la lumière des fraudeurs fiscaux et de la faiblesse de contrôle de l'État.  (AKa)

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