Le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, a annoncé, lundi 21 janvier, qu’elle poursuivrait cette semaine les discussions avec les autres partis politiques et les partenaires sociaux afin de ficeler un consensus au Royaume-Uni sur l’accord de retrait de son pays de l’Union européenne.
Devant les députés britanniques, elle a également indiqué qu’elle transmettrait les conclusions de ses entretiens à l’UE, une fois ceux-ci terminés.
Alors qu’elle avait annoncé travailler sur un 'plan B' avec les autres partis, au lendemain du rejet par le Parlement britannique de l’accord conclu avec l’UE (EUROPE 12172), Mme May n’a donné en réalité aucune indication nouvelle sur la façon dont ce consensus pourrait être trouvé.
Elle a la conviction, toutefois, que le pays et ses représentants veulent un accord avec l’UE plutôt qu’une sortie sans accord et a rappelé que les principales préoccupations continuaient de porter sur le filet de sécurité ('backstop') visant à empêcher le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l’Irlande du Nord, via une union douanière et une proximité règlementaire avec l’UE, le temps qu’une relation commerciale adéquate soit ficelée.
Sans surprise, c’est sur ce filet de sécurité que vont essentiellement porter les discussions des jours à venir, en particulier avec son allié nord-irlandais, le parti DUP.
« Nous pouvons faire des progrès » sur la substance de l’accord et sur ce filet de sécurité, a indiqué Mme May, mais « nous devons pleinement respecter les accords de Belfast [dits du Vendredi saint] » et nous assurer qu’il n’y ait pas de « frontière physique », a encore ajouté la dirigeante, balayant ainsi des fuites selon lesquelles elle chercherait à modifier l'Accord du Vendredi saint.
« Je veux être absolument claire : nous ne rouvrirons pas les accords de Belfast. Je n’y ai jamais pensé », a assuré Mme May.
Plus tôt dans la journée, des informations de presse avaient aussi suggéré que Londres chercherait à régler directement avec Dublin cette question de la frontière en Irlande. Cette information a vite fait réagir le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, qui a expliqué à la télévision publique irlandaise RTE que l’Union était « une seule équipe de négociation », Londres ne pouvant donc pas contourner les Vingt-six pour négocier en bilatéral avec Dublin.
Sur le fond, le Premier ministre britannique n’a apporté que peu de nouveautés lundi. Promettant à son Parlement qu’il serait davantage associé au suivi et à la préparation de la future relation économique et politique avec l’UE, Mme May a aussi annoncé que les citoyens européens n’auraient pas à payer la contribution de 65 livres pour s’enregistrer au Royaume-Uni, qu’il y ait un accord ou pas d’accord avec l’UE et assuré que ceux ayant déjà payé cette contribution dans le cadre d’une phase pilote seraient remboursés. Une annonce qu’ont saluée Guy Verhofstadt, coordinateur du Brexit au PE, et son groupe de pilotage, dont c’était l’une des revendications.
Pour le reste, Theresa May a redit qu’à ce stade elle ne voyait aucune majorité dans le pays et au sein des partis et représentants politiques qu’elle a rencontrés en faveur d’un second référendum ou d’une extension de l’article 50, extension qui, selon elle, ne pourrait servir qu’à reporter la décision et ouvrirait la question de l’élection de députés britanniques au Parlement européen.
Les Européens pourront-ils en tout cas accéder à de nouvelles demandes d’aménagements de la solution de sécurité pour l’Irlande ?
Réunis lundi 21 janvier à Bruxelles, plusieurs ministres des Affaires étrangères, à l’instar de la ministre autrichienne Karin Kneissl, ont précisé à nouveau que l’accord de retrait sur la table ne pouvait être rouvert. Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, s’est, lui, entretenu avec son homologue britannique, Jeremy Hunt, et a publiquement répété, à l’issue de cette rencontre, que l’accord de retrait n’était « pas rouvert à la renégociation ». Il a aussi écarté la proposition faite par le ministre polonais, Jacek Czaputowicz, de permettre peut-être une limite temporaire de 5 ans pour le filet de sécurité pour l’Irlande. Une idée qui « ne reflète pas la pensée » de l’UE, a-t-il ajouté. (Solenn Paulic)