Trois ans après sa conclusion, l'Accord de Paris sur le climat est désormais doté de règles pour être opérationnel, mais tout reste à faire. Par son manque d’ambition politique, la COP 24, qui s’est achevée dimanche 16 décembre à Katowice (Pologne) avec plus de 24 heures de retard, est décevante, faute d’avoir pris suffisamment la mesure de l’urgence climatique pour la traduire en relèvement des engagements des différents pays (NDC). C'est peu dire qu'un changement climatique dramatique et irréversible n'est pas en passe d'être évité.
Mais les négociateurs de l'UE ont choisi de voir le verre à moitié plein, saluant l’adoption des règles et des lignes directrices pour l’application de cet accord universel, auquel les États-Unis ont tourné le dos. L'Accord de Paris a été sauvé et c'est ce qui a permis au président de la COP, Michał Kurtyka, de parler d'« un succès historique », même si le Brésil compte désormais parmi les 'climatosceptiques'.
Eu égard à la déception des pays en développement et des petits États insulaires, les plus vulnérables aux dérèglements climatiques, voire des experts du GIEC, qui avaient tiré la sonnette d'alarme, c'est bien le défi de l'ambition que devra relever la COP 25, au Chili, en janvier 2020.
Même s'il était acquis que l'adoption du manuel d'application de l'Accord ('The Paris Rulebook') serait le plus petit dénominateur commun sur lequel les parties finiraient par s'accorder, le commissaire européen à l'Action pour le climat et l'Énergie, Miguel Arias Cañete, s'en est félicité. « Nous avons trouvé un accord unanime par consensus pour lutter contre le changement climatique », a-t-il dit. « Nous avons des règles contraignantes déterminant comment les pays appliqueront les objectifs de l'Accord de Paris, de manière transparente et vérifiable », a renchéri la ministre autrichienne Elisabeth Köstinger, qui a négocié avec lui au nom de l'UE.
Des règles multilatérales pour transformer l'essai en action. Dans un communiqué, le commissaire salue « un accord équilibré sur les règles pour transformer l’Accord de Paris en action ». Selon lui, « l’UE a joué un rôle déterminant dans l’obtention de ce résultat. Le manuel de règles de Paris est fondamental pour permettre et encourager l’action climatique à tous les niveaux et ce succès signifie aussi un succès pour le multilatéralisme et un ordre mondial fondé sur des règles ». Et d'ajouter : « nous avons accueilli positivement le rapport spécial du GIEC sur un réchauffement mondial de 1,5° ».
La phase politique du dialogue de Talanoa – conversation collective internationale sur la manière de relever le niveau d’ambition - qui devait adresser un message fort au monde afin de relancer la dynamique de l’action pour le climat, a accouché d’une souris. Toutes les parties ont, certes, fait part de leurs résultats et de leurs progrès s’agissant de leur contribution déterminée au niveau national (NDC). Mais la communauté internationale est loin du compte : les engagements actuels conduisent à un réchauffement mondial moyen de 3 degrés C à l’horizon 2100 – loin de 1,5 degré, alors que le rapport du GIEC du 8 octobre soulignait que 1,5° (le plus ambitieux de l'Accord de Paris) est un objectif atteignable, mais nécessitant d'agir rapidement pour parvenir à des émissions négatives dans la deuxième moitié du siècle (EUROPE 12111, 12106).
Aucun pays de l’UE n’a, jusqu'ici, pris les mesures qui s'imposent pour tenir ses engagements au titre de l’Accord de Paris. Toutefois, 26 parties à l’Accord (sur les 195), dont 11 États membres de l’UE - Allemagne, Espagne, Danemark, Finlande, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Suède et Royaume-Uni et la Commission européenne - mais aussi la Chine, ont rallié la coalition des plus ambitieux (EUROPE 12159).
Au lieu d'un objectif de réduction d'au moins 40 % de ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport à 1990, la Commission a annoncé, par la voix de son vice-président responsable de l'Énergie, Maroš Šefčovič, que « d'ici à la fin de la prochaine décennie, la réduction sera d'au moins 45 % [si toute la législation Énergie/Climat est mise en œuvre, NDLR] » (EUROPE 12151). Et elle soumettra en 2020 une stratégie 2050 qui tiendra compte des résultats de la COP 24 (EUROPE 12160).
De l'avis de la délégation du Parlement européen qui était présente à Katowice, le résultat de la COP 24 est loin de l’ambition requise, mais cette COP a livré « des éléments essentiels pour mettre en œuvre l’Accord de Paris » : des règles d’application claires.
« C’est un résultat modeste pour une COP qui a eu lieu en Europe, car l’ambition a souffert d’un contexte politique difficile et de la volonté de certaines délégations de mettre le rapport du GIEC sous le tapis », a estimé l'eurodéputée Roumaine Adina-Ioana Vălean (PPE), qui dirigeait la délégation. L'Arabie saoudite, la Russie, mais aussi la Pologne ne sont pas prêtes à sortir des énergies fossiles.
Pas encore de règles sur le fonctionnement des marchés du carbone après 2020. La question majeure du fonctionnement des marchés du carbone post-2020 (article 6) a été reportée à la COP 25. Les parties ont échoué à s'accorder sur les règles qui permettraient d’éviter des échappatoires (comme la double comptabilisation des réductions d’émission) en imposant des obligations de transparence sur les transferts de crédits dans les règles du mécanisme de développement propre (CDM après 2020).
Le Brésil a en effet refusé les règles qui auraient exigé des ajustements pour les crédits transférés. « Sans ces ajustements, un pays pourra prétendre avoir procédé à des réductions d’émissions et vendre ces réductions à un autre pays. Si l’on ajoute qu’il n’y a aucune limite à l’utilisation des marchés, cela veut dire que les pays pourraient remplir leurs engagements sans réduire leurs émissions d’une seule tonne de carbone », prévient l'ONG Carbon Market Watch.
« Des objectifs ambitieux ne sont rien, si les règles de mises en œuvre contiennent des échappatoires. Les Européens ont dû défendre l’esprit de Paris bec et ongles », a affirmé Mme Valean. L'eurodéputé allemand Jo Leinen (S&D) a estimé que « Katowice n'a pas encore apporté la réponse adéquate aux avertissements de la science climatique. Il faut une responsabilité politique et des engagements clairs », a-t-il dit, appelant à « davantage d'action concrète et de soutien à l'adaptation ».
Déception des Verts/ALE. Les Verts/ALE se sont dits, pour leur part, « extrêmement déçus », à l'instar de l'Allemande Rebecca Harms. « Les gouvernements de l'UE n'ont, de nouveau, pas été chefs de file », a-t-elle déploré, soulignant « l'écart énorme entre les hésitations des gouvernements, d'une part et les attentes des scientifiques et des citoyens, d'autre part ». Selon elle, alors que les scientifiques et le monde de la finance demandent plus de protection du climat, la grande majorité des gouvernements se repose encore sur les énergies fossiles du passé et manque une grande opportunité d'innovation.
« Les gouvernements de l'UE portent une lourde responsabilité dans la faiblesse des résultats, car, après le renoncement des États-Unis, l'Union européenne aurait dû se placer à la pointe de la protection internationale du climat », affirme-t-elle dans un communiqué. (Aminata Niang)