Le débat en session plénière du Parlement européen sur le Pacte mondial pour la migration a fait réapparaître, jeudi 29 novembre, la fracture gauche-droite sur les questions migratoires.
Rappelant qu'en avril le PE avait souhaité cet accord mondial « à une grande majorité » (EUROPE 12005), Tanja Fajon (S&D, slovène) s'est inscrite en faux contre ceux pour qui cet accord entraînera la disparition du monde occidental.
Judith Sargentini (Verts/ALE, néerlandaise) a constaté la « schizophrénie » des États membres quand, d'un côté, la ministre autrichienne Karoline Edtstadler reconnaît que « le Conseil de l'UE n'a pas de position commune » et, de l'autre, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, salue un pacte destiné à rendre le phénomène migratoire « ordonné, humain et durable ». Pour elle, l'UE doit montrer qu'elle peut garantir une existence digne aux enfants de migrants.
Malgré les problèmes que pose le pacte à sa famille politique, Malin Björk (GUE/NGL, suédoise) s'est exprimée en faveur des objectifs mondiaux en matière de migration afin d'éviter l'exploitation des migrants sur les marchés du travail.
L'Autriche, la Bulgarie, la Croatie, le Danemark, la Hongrie, la République tchèque, la Pologne, la Slovénie ne souhaitent pas adhérer au pacte. L'Italie pourrait revenir sur son engagement initial.
À droite de l'échiquier politique, le son de cloche est tout autre. Anders Primdahl Vistisen (CRE, danois) a critiqué un pacte « farfelu » faisant état de « migrants climatiques ». Pour Jörg Meuthen (ELDD, allemand), le lobby de gauche espère pouvoir lancer une course effrénée en faveur de la migration. « L'ONU n'a pas de mandat pour régler la question des migrations », a estimé Harald Vilimsky (ENL, autrichien). Quant à Udo Voigt (NI, allemand), il a critiqué l'intégration comme « mot magique » de l'ouverture des frontières.
Mme Mogherini a rappelé quelques éléments fondamentaux liés au pacte mondial : - l'initiative provient des Européens, qui ont demandé, en 2015, à la communauté internationale de bâtir un partenariat ; - l'instrument en cause n'est « pas juridiquement contraignant » et consiste en un menu de bonnes pratiques dont les États peuvent s'inspirer.
D'après Mme Mogherini, il est erroné de penser qu'en matière de migration, il y a un combat entre le Nord et le Sud. « La plupart des pays - par exemple en Afrique - sont à la fois des pays d'origine, de transit et de destination », a-t-elle noté. (Mathieu Bion)