En clôture du congrès de Madrid, samedi 10 novembre, le président de l’ALDE, Hans van Baalen, a annoncé que les membres de l’équipe Europe seraient désignés en février prochain.
« Nous avons un ‘team Europe’, c’est mieux qu’un homme ou une femme. Donc, nous allons nous battre avec cette équipe, nous allons la composer et nous déciderons à Berlin, quand nous aurons le lancement, début février, de notre campagne », a-t-il expliqué. Une source de l’ALDE a précisé que la date du Congrès de Berlin n’était pas encore connue, mais celui-ci devrait avoir lieu entre début février et début mars.
Contrairement à ce qui avait été envisagé (EUROPE 12123), la procédure des candidatures pour ce qui devait être la Spitzenmannschaft, qui devrait ouvrir le 10 novembre pour terminer le 1er février, n’a pas été officiellement lancée.
Pour l’équipe Europe, dont le nombre n’a pas été défini, c’est le président du parti, M. van Baalen, qui va recueillir les candidatures, jusqu'en février, et il proposera l’équipe, en consultation avec les partis membres de l'ALDE.
Aucun critère précis n’a – pour l’instant du moins – été défini, mais une source a précisé qu’une expérience exécutive ou un mandat politique pourraient jouer. De même, l’équipe devra avoir une part importante de femmes, selon cette source. Elle a ajouté qu’il était probable que le président du groupe ADLE au Parlement européen, Guy Verhofstadt, en fasse partie.
Le sujet de l’équipe Europe sera discuté le 14 décembre, lors du traditionnel pré-sommet des libéraux avant le Conseil européen, avec les huit Premiers ministres et les cinq commissaires ALDE. Et alors que l’équipe Europe a été ouverte à La République en Marche (LREM), une source de l’ALDE a espéré que le président français, Emmanuel Macron, serait présent le 14 décembre.
L’équipe Europe sera ensuite officiellement nommée – en bloc - par le biais d'un vote des délégués des partis membres de l’ALDE, à Berlin. LREM, s’ils ont un membre dans l’équipe, ne pourra donc pas s’exprimer sur le reste de l’équipe.
Résolution sur l’alliance avec En marche
Les membres de l’ALDE ont également adopté une résolution sur le thème 'La construction d’une alliance progressiste pour se battre pour l’Europe' (Building a Progressive Alliance to fight for Europe). Cette résolution, proposée par Ciudadanos, VVD, NEOS, D66, Nowoczesna, la FDP et Radikale Venstre, est, en quelque sorte, un adoubement de l’alliance avec La République en marche (EUROPE 12134). Elle appelle, entre autres, le parti à « travailler, avec d'autres forces politiques progressistes, à redéfinir les fondements d’une Europe souveraine, unie et démocratique ».
La résolution propose de « construire une plateforme transnationale et multipartite pour saisir l'opportunité des élections du Parlement européen de mai 2019 et empêcher les forces xénophobes, nationalistes et populistes de s'imposer ». L'opposition avec les nationalistes est d'ailleurs mise en avant, la résolution exhortant « à s’opposer aux politiciens autoritaires et à leurs politiques qui attaquent la liberté de la presse, bafouent les droits individuels, affaiblissent la justice et menacent les minorités ».
Adoption du manifeste pour les élections européennes
En clôture du Congrès, le parti a aussi adopté, à main levée à une très large majorité, son manifeste en vue des élections européennes de 2019 intitulé « Liberté, opportunité, prospérité : la vision libérale pour l’avenir de l’Europe » (« Freedom, opportunity, prosperity: the Liberal vision for the future of Europe »).
Ce manifeste de neuf pages met en avant les principales positions du parti, qui se présente comme une opposition aux nationalistes. « Le choix est le suivant : Actualisons-nous l'UE pour maintenir l'ouverture, la prospérité et la stabilité ou remontons-nous à l'époque du nationalisme et de l'autoritarisme croissant ? », s’interroge l’ALDE.
« Nous voulons une Europe riche dans sa diversité et unie dans la défense des droits et libertés fondamentaux de ses citoyens [...] libre, juste, dynamique et ouverte [...] une Europe qui protège l'État de droit [...] qui renouvelle sa promesse d'un contrat social fort pour une économie compétitive [...] qui englobe le potentiel de l'évolution technologique et numérique, de l'innovation et de ce que le plus grand programme de recherche du monde peut apporter [...] qui protège ses citoyens contre les menaces telles que le changement climatique, le terrorisme, les cyberconflits et la criminalité organisée. Nous voulons une Europe qui défende l'esprit d'entreprise et les entreprises [...] des marchés ouverts et du libre-échange. Nous voulons une Europe qui recherche l'innovation économique pour être à la pointe dans un monde compétitif [...] une Europe où vous pouvez réussir. Une Europe plus libérale », résume le manifeste.
Le document passe en revue un certain nombre de questions actuellement au cœur des discussions européennes.
Sur la migration, l'ALDE souhaite un droit européen commun en matière d'immigration et d'asile. « Nous avons besoin d'une nouvelle réponse européenne commune, fondée sur une vision à long terme », explique-t-il. Pour le parti, cela passe notamment par des accords migratoires avec des pays sûrs du Moyen-Orient et d'Afrique, un engagement de l'UE à soutenir financièrement les pays qui accueillent des réfugiés, à faciliter la réinstallation des réfugiés d'une manière sûre, humaine et légale et à assurer le retour dans ces pays sûrs des migrants. « Nous nous efforcerons d'obtenir la collaboration de pays sûrs, en particulier en liant le soutien financier à leur volonté de faciliter ce retour en toute sécurité », explique le manifeste qui met aussi en avant l’établissement de davantage de voies légales d’immigration.
Défenseur des quatre libertés fondamentales, l’ALDE s’oppose à « toute réintroduction de contrôles permanents aux frontières intérieures entre les États membres de Schengen ». Afin de renforcer la sécurité, le parti veut une coopération toujours plus étroite dans la lutte contre le terrorisme, ainsi que des efforts plus efficaces pour sécuriser la frontière extérieure de l'UE, mais aussi une meilleure protection contre les activités hybrides.
Pour l’ALDE, l'UE doit poursuivre la consolidation de l'Union économique et monétaire (UEM), en s’intéressant à la fois à la stabilité et à la solidarité. Le parti œuvrera aussi « en faveur d'un meilleur mécanisme de contrôle et de sanctions plus automatiques à l'encontre des pays lorsque le Pacte de stabilité et de croissance est rompu », pour la mise en place rapide d'une union bancaire dans la zone euro et pour la conversion du Mécanisme européen de stabilité « en un véritable Fonds monétaire européen ».
Le parti soutient des « accords de libre-échange modernes et progressifs », dans lesquels les négociateurs « préservent la dignité humaine et les conditions de travail, la durabilité et la lutte contre la corruption dans les futurs accords ».
L’ALDE plaide pour un renforcement de l’économie de la connaissance, en investissant dans la recherche et l'innovation et en dotant notre main-d'œuvre des compétences appropriées. Les libéraux veulent poursuivre la mise en œuvre du marché unique du numérique, abolir le géoblocage et adopter une législation autorisant les nouvelles technologies telles que la blockchain ou l’intelligence artificielle. De plus, atteindre l'objectif de 3 % du PIB de l'UE investi dans la recherche et le développement d'ici 2020 « est essentiel pour stimuler notre compétitivité, notre productivité et la création d'emplois durables ».
Pour le parti, l’UE « doit jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique ». Il défend donc le renforcement de la coopération internationale en matière d'environnement, la recherche et le développement de technologies à faibles émissions et la production d'énergie propre, et l'efficacité énergétique et la réduction des émissions de l'industrie et des transports. L’ALDE appelle aussi à l’achèvement de l’Union de l’énergie.
Sur le plan international, l’ALDE soutient un « engagement stratégique accru de l'UE dans son voisinage et la perspective de l'élargissement futur pour les pays des Balkans occidentaux et son voisinage européen commun, une fois que ces pays rempliront les critères d'adhésion ». Le parti souhaite une introduction progressive du vote à la majorité qualifiée sur les sujets relevant des défis stratégiques auxquels l’UE fait face.
De plus, « nous mettrons en place un nouveau mécanisme efficace, en dehors du cadre de l'article 7 du TUE, pour surveiller régulièrement les violations des droits fondamentaux, des libertés civiles et de l'État de droit dans les États membres », préviennent les membres de l’ALDE, encourageant la Commission « à appliquer des sanctions en cas de violations et à créer une conditionnalité plus forte entre l'État de droit et le financement européen ».
Pour l’ALDE, les investissements dans l'innovation et la recherche, la sécurité, l'environnement et la lutte contre le changement climatique ainsi que la lutte contre le chômage des jeunes doivent être les nouvelles priorités du budget de l'UE.
La politique de cohésion doit être axée sur les résultats, efficace et thématique, répondre aux besoins réels des citoyens et stimuler une croissance économique durable et une économie axée sur l'innovation dans toutes les régions de l'UE. De plus, elle devrait être liée au processus budgétaire 'Semestre européen' et soutenir la mise en œuvre des réformes structurelles. Il faut aussi réformer la PAC en profondeur, selon l'ALDE.
Enfin, sur le plan institutionnel, les libéraux estiment qu’il faut un « plus grand degré de transparence des négociations et des votes au Conseil européen et au Conseil de l’UE » et prennent position en faveur d'un siège unique pour le Parlement européen « à Bruxelles ». Ils soutiennent aussi « les initiatives visant à réévaluer et renégocier la répartition des compétences entre l’UE et ses États membres, en gardant à l'esprit les principes de simplification et de subsidiarité ».
Le manifeste est disponible (en anglais) sur : https://bit.ly/2Fg9eWM . (Camille-Cerise Gessant)