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Bulletin Quotidien Europe N° 12135
Sommaire Publication complète Par article 27 / 27
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1238

***    DIMITRIS VAGIANOS, NIKOS VETTAS, CHRISTOFOROS PISSARIDES (sous la dir. de) : Au-delà de l'austérité. Pour une nouvelle dynamique dans l'économie grecque. Editions Universitaires de Crète (100 rue N. Plastira, B.P. 1385, GR-71110 Héraklion. Tél. : (30-281) 0391097 – fax : 0391085 – Courriel : info@cup.gr – Internet : http://www.cup.gr ). 2018, 816 p., 50 €. ISBN 978-960-524-502-3

La crise financière qui a débuté dans le secteur financier en 2008 et s'est rapidement généralisée dans le monde a frappé la Grèce avec une intensité inattendue : les revenus s’y sont effondrés, le chômage y a atteint 27% de la population, la moitié des prêts bancaires n'ont pu être honorés… Pourquoi cette situation s’est-elle produite et qu'est-ce qui doit être fait pour éviter qu’elle puisse se répéter ? Est-il préférable de rester dans l'euro ou de revenir à la drachme ? Que faire avec l'énorme dette publique du pays ? L'Etat social peut-il devenir durable en Grèce ? Convient-il plutôt d’admettre l’idée qu’une austérité sans fin attend les Grecs ? C’est à ces questions et à bien d’autres que les auteurs de ce livre, qui comptent parmi les économistes les plus réputés, apportent des réponses en discernant tour à tour les insuffisances qui ont permis à la crise d'émerger avec une telle intensité dans de nombreux secteurs de l'économie – et, partant, de la société grecque – et ce qui devrait être fait à court, moyen et long terme pour reconstruire l'économie grecque et le pays lui-même.

Divisé en quinze chapitres, ce livre qui compte 31 auteurs, des économistes grecs actifs tant en Grèce que dans des grandes universités d’Europe et d’Amérique, constitue la tentative la plus méthodique des dernières années de cerner les véritables faiblesses de l'économie grecque et de formuler des propositions de réformes. Les chapitres combinent l'étude empirique systématique et des modèles analytiques choisis sans dogmatisme par les auteures comme les plus appropriés pour le problème spécifique qu'ils traitent. C'est donc le travail qui aurait dû être fait pour qu’Athènes puisse négocier de meilleurs mémorandums avec les prêteurs.

Ayant imposé des taxes nouvelles et plus lourdes, les mémorandums ont ainsi réussi à contribuer considérablement au revenu national, mais les experts qui les ont concoctés n’ont pas pris en compte leur impact sur l'emploi, les inégalités ou la croissance. Les auteurs examinent de quelle manière des résultats identiques en termes de revenus auraient pu être atteints en retenant d’autres critères, notamment en vue de réduire les inégalités ou de compenser le fardeau que certaines taxes faisaient peser sur les plus pauvres. Ils prennent ainsi notamment en compte l'évasion fiscale, la petite taille des entreprises et les problèmes administratifs suscités par chaque type d'impôt et d'allocation. Ils montrent qu'un système avec une TVA plus élevée (27% pour tous les types), une réduction de l'impôt sur le revenu (28% et seulement pour le quart des ménages) et deux types de nouvelles aides génériques aurait abouti à la même distribution du revenu et du pouvoir d'achat, mais en contribuant à motiver les employeurs à offrir du travail, les employés de déclarer leurs revenus et, pour tous, d’augmenter les investissements et l'épargne.

L’analyse est impressionnante. D’ordinaire, les économistes disent que les impôts indirects, tels la TVA, augmentent les inégalités tandis que l'impôt sur le revenu les réduit. Ce principe simple cesse toutefois d'exister, font valoir les auteurs, lorsqu'il y a une fraude fiscale et des dysfonctionnements administratifs importants. En outre, s’il existe un besoin urgent d'augmenter les emplois dans des entreprises organisées et compétitives, la réforme suggérée par les auteurs leur paraît ne pouvoir être ignorée. Un autre scénario avancé dans ces pages prévoit une subvention de 2.400 € par an pour tous les adultes et de 1.200 € pour tous les enfants, un taux d'imposition unique de 34% pour tous les revenus tandis que la TVA resterait applicable. Ils montrent que les inégalités seraient ainsi grandement réduites, tandis que la motivation pour le travail de la classe moyenne serait beaucoup revigorée. Le système ainsi créé serait en outre simple à gérer et présenterait de grands avantages par rapport à celui qui existe. Utopique ? Dans l’introduction, les auteurs le démentent : « Il peut sembler utopique de parler sérieusement avec les politiciens grecs de si grands changements dans les impôts et les allocations. Pensons, cependant, combien a changé depuis 2009 le système des pensions, d’impôts fonciers, de cotisations. Il a été balayé par les idées que les experts de la Commission européenne et du FMI avaient pour la Grèce, sans aucun avis d'experts grecs. Pourtant, encore maintenant, le gouvernement continue d'ajouter des impôts à la fortune dans le seul but d'un excédent budgétaire. D'un point de vue technique et administratif, il est possible de créer un système de développement plus simple, plus juste et plus favorable. Les auteurs montrent comment. Les politiciens doivent le comprendre et le prendre en compte ».

Thanassis Kalfas

***    GEORGIOS ARGITIS (sous la dir. de) : L'illusion et la fraude des programmes d'ajustement économique de la Grèce. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2018, 182 p., 10,60 €. ISBN 978-960-02-339-8-8.

Les programmes d'ajustement économique imposés à la Grèce n'ont pas réussi à susciter les transformations nécessaires pour une sortie durable du pays de la crise de la dette. Les coûts économiques et sociaux de leur mise en œuvre ont été importants, ce qui a même eu pour effet d’encore alourdir la dette publique. Dans ce livre coordonné par le Pr. Giorgos Argitis qui enseigne la théorie macroéconomique et l’économie politique internationale à l’Université d’économie d’Athènes, cinq économistes notent que l’échec des mémorandums est attribuable au fait que leur conception était basée sur les idées floues d’une pensée dominante caractérisée par un manque de réalisme. Leur conception et leur mise en œuvre, expliquent ces experts, n'ont pas pris en compte les caractéristiques institutionnelles et structurelles de base de l'économie grecque, exigeant au contraire que la Grèce s'adapte à la vision du monde qu’ils incarnent. Ce qui, assurent-ils, ne pouvait se faire que par une combinaison de tromperies et d'illusions. La culture de communication a été le mécanisme de manipulation politique de l'opinion publique utilisé pour convaincre que les mémorandums étaient le seul moyen de sortir le pays de la crise. (AKa)

***    JOTTE MULDER : Social legitimacy in the internal market. Hart Publishing (Kemp House, Chawley Park, Cumnor Hill, Oxford, OX2 9PH, UK. Tél. : (44-1865) 517530 – fax : 510710 – Courriel : mail@hartpub.co.uk – Internet : http://www.hartpub.co.uk ). Collection « Modern Studies in European Law ». 2018, 288 p., 80 €. ISBN 978-1-50991-453-1.

« L'Union a toujours été un projet fondamentalement social. Elle représente plus qu'un marché unique, plus que de l'argent, plus que l'euro », réaffirmait le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Göteborg, fin 2017. Ce sommet, le premier en vingt ans à être consacré à l’Europe sociale, parent pauvre de l’intégration européenne, est resté hautement symbolique. Or, ce serait là la clé du désamour des citoyens à l’égard de l’Union, parfois perçue comme un rouleau compresseur ultralibéral des avancées sociales. Dans ce contexte, Jotte Mulder pose une question cruciale pour la survie de l’Union : « Comment les objectifs du marché intérieur, qui se concentrent sur les droits économiques, et un engagement pour la diversité sociale des États membres peuvent-ils tous deux être poursuivis sans que l’un n’éclipse l’autre ? ».

Le professeur de l’Institut Europa de l’Université d’Utrecht observe en effet que c’est souvent à la Cour de justice que revient la difficile tâche de réconcilier cette diversité avec les objectifs de l’intégration européenne, ses décisions lui valant souvent des critiques sur son penchant commercial, alors que celui-ci découle pourtant de la structure juridique du marché intérieur. Soulignant que les mesures d’austérité ont d’autant plus alimenté l’idée que l’Europe démantelait les droits sociaux au sein des Etats membres, l’auteur pose le constat d’une crise de légitimité sociale se manifestant dans les règles concernant la libre circulation, la concurrence et les aides d’Etat. Alors que les sphères économique et sociale – censées être séparées et reléguées respectivement à l’intégration européenne et à l’autonomie des Vingt-huit – s’entremêlent et entrent en tension, ce livre propose des moyens pour arbitrer ce conflit, en « concevant le marché et le social comme des vases communicants ».

Cette médiation doit intervenir au niveau de l’Union, en ce que les économies européennes sont interconnectées et engagées dans un processus d’intégration des marchés financiers. De l’analyse des réflexions de la Cour de justice, étalée sur plusieurs chapitres, il ressort que la Cour, sans perdre de vue les objectifs du marché intérieur, a appliqué de manière incohérente un mélange de trois principes d’évaluation pour parvenir à valoriser un contexte social divergent : « une efficacité substantielle, des marges d’appréciation et des standards de bonne gouvernance ». Ainsi, cette étude a-t-elle pour ambition de prouver que le marché intérieur peut devenir « LA plateforme d’un dialogue sociétal » et de permettre « l’inclusion de la vocation sociale du marché unique au sein de l’espace légal européen en développant un langage commun » autour de ces trois logiques, dans le cadre d’un dialogue « de réceptivité mutuelle ». (MU)

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