Le négociateur en chef de l'UE sur le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, Michel Barnier, a informé les vingt-sept ministres des Affaires européennes réunis en Conseil 'Affaires générales' (format article 50), lundi 12 novembre à Bruxelles, qu’un accord n’avait « pas encore été trouvé » avec Londres, même si les deux parties poursuivent « leurs efforts intenses de négociation ».
La question clef à résoudre demeure : comment éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord par le biais d'une solution juridique permettant à l'UE de garder le contrôle de sa frontière extérieure et au Royaume-Uni de récupérer l'autonomie dans ses relations commerciales extérieures.
À l’issue du Conseil 'Affaires générales' (format article 50), le ministre autrichien des Affaires européennes, Gernot Blümel, a réitéré le soutien des Vingt-sept à la démarche de la Commission européenne et leur « détermination » à garder « l’unité » des États membres. « Nous avons réaffirmé notre confiance au négociateur », a-t-il affirmé.
Lundi soir, M. Blümel a reconnu que les négociations étaient entrées « dans une phase cruciale », les progrès réalisés n'étant toutefois pas suffisants pour convoquer une nouvelle réunion ministérielle.
Michel Barnier n'a pas souhaité s’exprimer publiquement ni à son arrivée ni à l'issue des travaux. Les négociations étant en cours au niveau technique à Bruxelles, les deux parties ne souhaitent rien faire qui puisse compromettre une percée rapide. Le négociateur en chef de l'UE fera le point de la situation avec le collège des commissaires européens, mardi 13 novembre à Strasbourg.
Ces derniers jours, des progrès semblent avoir été engrangés. Les travaux avancent notamment sur l’idée d'un filet de sécurité ('backstop') visant à conserver temporairement l’union douanière entre l'UE et le Royaume-Uni, dans son ensemble, avec la possibilité d'en sortir. Mais les deux parties n’étaient pas encore parvenues à en fixer tous les détails et notamment les conditions de sortie de cette union douanière.
Le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, se réunira, ce mardi, avec les membres de son cabinet avec pour objectif de définir une position britannique claire. Mais la presse anglaise était moins optimiste, lundi soir, quant à la perspective d'une avancée importante, les divisions au sein du gouvernement s'exprimant au grand jour.
Selon le Financial Times, l'idée d'un mécanisme commun de révision du filet de sécurité a été évoquée, vendredi 9 novembre, par les négociateurs de l'UE auprès des ambassadeurs des Vingt-sept (Coreper format article 50) avec notamment un mécanisme de révision en juillet 2020. Selon le journal, Mme May aurait indiqué qu'un accord doit être conclu d'ici à mercredi.
À défaut, les délais seront trop courts pour organiser un sommet européen spécial Brexit d'ici à fin novembre comme Mme May le souhaite, afin de laisser suffisamment de temps au Parlement britannique pour examiner et entériner l'accord.
La question des modalités d’interruption de ce filet de sécurité intéressait fortement les ministres européens. D'avis qu'un « bon accord » sur une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l'UE est possible même s’il reste « peu de temps », la ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a souhaité connaître les détails du 'backstop' « notamment sur les conditions d’une union douanière » post-Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni. D'après elle, toute décision de mettre fin au mécanisme d’Union douanière doit relever d’une « décision bilatérale » et pas seulement de Londres.
« C’est une semaine très importante pour les négociations », a jugé pour sa part le ministre irlandais, Simon Coveney, pour qui « les deux parties se sont vraiment impliquées intensivement ». Mais, pour le ministre belge, Didier Reynders, la perspective d’un sommet spécial Brexit en novembre s’éloigne, l'échéance de décembre semblant plus réaliste. (Solenn Paulic)