Alors qu'en juin dernier le Conseil de l'UE avait tablé sur une adoption des conditions pour la participation exceptionnelle de pays tiers aux projets de la Coopération structurée permanente (CSP ou PESCO), les divisions entre les États membres sur ces conditions, mais aussi les négociations sur le Brexit, pourraient retarder la décision.
Le Conseil, dans des conclusions adoptées fin juin (EUROPE 12048), « [escomptait] adopter une décision, en principe en novembre, sur les conditions générales de participation, à titre exceptionnel, des États tiers à des projets CSP, et demand[ait] que les travaux à réaliser à cette fin commencent sans tarder ».
« Nous avons le temps, rien ne presse », a pourtant estimé une source européenne, jeudi 11 octobre. « On négocie au Conseil et on n’a pas décidé concernant les pays tiers », a ajouté un diplomate.
Dans une interview à l’AFP, le ministre portugais de la Défense, José Alberto Azeredo Lopes, a résumé la situation : « Le diable est toujours dans les détails - il est très facile de souligner le consensus sur la participation des pays tiers, mais il est très difficile de définir les conditions. »
Ainsi, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne souhaitent que les États qui participent à des projets de la CSP partagent la même ambition que les Européens pour développer l’Europe de la Défense. « La CSP est quelque chose de politique qui permet de renforcer l’Europe de la Défense. Exceptionnellement, au cas par cas, c’est ouvert aux États tiers, encore faut-il qu’ils partagent nos objectifs », a expliqué une source européenne. « Je ne suis pas sûr qu'il soit dans notre intérêt d’ouvrir un projet à un pays qui ne veut pas renforcer la défense européenne. S’il doit y avoir une participation d’État tiers, ceux-ci devront aider au renforcement de la défense européenne et avoir une vraie valeur ajoutée », a-t-elle complété.
Selon l’AFP, un groupe de 13 États membres serait par contre en faveur d’une approche plus inclusive.
Autre difficulté : la sortie du Royaume-Uni de l’UE. « C'est lié au Brexit, il y a une discussion globale que mène [le négociateur] Michel Barnier, avec le soutien des 27 », a expliqué cette source européenne. Une fois devenu pays tiers, le Royaume-Uni pourrait vouloir participer à des projets de la CSP. Le diplomate a expliqué qu’il ne fallait pas préempter le Brexit en signant des accords à droite ou à gauche. Le 10 octobre, dans un discours, M. Barnier a précisé qu’il y avait une convergence des positions de l’UE et du Royaume-Uni sur les futures relations en termes de sécurité intérieure, de politique étrangère et de coopération militaire.
Accord sur les nouveaux projets en novembre
Si l’accord sur les pays tiers pourrait attendre, les États membres devraient agréer, lors du Conseil 'Affaires étrangères' ou du Conseil ‘Défense’ des 19 et 20 novembre une nouvelle liste de projets à développer dans le cadre de la CSP (EUROPE 12085). Selon ce diplomate, il devrait y avoir « un peu plus qu’une dizaine de projets ». Des projets sur les drones MALE (Medium Altitude Long Endurance), la rénovation des hélicoptères Tigre, le développement de missiles terrestres ou un projet en lien avec des équipements de lutte contre les armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques pourraient ainsi être adoptés.
En attendant, les ministres des Affaires étrangères de l’UE adopteront, lundi 15 octobre, la décision définissant les différentes étapes dans la réalisation des engagements plus contraignants pris dans le cadre de la CSP. (Camille-Cerise Gessant)