À une semaine du vote en session plénière du Parlement européen, prévu le 3 octobre, sur la proposition de règlement visant à réduire les émissions de CO2 post-2021 de la flotte européenne de voitures particulières et camionnettes neuves (EUROPE 12093), les services 'Action pour le climat' de la Commission européenne ont publié, mercredi 26 septembre, un document analysant divers scénarios et notamment leur impact sur l'emploi.
Ce document affirme entre autres que, dans une perspective sociétale, un objectif de réduction de 30 % des émissions de CO2, et dans une moindre mesure de 40 %, conduisent à des économies nettes pour le consommateur. En revanche, des niveaux d'ambition plus élevés conduiraient à des coûts économiques nets. Le document souligne aussi le risque de destruction d'emplois existants dans le secteur des moteurs à combustion si la transition vers l'électromobilité est trop rapide.
Le contenu de ce 'non paper' et le calendrier de sa publication ont suscité l'ire des députés du groupe Verts/ALE au Parlement européen, accusant l'institution de céder aux sirènes de l'industrie - ce dont la Commission européenne s'est aussitôt défendue.
« La Commission européenne vient de se livrer à un exercice de démagogie stupéfiant. Alors que notre Parlement s’apprête à adopter une législation posant les jalons d’une reconversion de l’industrie automobile, celle-ci n’a rien trouvé de mieux que de jouer les mentors d’industriels dont les stratégies scabreuses les ont conduits à un déclin programmé », s'est indignée la présidente de la commission des transports du PE, la Française Karima Delli.
Et d'ajouter : « En reprenant à son compte leur chantage à l’emploi au lieu de mettre en avant l’impact globalement positif d’une mobilité sans émission sur l’emploi, l’économie, l’environnement et la santé, la Commission (...) décrédibilise par avance la stratégie de décarbonisation pour 2050 qu'elle devrait présenter en novembre prochain. »
Invitée à expliquer le statut et le calendrier de cette publication, une porte-parole de la Commission, Anna-Kaisa Itkonen, a estimé qu'il s'agissait d'« un document de modélisation et d'analyse des impacts qu'auraient des niveaux d'ambition plus élevés ». « L'objectif c'est l'information des décisionnaires. Il n'y a pas de changement de position. La position finale de la Commission dépendra du vote du PE et du Conseil », a-t-elle ajouté. Et d'assurer qu'une analyse analogue avait aussi été publiée en amont des accords politiques trouvés sur les nouveaux objectifs d'énergie renouvelable et d'efficacité énergétique pour l'horizon 2030.
Selon la porte-parole, « ce document fait partie de l'analyse d'impact ». Pourquoi, alors, ne pas l'avoir publié en novembre 2017 ? « C'est parce que les choses ont évolué depuis l'an dernier », a-t-elle répondu.
Alors que la commission de l'environnement du PE a sensiblement durci la proposition de la Commission (une réduction de 20 % des émissions de CO2 d’ici à 2025 tant pour les voitures que les camionnettes et de 45 % à l'horizon 2030 par rapport à 2021 et zéro émission d'ici à 2040), l'industrie automobile réunie au sein de l'organisation ACEA n'a cessé de tirer la sonnette d'alarme, redoutant précisément les conséquences sur l'emploi d'une transition trop rapide vers l'électromobilité et appelant à subordonner le niveau d'ambition à la disponibilité d'infrastructures de recharge (EUROPE 12088, 12056). (Aminata Niang)