Alors que l’arrivée des start-ups de la technologie financière (FinTech) est souvent perçue comme une menace par les banques traditionnelles, des représentants de ces deux secteurs d'activité ont plaidé de concert en faveur d'un « partenariat pour la croissance », mercredi 26 septembre, lors de la conférence Digital Finance Europe à Bruxelles.
Cette volonté de coopération s'illustre notamment par la coopération entre la Fédération bancaire européenne (FBE) et la plate-forme B-Hive, qui regroupe plusieurs acteurs du secteur financier et start-ups belges et internationales du numérique, les deux organisations à l'origine de l’événement.
Tous ont souligné que l’Union européenne doit montrer la voie et se doter d’un environnement règlementaire approprié, propice à l'innovation et garant de la stabilité financière. « Je crois fermement que nous pouvons être à l'avant-garde du nouveau modèle numérique. Le secteur financier devra s'organiser différemment, c'est certain », a déclaré le ministre belge des Finances, Johan Van Overtveldt.
Néanmoins, il a appelé à « ne pas fermer les yeux sur les risques ». Les liens avec le système bancaire parallèle ('shadow banking') devront en outre être précisés et certaines questions résolues. « Y a-t-il des risques systémiques cachés dans ces flux financiers, dont nous ne sommes pas conscients aujourd’hui ? », a-t-il alors demandé.
S’exprimant au nom de la Commission européenne, Roberto Viola, de la direction générale de la Technologie, est revenu sur la logique qui sous-tend le plan d’action européen sur la FinTech (EUROPE 11977).
« Ce n’était pas chose aisée de déterminer le degré de nouvelles lois que nous voulions injecter dans ce nouveau monde », a-t-il confié, rappelant que la Commission s’était contentée d’instaurer de nouvelles règles uniquement pour le financement participatif (‘crowdfunding’).
« Je pense que nous avons dans la FinTech des défis juridiques, sociaux et économiques. Personne ne peut tout maîtriser, beaucoup de choses restent inconnues. Nous avons besoin de coopération. Nous ne nous sommes pas précipités dans la règlementation et nous ne le ferons pas » a-t-il conclu.
La révolution FinTech en faveur de l’insertion financière
« Pourquoi les banques ont-elles laissé près du tiers de la population mondiale en dehors de leur sphère d’activités ? », a demandé Kosta Peric, de la Fondation américaine Bill & Melinda Gates, qui travaille, entre autres, à la création d'un 'Internet des paiements'.
Il y aurait quatre barrières qui peuvent être dépassées dès aujourd’hui par la technologie financière. Tout d’abord, il s’agit d’atteindre les personnes pauvres là où elles se trouvent. Près de 78 % de ces personnes vivent dans des zones rurales où il n’est souvent pas attractif financièrement pour les banques d’aller s’implanter. La solution ? Le développement de portefeuilles numériques par le biais des téléphones portables. Et « pas besoin d’avoir de smartphones », a précisé M. Peric.
Aujourd'hui, 90 % des personnes vivant des zones géographiques en retard de développement disposent d’un téléphone portable. Au Kenya, le système M-Pesa est utilisé par 28 millions de personnes, soit 58 % de la population, et il permet d’envoyer de l’argent de façon aussi instantanée qu’un envoi de message SMS.
Oser prendre des risques pour servir cette nouvelle génération de clients : c’est la seconde barrière. Mais « faire des affaires est toujours une question de risques », a rappelé M. Peric, citant des succès de services, tels que Paytm Wallet en Inde, qui compte désormais 200 millions de clients.
La troisième barrière concerne les situations de monopole. Il est apparu que, dans certains pays, les pionniers de ces services hésitent à partager leur position dominante, a-t-il expliqué.
Au Kenya par exemple, pour faire une transaction via M-Pesa, l’émetteur et le destinataire doivent tous deux utiliser le système. Le prochain défi est donc l’interopérabilité pour ces pays et M. Peric voit déjà plusieurs moyens d’y contribuer, à l’instar du logiciel open source ‘Mojaloop’, développé par sa fondation pour aider les entreprises de services financiers à relever ce défi.
Quant à la quatrième barrière, elle serait d’ordre psychologique, les sociétés financières refusant encore de voir en ces populations pauvres des clients potentiels. (Marion Fontana)