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Bulletin Quotidien Europe N° 12047
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Accord ou pas accord ?

L’UE met en garde contre l’absence d’accord sur le Brexit, même si elle n’est pas prête ni désireuse d’en arriver là.

Le site web de la Commission présente désormais 66 « notes préparatoires » consacrées au Brexit, depuis le nom de domaine .eu jusqu'à l’exploitation forestière illégale. Elles sont même organisées en (12) domaines politiques, allant du numérique à l’imposition. 

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a déclaré à Dublin cette semaine que l’UE « doit se préparer à toute éventualité, y compris à l’absence d’accord » (EUROPE 12046). « Il ne s’agit pas d’un résultat souhaité ni d’une issue probable », a déclaré M. Juncker jeudi, lors d’une séance conjointe des chambres du Parlement irlandais. « Mais cette éventualité n’est pas à écarter. Et nous nous y préparons. » 

Les dirigeants de l’UE aviseront les gouvernements et les entreprises privées d’« intensifier leur travail » afin de se préparer à une absence d’accord sur le Brexit, selon un projet de conclusions rédigé en vue d’un sommet les 28 et 29 juin. 

Cet avertissement figure en bas de la liste, après la reconnaissance des « progrès » effectués sur des « parties » du traité de retrait UE-Royaume-Uni et les « inquiétudes » relatives au manque de solution au sujet de la frontière irlandaise. 

Selon des diplomates, le texte a été soigneusement préparé afin d’envoyer un message fort à Londres, et pourrait même être durci. 

« Le ton ne plaira pas au Royaume-Uni », a avancé un diplomate européen impliqué dans les négociations. « Le message envoyé aux Britanniques est sérieux : ressaisissez-vous. » 

L’UE estime que les partisans d’un Brexit dur, comme Jacob Rees-Mogg, font de beaux discours, mais n’agissent pas. 

« Oui, cela peut arriver », a déclaré un haut fonctionnaire de l’UE au sujet d’une absence d’accord sur le Brexit, « mais je pense que la probabilité est très mince, parce que, même si Rees-Mogg devenait Premier ministre britannique, il ne voudrait pas jeter son pays du haut de la falaise »

Mais la réalité est là, en particulier pour les plus proches partenaires commerciaux du Royaume-Uni, à savoir l’Irlande, les Pays-Bas et le Danemark, qui intensifient leurs efforts afin de préparer les échanges post-Brexit

Un diplomate a décrit la vision britannique de la future relation comme « tournée sur les beaux discours », mais dépourvue de détails. Les entreprises privées sont, elles aussi, exaspérées face au manque de clarté (EUROPE 12045). 

Même Airbus, le géant européen de l’aéronautique, a mis en garde contre « les risques urgents pesant sur ses activités » en cas d’absence d’accord sur le Brexit, prévoyant de « graves perturbations » qui pourraient l’amener à « reconsidérer » ses investissements au Royaume-Uni (voir autre nouvelle). 

« Nous avons tenté de partager nos inquiétudes au cours des 12 derniers mois, sans succès », a expliqué Tom Williams, le directeur d’exploitation d’Airbus Commercial Aircraft. « Loin d’un Project Fear, c’est une réalité à laquelle Airbus doit désormais faire face. En d’autres termes, une absence d’accord menace directement l’avenir d’Airbus au Royaume-Uni »

Les dirigeants de l’UE demanderont également « plus de clarté » de la part des Britanniques la semaine prochaine au sujet de la future relation, tout en se préparant pour une UE à 27. 

Selon un document présenté par le secrétaire général de la Commission européenne, Martin Selmayr, aux députés européens la semaine dernière, la Commission envisage d’adapter les objectifs en matière de performance énergétique ainsi que les exigences en matière de visa pour les visiteurs britanniques et d’inaugurer une route maritime « Connecting Europe » destinée à relier directement l’Irlande au couloir mer du Nord-Méditerranée. 

La liste reprend également les décisions récemment adoptées sur la répartition des contingents tarifaires avec le Royaume-Uni, la délocalisation de l’Agence européenne des médicaments et de l’Autorité bancaire européenne (EMA et ABE) de Londres et l’approbation des modèles de voitures. 

Toutes ces décisions entendent faciliter un Brexit ordonné, qui constitue toujours le scénario de base de la Commission. 

Les avertissements liés à l’absence d’accord s’assimilent à une prise de position politique standard d’avant-sommet et, par extension, à une tentative visant à pousser les Britanniques à agir. Très attendu, le livre blanc du Royaume-Uni sur les douanes doit encore être présenté, ce qui ne sera pas le cas avant le sommet, alors que la proposition britannique relative à la solution de sécurité irlandaise n’est pas jugée suffisante, selon l’UE. 

Mais la politique de la corde raide est dangereuse, et les deux parties vont manquer de temps pour s’y adonner. (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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