Après l'entrée en vigueur, le jour même, des 'mesures de rééquilibrage' de l'Union européenne en réponse aux taxes américaines de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur celles d'aluminium, le président américain, Donald Trump, a menacé d'imposer des droits de douane de 20 % « sur toutes les voitures de l'UE » si cette dernière ne se débarrasse pas de ses barrières aux échanges.
« Si les tarifs douaniers et les barrières commerciales mis en place depuis longtemps par l'UE contre les États-Unis, ses grandes entreprises et ses travailleurs, ne sont pas bientôt démantelés et supprimés, nous imposerons un tarif de 20 % sur toutes les voitures [de l'UE] entrant aux États-Unis », a menacé M. Trump dans un message publié sur son compte Twitter, dans l'après-midi.
M. Trump a déjà plusieurs fois brandi la menace de taxes à l'importation pour protéger l'industrie automobile américaine, visant en particulier l'Allemagne, dont il fustige l'excédent commercial à l'égard de son pays, et dénonçant des taxes de l'UE sur les voitures nettement supérieures à celles des États-Unis.
Le président américain a chargé son Secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, fin mai, d'ouvrir une enquête, au titre de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, sur les importations de véhicules, incluant les camions et les pièces détachées, pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale (EUROPE 12026).
Les tarifs douaniers de l'UE sur les importations de voitures en provenance des pays tiers s'élèvent à 10 % tandis que ceux des États-Unis sur les voitures européennes atteignent 2,5 %. Washington impose toutefois des droits atteignant 25 % sur les importations de camions et de pick-up tandis que les taxes de l'UE sur ces produits sont de 14 % en moyenne.
2,8 milliards € de produits américains visés
Agréées par les pays de l'UE et notifiées à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les premières 'mesures de rééquilibrage' de l'UE en réponse aux taxes américaines sur l'acier et l'aluminium visent des produits de l'acier et de l'aluminium, des produits agricoles et divers autres produits américains qui seront frappés de droits supplémentaires de 25 % pour la plupart, et de 10 %, 35 % ou 50 % pour d'autres, pour un montant de 2,8 milliards d'euros dans un premier temps (EUROPE 12042).
À un stade ultérieur - trois ans ou avant ce délai, si elle obtient gain de cause à l'OMC dans le cadre du recours introduit le 1er juin (EUROPE 12032) - l'UE frappera ces produits américains pour un montant de 3,6 milliards d'euros supplémentaires, soit un total de 6,4 milliards d'euros, ce qui correspond au montant des exportations totales de produits en acier et en aluminium de l'UE aux États-Unis en 2017.
Les produits visés sont, pour la plupart, des produits emblématiques fabriqués sur le territoire américain, en particulier dans les États américains, souvent agricoles, qui ont voté pour M. Trump.
« Accepter des quotas pour obtenir l'absolution »
« Nous étions prêts à nous engager sur un agenda commercial positif avec une perspective [de libéralisation] exclusivement tarifaire pour les biens industriels, mais, du côté américain, il n'y avait pas de mouvement. J'ai participé à la quinzaine de réunions en audioconférence avec la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, et le Secrétaire américain Ross. M. Ross ne cessait de répéter qu'il fallait des quotas stricts pour limiter les exportations d'acier et d'aluminium de l'UE, afin d'obtenir, en utilisant ses termes, l'absolution... Comme si nous étions des pécheurs ! », a lâché le directeur général de la DG Commerce de la Commission, Jean-Luc Demarty, lors d'une intervention au Parlement européen, le 20 juin. (Emmanuel Hagry)