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Bulletin Quotidien Europe N° 12040
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Avenir de l'ue

« faire plus avec moins », la vision de Mark Rutte pour faire de l'UE « une union plus parfaite »

À chaque session plénière du Parlement européen, son débat sur l’avenir de l’Union européenne avec un membre du Conseil européen. Celui de mercredi 13 juin a, avant tout, été marqué par la franchise et la clarté de la position du Premier ministre des Pays-Bas, le libéral Mark Rutte. 

« Pour certains, l'union toujours plus étroite est encore un but en soi. Pas pour moi. (...) On ne parvient pas à l'unité en faisant simplement plus dans plus de domaines. On y parvient en faisant vraiment bien les choses dans quelques domaines importants », a-t-il commencé. 

Ces propos s’inscrivent dans la droite ligne du quatrième scénario énoncé par la Commission européenne pour une Union à vingt-sept d’ici 2025 : « faire plus avec moins » (EUROPE 11736). 

Mais cette référence a aussi suscité une certaine crainte que les Pays-Bas quittent les rangs des membres fondateurs pro-européens, obligeant le Néerlandais à préciser ses vues en conférence de presse. « Je suis pour l'Union européenne. Et parce que je le suis, je pense que cette idée du caractère inévitable d'une union toujours plus étroite (...) n'aidera pas à créer une Union européenne forte. Je pense que cela fera que beaucoup de gens s'en éloigneront » a-t-il expliqué. 

Mark Rutte préfère alors parler d’une « union plus parfaite », dont il a dévoilé, devant les députés européens, sa vision. Selon lui, l’UE doit se concentrer sur les nouvelles priorités énoncées et les domaines dans lesquels elle apporte une réelle valeur ajoutée, à savoir : le marché unique, le commerce international, l’euro, la politique climatique, la politique migratoire et le contrôle conjoint aux frontières, la sécurité collective. 

La politique climatique est, selon lui, le parfait exemple d'une nouvelle priorité, pour laquelle il faut placer la barre plus haut. À cet égard, il a proposé une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre dans l'UE d’ici à 2030, à la place de l’objectif actuel fixé à 40 %. Avec des pays comme la France, les Pays-Bas souhaitent être à la pointe de cette ambition climatique, a-t-il déclaré. 

Le Premier ministre néerlandais a aussi appelé les États membres à se montrer unis face à un ordre mondial en évolution et des menaces venues aussi bien de Russie que des États-Unis – partenaire vis-à-vis duquel il se pose toujours en fervent défenseur du lien transatlantique. 

M. Rutte a ensuite pris l'exemple de l'Union économique et monétaire (UEM), domaine où l’UE a tendance à inventer de nouveaux outils alors que des instruments existants ne sont pas mis en œuvre. 

« Je sais qu'une union monétaire a besoin de mécanismes de stabilisation en temps de crise. Mais si les 19 pays de la zone euro mettaient de l'ordre dans leur propre budget et leurs dettes nationales, ce serait probablement une stabilisation suffisante. Il s'agit simplement d'un accord passé dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance », a-t-il expliqué. 

La valeur ajoutée de l'UE en matière de respect de l'État de droit est pour lui indéniable. « En ce qui concerne l’article 7, soyez sûr que mon pays est tout à fait derrière la Commission sur cette question », a-t-il assuré au vice-président Frans Timmermans, en référence à la procédure spécifique visant la Pologne (voir autre nouvelle). 

Une position budgétaire critiquée

Mark Rutte était attendu au tournant par les groupes politiques du PE sur sa position sur le prochain budget de l'UE. 

« Pour les Pays-Bas, il est logique que le budget diminue après le Brexit. Et dans le cadre de ce budget réduit, il est logique que les États riches paient davantage, mais pas de manière disproportionnée. Les Pays-Bas sont prêts à payer leur part, mais les pays ayant un niveau de prospérité comparable doivent faire une contribution nette par capital comparable », a-t-il déclaré. 

Plus généralement, le dirigeant néerlandais a estimé que les négociations à venir sur le cadre financier pluriannuel post-2020 sont une chance à saisir pour montrer que l’UE est sérieuse en termes de réforme, notamment en réassignant des fonds aux nouvelles priorités (EUROPE 12013). 

« Actuellement, la PAC et les fonds structurels engloutissent 70 % du budget », a-t-il regretté - des priorités qui ne sont pas, selon lui, celles du XXIe siècle. 

Sa position n'a convaincu ni le groupe PPE ni le groupe S&D. Pour Manfred Weber (PPE, allemand), il n’est pas vraiment juste de parler de contributions disproportionnées puisque le mécanisme dédié est clairement lié aux PIB des États membres. 

Le dirigeant néerlandais s’est par ailleurs prononcé contre la proposition du PE d’un budget pour l’UE de 1,3 % du revenu national brut (EUROPE 11946), malgré les appels insistants des députés à plus de flexibilité dans sa position. 

« Dire qu'il faut remonter à 1,3 %, je crois, ne fera qu'alimenter les positions extrémistes disant que l'Europe ne fait pas les choix nécessaires », a-t-il martelé. 

Une place à prendre pour les Pays-Bas avec le Brexit

C’est le Néerlandais Peter van Dalen (CRE) qui a soulevé la question du rôle futur des Pays-Bas au sein de l’UE après le Brexit, suggérant que le pays pourrait prendre la place d’« opposition constructive et de contrepoids au couple franco-allemand » tenue jusqu’ici par le Royaume-Uni. 

« Le départ du Royaume-Uni signifie que nous devenons le cinquième pays de l’UE, en termes de poids de notre économie », a constaté M. Rutte. 

Les Pays-Bas travaillent avec l’Allemagne et la France, mais cherchent aussi à développer de nouvelles alliances, avec les pays baltes, scandinaves, l’Autriche, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal. En revanche, il ne s’agit pas de contre-balancer l’influence allemande ou française, a-t-il assuré. (Marion Fontana)

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