Alexis Charitsis, le ministre grec délégué à l’Économie et au développement, a présenté, mercredi 13 juin à Bruxelles, la stratégie grecque de croissance à long terme, alors que le troisième et dernier plan d’aide grec sera refermé en août.
Les objectifs déclinés par M. Charitsis sont conformes à la volonté des créanciers institutionnels de la Grèce, qui souhaitent qu'Athènes poursuive ses efforts dans la conduite des réformes socio-économiques.
Cette présentation avait lieu alors que, dans le même temps, les discussions commençaient à la Vouli, le parlement monocaméral grec, concernant les mesures prioritaires à voter dans le cadre de la quatrième mission de suivi, en vue d'une adoption jeudi.
« La semaine prochaine à l’Eurogroupe [le 21 juin à Luxembourg], nous espérons qu’un accord global sera trouvé », a déclaré M. Charitsis, prônant un rapport de « partenariat » d'égal à égal entre son pays et ses créanciers.
La stratégie grecque de croissance à long terme, qui fait partie des discussions post-plan d'aide, fait l’objet d’une attention particulière. À travers cette stratégie, qui a été dévoilée par Euclide Tsakalotos à l’Eurogroupe fin avril (EUROPE 12011), le gouvernement grec vise un taux de croissance annuel moyen de 2 % du PIB jusqu’en 2022, et espère un taux significatif par la suite.
« Ce n’est pas une tâche facile » comme l'a reconnu M. Charitsis à sa sortie. Il a de plus ajouté que l’ensemble des partis politiques grecs étaient engagés dans ces discussions, dissipant les doutes relatifs à de possibles changements de majorité politique dans le futur.
Cinq piliers. Il s’agit ainsi, pour Athènes, de confirmer ses récentes performances budgétaires (EUROPE 12007), alors qu’elle devra maintenir un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de +3,5 % du PIB jusqu’en 2022, puis de 2 % du PIB en moyenne jusqu’en 2060 (EUROPE 11810).
Les autorités helléniques ont également pour objectif de poursuivre les réformes en vue de créer les conditions d’une croissance durable et structurelle. Ceci passe notamment par la modernisation de l’administration, la réforme de la justice ou encore la lutte contre le travail non déclaré. Athènes va également soutenir des secteurs clés pour l’économie nationale, tels que le tourisme, l’énergie ou l’agroalimentaire, ainsi que les infrastructures.
La gestion des actifs publics et l’évolution du ratio des prêts non performants ('non performing loans') feront également l’objet d’une attention particulière.
M. Charitsis a en outre fait part de la volonté des autorités helléniques de créer les conditions d’une croissance « inclusive et juste », alors que les élections législatives de 2019 se profilent à l'horizon.
Afin de parvenir aux objectifs visés, Athènes utilisera les différents outils financiers à sa disposition : fonds structurels, programmes d’investissement public, marchés financiers.
Des mesures d’allègement de dette espérées pour le 21 juin. M. Charitsis a ensuite été questionné sur ses attentes concernant l’Eurogroupe du jeudi 21 juin.
Celui-ci devrait acter la sortie du troisième plan de sauvetage mi-août, fixer le cadre de surveillance post-programme, permettre le versement d’une somme (pouvant aller jusqu’à 20 milliards d’euros) servant à aider les Grecs à constituer un matelas de liquidités (‘cash buffer’) en vue d’un retour sur les marchés et de décider de mesures d’allègement de dette.
Le ministre grec a d’abord rappelé qu’Athènes ne solliciterait pas de ligne de crédit préventive du Mécanisme européen de stabilité (MES). Il s'est aussi attendu à ce que des mesures d’allègement de la dette publique grecque soient clairement décidées.
« Ce sera absolument crucial pour l’économie grecque, dans le but de retourner sur les marchés, de favoriser la confiance des investisseurs et pour sortir du programme avec succès », a-t-il déclaré.
Ces mesures pourraient prendre plusieurs formes, notamment une extension des maturités des prêts du Fonds européen de stabilité financière (FESF), un paiement avancé des prêts contractés auprès du FMI ou via le mécanisme de prêt à la Grèce ('greek loan facility') et l’Eurosystème, grâce aux fonds du MES, ou encore un système visant à indexer le niveau de remboursement de dette sur le niveau de croissance de l'économie grecque (‘growth-adjustment mechanism’) (EUROPE 11944).
Il serait aussi envisagé une rétrocession des profits réalisés par la BCE et les banques centrales nationales au titre des programmes SMP (Securities Markets Programme) et ANFA (Agreement on Net Financial Assets) ainsi qu’un remboursement des taux d’intérêt de certains prêts contractés auprès du fonds FESF. Ces transferts au profit de la Grèce, et représentant 4 milliards d’euros, pourraient être réalisés sous la forme de quatre enveloppes d’un milliard d’euros d’ici à 2022, sous réserve de la mise en œuvre des réformes structurelles et du respect par Athènes des exigences budgétaires.
Enfin, autre question majeure à l’approche de l’Eurogroupe, la participation financière du FMI à un programme spécifique semble compromise, notamment pour des raisons de calendrier. Mais du côté de l’UE, on espère que l’institution de Washington donnera une appréciation positive aux mesures de dette envisagées, afin de rassurer les marchés financiers.
Assistance technique aux réformes. Mercredi, la Commission a donné son feu vert à 32 demandes de soutien émises par la Grèce dans le cadre du Programme d’appui à la réforme structurelle (PARS).
Ce soutien sera financé à hauteur de 20 millions d’euros, par le biais de transferts volontaires effectués par la Grèce à partir du volet 'assistance technique' des fonds structurels et d'investissement européens au PARS. Les projets concernés par cette assistance technique visent notamment à moderniser l’administration publique et judiciaire ou à lutter contre la fraude et la corruption. (Lucas Tripoteau)