Les États membres de l'UE et le Conseil constituent le « problème majeur » dans la narration négative sur l’Union européenne, qui porte les forces populistes, a affirmé le président du Comité économique et social européen (CESE), Luca Jahier, lors d’un débat sur l’avenir de l’UE, à l’occasion du 60e anniversaire de l’institution, jeudi 24 mai.
« Le problème majeur vient des États membres, et ça vient de la narrative au niveau du Conseil, malheureusement, que l’on répercute dans les États membres », a déclaré M. Jahier, intervenant après le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le président du Comité des régions, Karl-Heinz Lambertz, et le vice-président du Parlement européen, Ramón Valcárcel Siso.
Pour le président du CESE, il faut appliquer l’esprit et la lettre de la Déclaration de Rome adoptée en mars 2017 (EUROPE 11754). « Cet agenda, c’est la nouvelle narrative (sic) », a-t-il martelé. « La nouvelle narrative c’est ‘on n’a pas de problèmes, mais des solutions' et on y travaille et on a des résultats » a-t-il martelé.
Par la suite, citant son programme 'rEUnaissance' (EUROPE 12004), M. Jahier a insisté sur la nécessité de s’inspirer de la Renaissance italienne et de son mode de diffusion par les commerçants et les banquiers, pour combattre le populisme et les forces centrifuges.
Pour contribuer à cette narration positive, les intervenants sont ainsi tombés d’accord sur la nécessité de passer par la société civile et les entreprises, donc, par la voix du CESE, mais aussi par celles des autorités régionales et locales, par celle du CdR. « Où vit le citoyen ? Dans sa ville, dans sa région, dans son entreprise ! C’est là où on peut faire un travail très important », a ainsi déclaré M. Lambertz. « Ce n’est pas à Bruxelles, pas à Strasbourg, ni Luxembourg – l’Europe c’est chez lui (le citoyen) à la maison, ce message doit toucher son cerveau et son cœur », a-t-il souligné.
À ce titre, les intervenants se sont à la fois félicités des récents sondages favorables à l’UE (EUROPE 12025), tout en restant méfiants. Ainsi, M. Juncker a dit ne pas se fier aux sondages, mettant en garde les partis traditionnels à suivre les « caprices » sondagiers qui les inscrivent dans une stratégie populiste et dans un « suivisme » mortifère.
Dialogues citoyens
En ouverture de la cérémonie, M. Jahier a, par ailleurs, mis en garde face au fétichisme des consultations en ligne et de la démocratie participative numérique. « Le mirage d'une soi-disant démocratie participative numérique est de plus en plus populaire parmi de nombreux décideurs, qui semblent suivre aveuglément la croyance erronée que les clics et les 'like', les questionnaires en ligne, les 'chats' et le passage au numérique dans tous les domaines constituent une forme de démocratie post-moderne future », a-t-il vivement critiqué. Une référence peut-être à la vaste consultation citoyenne en ligne lancée par la Commission sur l’avenir de l’UE (dont les questions ont été formulées sur la base d’une consultation citoyenne au sein du CESE) (EUROPE 12018).
Le président du Comité des régions s’est, de son côté, inquiété du suivi des différentes initiatives de consultations et de dialogues avec les citoyens européens. « C’est aussi important que ce qui a été dit durant les dialogues », a-t-il insisté.
M. Juncker a reconnu les difficultés de communiquer sur les succès de la Commission et les dialogues citoyens lancés depuis le début de son mandat, espérant pouvoir en faire le bilan et « non l’autopsie », de ses propres mots. (Pascal Hansens)