La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité a contredit, lundi 21 mai, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, concernant la possibilité d’un nouvel accord sur le nucléaire iranien – le plan d’action conjoint (JCPOA).
« Le discours du secrétaire Pompeo n'a pas démontré comment l'abandon du JCPOA a rendu ou rendra la région plus sûre face à la menace de prolifération nucléaire ou comment elle nous met dans une meilleure position pour influencer le comportement de l'Iran dans des domaines hors plan d’action conjoint. Il n'y a pas d'alternative au JCPOA », a-t-elle prévenu dans un communiqué publié quelques heures après un discours de M. Pompeo sur l'Iran.
Mme Mogherini a une nouvelle fois rappelé que le plan d’action conjoint était « le résultat de plus d'une décennie de négociations complexes et délicates, fondées sur une double approche et, donc, sur le meilleur résultat possible, en trouvant le bon équilibre ».
La Commission conjointe de l’E3+3 et Iran se réunira à Vienne le 25 mai. Selon une source française, la réunion devrait être l’occasion pour Téhéran de dénoncer officiellement le non-respect de l’accord par les États-Unis.
De même, la Haute Représentante a rappelé que l’accord nucléaire « n’avait jamais été conçu pour traiter tous les problèmes dans la relation avec l'Iran ». « Des préoccupations concernant le rôle régional de l'Iran, le terrorisme et le non-respect des droits de l'homme sont régulièrement soulevées par l'UE avec Téhéran », a-t-elle ajouté. Européens et Iraniens ont notamment entamé des discussions sur le rôle joué par l’Iran au Yémen (EUROPE 12015). Si Mme Mogherini a rappelé que l’UE avait mis en place des sanctions visant à faire pression sur l'Iran pour qu’il change son comportement, les discussions européennes pour de possibles sanctions contre des Iraniens agissant en Syrie n’ont pas repris depuis la décision américaine de quitter l’accord nucléaire (EUROPE 12002).
Pour Téhéran, l’UE doit faire davantage
De plus, Mme Mogherini a estimé que la communauté internationale devrait soutenir la normalisation des relations économiques et commerciales avec l’Iran. Le 18 mai, l’UE a annoncé des mesures pour protéger les relations commerciales entre l’UE et l’Iran (EUROPE 12023) et des discussions techniques ont été lancées avec Téhéran (EUROPE 12023).
Mais il semblerait que cela ne soit pas suffisant pour l’Iran. « Avec la sortie des États-Unis de l'accord nucléaire, les attentes de l'opinion publique iranienne concernant l'UE ont augmenté et (...) le soutien politique de l'UE à l'accord nucléaire n'est pas suffisant », a estimé, le 20 mai, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, après une rencontre avec le commissaire européen à l’Énergie, Miguel Arias Cañete, en visite dans le pays. « L'UE doit effectuer des pas concrets supplémentaires et augmenter ses investissements en Iran », a-t-il poursuivi, expliquant que les engagements de l'UE pour appliquer l'accord nucléaire n’étaient pas compatibles avec l'annonce du retrait probable de grandes sociétés européennes du pays en raison de leur crainte de se voir imposer des mesures extraterritoriales.
Renforcer la coopération sur l’énergie
M. Cañete et le chef de l’organisation de l’énergie atomique de l’Iran (AEOI), Ali Akbar Salehi, ont reconfirmé l’engagement « continu » de leurs organisations à la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire, en particulier concernant la coopération nucléaire civile. « Dans un esprit de collaboration étroite », MM. Cañete et Salehi ont annoncé la tenue d'un « troisième séminaire de haut niveau sur la coopération nucléaire (...) à Bruxelles, fin novembre 2018 ». Ils se sont félicités « du renforcement des liens à tous les niveaux » et ont précisé attendre « avec impatience leur développement au cours des prochains mois et des prochaines années ». La Commission et l’AEOI collaborent notamment dans la R&D nucléaire, la sureté nucléaire ou l’application non énergétique de l'énergie et de la technologie nucléaires. « La Commission soutient également fermement les efforts de l'Iran pour gouverner l'utilisation sûre et responsable de l'énergie nucléaire, y compris l'adhésion aux conventions internationales pertinentes », ont précisé MM. Cañete et Salehi. (Camille-Cerise Gessant)