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Bulletin Quotidien Europe N° 12024
Sommaire Publication complète Par article 29 / 29
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1222

*** CHRISTIAN DEUBNER : Security and Defense Cooperation in the EU. A Matter of Utility and Choice. Nomos Verlagsgesellschaft (3-5 Waldseestrasse, D-76530 Baden-Baden. Tél. : (49-7221) 2104-0 – fax : 2104-79 – Courriel : haeuser@nomos.de – Internet : http://www.nomos.de ). 2018, 271 p., 54 €. ISBN 978-3-8487-4529-6

Membre du Conseil scientifique de la Fondation européenne d’études progressistes, Christian Deubner avait, en cette qualité, publié en 2015-2016 deux rapports consacrés à la coopération européenne en matière de défense et de sécurité. Substantiellement révisés et mis à jour, ces textes sont réunis dans ce livre qui fait très utilement le point sur l’état et les perspectives d’évolution d’un domaine où les Vingt-huit « ont montré une remarquable capacité de résistance aux initiatives d’intégration dans le cadre de l’Union européenne ». Pourquoi en a-t-il été ainsi alors que : i) cette décennie a été porteuse de crises et de menaces dans l’environnement immédiat de l’Union – Ukraine, Crimée, guerre civile en Syrie, sans compter le facteur déstabilisant qu’a été l’élection de Donald Trump – et même en son sein, d’une part avec la succession d’attaques terroristes, d’autre part avec la pression exercée par les réfugiés, sans compter le choc interne qu’a été le Brexit ; ii) l’ensemble de ces éléments a conduit les responsables politiques européens à prêter attention à l’apparent soutien apporté par une majorité de citoyens européens à l’idée d’une défense commune ? C’est à cette question politique de fond que l’auteur apporte des réponses éclairantes en deux temps et en se focalisant sur les choix opérés en la matière par les Etats membres, non pas sur les divers projets que peuvent nourrir les institutions et/ou les partisans de toujours plus d’intégration européenne.

La première partie de l’ouvrage voit l’auteur partir des menaces pour l’Union qui ont vu le jour ces dernières années à l’Est, au Sud et au Sud-Est du continent afin de jauger la mesure dans laquelle les politiques communes de l’Union en matière étrangère, de sécurité et de défense ont joué un rôle dans la manière dont les Etats membres y ont réagi. Sa réponse est sans ambiguïté qu’une « claire préférence commune » pour les utiliser ne s’est pas manifestée. Pourquoi ? Parce que la Politique commune de sécurité et de défense est desservie, dans l’esprit de beaucoup de dirigeants nationaux, par « la disponibilité et l’utilité supérieure des cadres de coopération alternatifs » que sont les Nations Unies et, surtout, l’Otan qui « reste clairement et sans équivoque le cadre de coopération privilégié par les Etats membres de l’UE pour la défense territoriale collective de l’Europe et pour un nombre croissant de missions de gestion de crise hors zone ». D’ailleurs, remarque Christian Deubner, même la Stratégie globale dévoilée en 2016 par la Haute Représentante Federica Mogherini actait cette préférence. Celle-ci découle, selon lui, des « différences marquées et persistantes » dans les réponses que les Etats membres apportent aux défis sécuritaires auxquels ils sont confrontés, ce qui les empêche de construire des forces communes efficaces et capables de mener des opérations militaires.

La deuxième partie porte, elle, sur les liens qui existent entre politiques de sécurité intérieure et extérieure, ce qui amène notamment l’auteur à analyser les liens opérationnels qui sont noués avec les pays d’Afrique et d’Asie d’où démarrent ou par où passent les flux migratoires. Il relève ainsi combien les Etats membres ont eu du mal à adapter leurs structures intérieures pour y faire face, ce qui les a amenés à tenter au maximum de confiner les problèmes hors des frontières de l’Union. La volonté d’endiguer les flux migratoires poussera-t-elle à franchir un nouveau cap dans l’intégration ? Ne risque-t-elle pas, au contraire, d’amener les Etats les plus frileux à jouer leur carte personnelle ? Une fois encore, la réponse de Christian Deubner ne pêche pas par un optimisme délirant. A ses yeux, il faudrait même que le niveau des menaces augmente fortement et que disparaissent ou s’altèrent certaines formes alternatives de coopération pour que les politiques de sécurité de l’Union franchissent un nouveau degré d’intégration. Ce n’est donc pas vraiment à espérer. Pourtant, n’est-ce pas dans ce sens que le président Trump pousse ces derniers jours ?

Michel Theys

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme – Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (« L’Adriatic », 81 rue de France, F-06000 Nice. Tél. : (33-4) 93979397 – fax : 93979398 – Courriel : europe.formation@cife.eu – Internet : http://www.cife.eu ). 2017, n° 382, 127 p., 20 €. Abonnement : 50 €.

Ce numéro de la revue fondée par Alexandre Marc, chantre du fédéralisme intégral, est de parfaite actualité puisqu’il est pour l’essentiel consacré aux défis que l’élection de Donald Trump entraîne pour les Etats-Unis et l’Europe. Coordonné par la Pr. Dimitrova (Ecole de management à Paris de l’Ecole supérieure des sciences commerciales d’Angers), ce dossier voit des experts et des universitaires apporter des réponses à différentes questions posées depuis l’arrivée à la Maison blanche d’un homme qui s’est fait élire par le biais d’un discours « de nature nationaliste, isolationniste et anti-immigration » qu’il s’applique depuis à traduire en actes. Ainsi, le politologue Eddy Fougier commence analyser les résultats du dernier scrutin présidentiel américain en vue de comprendre les raisons de la « victoire surprise » de Donald Trump. Celui qui enseigne notamment à Sciences Po Aix-en-Provence et Lille s’emploie notamment à voir si celle-ci s’inscrit dans la montée d’une vague populiste née en Europe, dont le Brexit est l’un des symboles, ou s’il s’agit seulement d’un phénomène lié aux spécificités du système électoral américain. L’une de ses conclusions est que cette victoire résulte de la difficulté que les partis de gouvernement traditionnels ont à se faire entendre à la fois par « les gagnants et les perdants des évolutions économiques et technologiques de ces dernières décennies, et donc les diplômés et les non diplômés ». Pour sa part, Anna Dimitrova se demande s’il existe une « doctrine Trump » en matière de politique étrangère et avance l’hypothèse que celle de l’actuel occupant de la Maison blanche marquerait d’une certaine manière le retour d’une « Amérique Jacksonienne », celle du président Andrew Jackson entre 1829 et 1837. L’état et les perspectives des relations transatlantiques voient deux auteurs mettre l’accent sur les risques que la présidence Trump représente pour l’Europe, mais aussi sur ce en quoi l’Europe est responsable de la dégradation actuelle des relations avec Washington et sur les initiatives que les Européens devraient prendre en vue « d’améliorer la situation de l’alliance transatlantique avant qu’il ne soit trop tard ». Enfin, deux autres contributions portent spécifiquement sur les relations entre les Etats-Unis et la Chine.  (MT)

*** THIERRY DE MONTBRIAL : Vivre le temps des troubles. Editions Albin Michel (22 rue Huyghens, F-75680 Paris cedex 14. Tél. : (33-1) 49791000 – Internet : http://www.albin-michel.fr ). 2017, 170 p., 15 €. ISBN 978-2-226-39801-7.

Cet essai de l’économiste et géopoliticien français Thierry de Montbrial est présenté comme « une contribution à une meilleure compréhension de notre époque », à savoir du « temps des troubles » qui inquiète nos contemporains car « les développements fascinants de la connaissance au XXe siècle ont brutalement fait perdre tous les repères traditionnels ». Membre de l’Académie des sciences morales et politiques de l’Institut de France, l’auteur appréhende « le présent comme l’intersection d’un futur déjà là et d’un passé toujours là », à savoir de « deux sortes de plaques tectoniques » qui, pour l’heure, ne font pas vraiment bon ménage. Dans un premier temps, il disserte de manière érudite sur différents phénomènes qui témoignent, selon lui, d’ores et déjà de « la présence du futur », qu’il s’agisse de l’ère géologique de l’Anthropocène avec le dérèglement climatique et ses conséquences, de l’énergie qui est « l’agent naturel du changement », des implications de la montée en puissance de la société de l’information et de l’intelligence artificielle, de la civilisation qui naît avec le numérique, des « émotions qui prennent le pas sur la raison » dans la vie politique nationale comme internationale... Une fois le décor de l’avenir plausible planté et, par la même occasion, la notion de progrès mise en question, celui qui a fondé l’Institut français des relations internationales se penche sur « l’empreinte du passé », ses réflexions le conduisant notamment à relever que « c’est la religion qui occupe l’avant-scène de la géopolitique » alors que la science et la technologie n’ont jamais autant triomphé, mais aussi qu’une leçon indiscutable de l’Histoire est qu’il y a « certitude d’un grand danger lorsque les gouvernements soufflent sur les braises des passions populaires ». Il invite aussi à « ne jamais perdre de vue que, même chez les peuples les plus évolués, la barbarie n’est potentiellement jamais très éloignée » avant de souligner la fragilité dans le temps long des institutions qui, comme « le système de la Commission », sont « des instruments de progrès, au moins temporairement ». Il observe encore combien « les sociétés ne mûrissent pas à la même vitesse », ce qui tout naturellement l’amène à s’intéresser au retour des religions dans la gestion du monde. La troisième partie du livre le voit analyser enfin « le choc du présent » en observant, à titre de préliminaires, que « la tentation protectionniste » est aujourd’hui le plus grand danger mais, plus encore, que la relation (entendez : équilibrée) entre l’économie et la politique est fondamentale car une leçon majeure à tirer de l’entre-deux-guerres est que « les fascismes se sont nourris de la dépression », ce qui est une manière de glisser que la crise existentielle née en 2008 pourrait avoir des conséquences similaires. Pour s’en prémunir, il invite à bâtir une gouvernance mondiale qui tire le meilleur du génie humain et de la diversité des cultures et des civilisations. A cette fin, il examine et commente certains traits de l’évolution récente de la scène internationale en se plaçant à six points de vue complémentaires : la primauté des Etats-Unis, l’émergence de la Chine et plus généralement de l’Asie, la difficile gouvernance économique mondiale, la sortie ratée de la guerre froide, la structure du système international et « la crise de la construction européenne ». Il voit pourtant en celle-ci, seulement un peu victime de ses élargissements incessants, un « laboratoire d’élaboration d’un nouveau type d’unité politique », ce qui l’amène à émettre le vœu que cette construction « soit reconnue un jour comme un aspect décisif de la marche vers une unité politique étendue à la planète entière ». Ce qui serait une manière de consacrer la vision des fédéralistes qui pensaient que les premiers pas accomplis en Europe pourraient et devraient déboucher par la suite sur une fédération mondiale. (MT)

*** GEORGIOS DOUDOUMIS : Les Balkans dans l'ombre d'hier. Editions Anastatikes (35 rue Asklipiou, GR-10680 Athènes. Tél. : (30-210) 3620465 – fax : 3620465 – Courriel : karaviareprints@ath.forthnet.gr – Internet : http://www.rarebooks.com.gr ). 2018, 160 p., 8,5 €. ISBN 978-960-258-134-6.

Economiste et diplomate ayant une longue connaissance pratique des Balkans et aujourd’hui analyste économique au ministère grec des Affaires étrangères, l’auteur de cet ouvrage y défend l'idée de créer un Conseil de coopération des Balkans qui permette par exemple de traiter des questions telles que celles de l'endettement, de l'investissement productif, de l'efficacité énergétique, de l'interdiction d'utiliser la région comme champs de bataille pour d'autres intérêts (par exemple dans une guerre contre la Russie dirigée par les États-Unis). Cet organe interbalkanique permettrait ainsi de promouvoir la coopération entre les pays de la région et, partant, de consolider la paix dans la région tout en accélérant le développement de chacun d’eux, donc aussi celui des Balkans dans leur ensemble. Cela faciliterait également une convergence des politiques étrangères, ce qui serait pour le moins nécessaire dans le contexte de la crise actuelle des réfugiés mais aussi, plus généralement, pour tenter de concilier le problème migratoire avec le problème démographique que la région connaît. Toutefois, avertit Georgios Doudoumis, inutile d’espérer un succès sans que les dirigeants de la région acceptent de donner à cette perspective balkanique le principe du « un pour tous et tous pour un », donc en évitant absolument que l’un d’eux ne tente de tirer les marrons du feu au profit de son pays et de son pouvoir personnel.   (AKa)

*** ALEXANDROS MALLIAS (sous la dir. de) : Grèce et Albanie : départ vers l’avenir ou retour au passé ? Editions Sideris (116 rue Solonos, Gr-10681 Athènes. Tél. : (30-210) 3833434 – fax : 3832294 – Courriel : contact@isideris.gr). 2017, 296 p., 15 €. ISBN 978-960-08-0781-3.

Ce livre réunit trois anciens ministres grecs (Giannakou, Pangalos, Papadopoulos), trois professeurs d’Université et deux journalistes, sous la direction d’Alexandros Mallias, diplomate qui fut notamment ambassadeur de Grèce en Albanie. Tous croient en la nature fondamentale des relations entre la Grèce et l'Albanie et ont, dans leur parcours respectif, œuvré dans ce sens, ce qui les a amenés à être reconnus pour leur connaissance approfondie des problèmes, historiques et nouveaux, qui pèsent sur les relations bilatérales de la Grèce avec l'Albanie. Tous ont aussi agi afin que des solutions soient trouvée ou, du moins, qu’un cadre de solution soit mis au point. Connaissant l’Albanie ‘sur le terrain’ depuis trois décennies pour certains, ils ont maintenu jusqu’à présent des contacts étroits et fonctionnels avec ce pays. C’est nantis de cet ensemble de connaissances et de moyens qu’ils ne cessent de plaider en faveur du renforcement et du développement des relations bilatérales avec Ankara. Dans ces pages, ils ne cachent pas pour autant les réflexions critiques, les craintes et même la colère que suscite chez eux la politique aventureuse menée par l'establishment politique de Tirana envers la Grèce et la minorité nationale grecque. L’essentiel est pourtant pour eux de proposer des solutions, ce qu’ils ne manquent pas de faire. Toutefois, le lecteur comprendra aussi grâce à eux que l’Albanie n’est plus le pays inconnu du début des années 1990 et que ses relations avec la Grèce buttent désormais sur un noyau dur de problèmes qui réclameront du temps avant de pouvoir être éliminés. (AKa)

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