Les ministres européens chargés du Développement ont eu l’occasion, mardi 22 mai à Bruxelles, de formuler leur réaction initiale à la proposition de la Commission concernant l’instrument unique de financement de la politique extérieure de l’UE dans le projet de cadre financier pluriannuel 2021-2027 (EUROPE 12023).
La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, qui présidait cette session du Conseil 'Affaires étrangères' dans son format 'Développement', a pu prendre le pouls des délégations sur cet instrument général qui se verrait allouer une enveloppe de 123 milliards d’euros. Mais elle n'a fait aucun commentaire, le point presse de fin de session ayant été annulé.
Selon une source européenne, les interventions ont été générales, les détails de ces propositions n’étant attendus que le 14 juin prochain (EUROPE 12015).
Un questionnement s’est fait jour: les ministres se demandent si cette nouvelle structure du budget pourra répondre aux besoins de la politique de développement de l’UE. Certains pays comme l’Allemagne, la France, le Portugal se sont demandé si la fusion de huit instruments en un seul ne risque pas de faire perdre en visibilité, c'est-à-dire en possibilité d’affichage des fonds alloués à tel ou tel objectif.
La même interrogation vaut pour la budgétisation du fonds européen de développement (FED), dont la France, le Portugal, le Royaume-Uni et la Pologne se demandent si elle ne va pas ôter une marge de flexibilité et de visibilité pour les États membres.
Le ministre allemand à la Coopération économique et au Développement, Gerd Müller, a fait observer que, pour l’agriculture, l’UE dépense actuellement 420 milliards d'euros sur 7 ans et 42 milliards seulement pour la politique de développement. Et de déplorer que ce rapport ne soit pas modifié dans le projet de budget post-2020.
À la presse, il a dit que ce projet de budget lui semblait « tout à fait insuffisant pour l’avenir de la relation entre l’UE et l’Afrique ».
« Nous parlons aujourd’hui de l’accord post-Cotonou, donc de l’avenir de la politique de l’UE pour l’Afrique. Le signal doit être que l’UE doit renforcer aussi bien la politique de défense, que la politique étrangère, que la politique de développement. Le budget 2021-2027 doit envoyer un signal fort. »
« Pour l’Afrique, on passerait de 6 à 7 milliards d’investissements par an. C’est tout à fait insuffisant. L’UE doit faire une offensive politique en faveur de l’Afrique, ce qui exige un doublement du budget, une nouvelle formulation de la politique commerciale et un nouveau cadre d’investissement. L'Afrique c’est le devoir du siècle de l’UE », a-t-il déclaré, plaidant pour que la taxe sur les transactions financières, qui rapporterait 60 milliards d'euros par an à l'UE, soit affectée à la politique pour l'Afrique. (Aminata Niang)