« Je suis optimiste que nous allons avancer rapidement », a assuré la chancelière allemande, Angela Merkel, avant d’entamer des entretiens avec le président français, Emmanuel Macron, jeudi 19 avril à Berlin.
Six mois après le discours de la Sorbonne du président français (EUROPE 11870) et deux jours après son intervention au Parlement européen (EUROPE 12003), la chancelière a commencé à donner des réponses aux propositions françaises.
L’Union bancaire « ne pose aucun problème », a-t-elle assuré, lors d’une conférence de presse commune. « Nous sommes prêts à accepter un mécanisme de garantie des dépôts bancaires, pas dans l’immédiat, mais à long terme », a-t-elle précisé.
Pour la réforme de l’Eurozone, c’est autre chose. « Il y a des propositions françaises, mais il y a aussi des propositions allemandes », a souligné la chancelière en rappelant que le précédent ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, avait, « par exemple, proposé que nous soyons moins dépendants du FMI et que nous puissions utiliser plus intensément dans le futur des instruments comme le Mécanisme européen de solidarité » (MES).
Sans fournir de réponse directe à la question d'une capacité budgétaire propre à l’Eurozone souhaitée par Emmanuel Macron, la chancelière a rappelé que l’Allemagne insiste sur l’équilibre entre les mécanismes de solidarité et de responsabilité qui « a fait le succès des plans de sauvetage de l’Irlande, de l’Espagne et du Portugal ».
Mme Merkel a relativisé l’idée de créer un « Conseil 'Jumbo' » qui réunirait les ministres européens de l’Économie et des Finances de l’Eurozone, évoqué cette semaine par le groupe CDU/CSU au Bundestag.
Le nouveau ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, est un social-démocrate, tandis que son homologue à l'Économie, Peter Altmaier, est un chrétien-démocrate.
Cette idée n'est pas du tout du goût des sociaux-démocrates. Pour Pervenche Berès (S&D, française), elle serait de nature à prolonger les politiques d'austérité en Europe, alors que le groupe S&D au Parlement européen prône des réunions régulières entre ministres des Finances et de l'Emploi et des affaires sociales.
Il ne s’agit pas de créer des mégastructures, mais de mettre en commun les moyens et expériences pour une politique plus cohérente, a-t-elle expliqué. « Nous mettons des aspects différents de la question sur la table, mais il me semble que la somme de nos propositions peut aboutir à un bon résultat », a espéré la chancelière.
Emmanuel Macron s’est voulu lui aussi conciliant, soulignant que « l’essentiel est d’avoir un objectif politique et une finalité », quel que soit ensuite le futur accord sur les instruments. Il a relevé, lui aussi, la nécessité d’« articuler les éléments de solidarité et de responsabilité en termes de réforme et de politique de compétitivité ». Il a insisté toutefois sur le volet « solidarité », qu’il s’agisse d’Eurozone ou de migration, et confirmé son penchant pour un mécanisme soutenant les collectivités locales qui accueillent les demandeurs d’asile dans le futur cadre financier pluriannuel post-2020.
Les dirigeants allemands et français ont confirmé leur intention de finaliser une « feuille de route » pour le conseil franco-allemand qui se tiendra le 19 juin, à temps pour le sommet de la zone euro programmé fin juin. Cette feuille de route portera sur les réformes de l’Eurozone et de la politique de migration, mais aussi sur la promotion de l’innovation et de la recherche, a précisé Emmanuel Macron.
À noter qu'une intervention commune pourrait être organisée autour du 9 mai, fête de l'Europe, dans le cadre des consultations citoyennes sur l'avenir de l'Europe. (Nathalie Steiwer)