Dans un moment de fortes tensions commerciales avec les États-Unis de Donald Trump, qui s'apprêtent à relever unilatéralement leurs droits de douane contre les importations d'acier et d'aluminium, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE devraient, lors du Conseil européen des 22 et 23 mars, affirmer leur engagement en faveur du commerce libre et équitable et afficher leur unité dans une réponse ferme, mais proportionnée à donner à Washington, dans le souci d'éviter une guerre commerciale.
« Nous travaillons sur une politique commerciale de l'UE robuste contre le commerce déloyal », assure une source diplomatique française, expliquant qu'après les succès engrangés sur le front de la défense commerciale, avec l'adoption de la nouvelle méthodologie et de nouveaux instruments antidumping, le Conseil européen veut stimuler les travaux sur deux instruments complémentaires : le mécanisme européen de filtrage des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques (EUROPE 11862, 11972) et le mécanisme de réciprocité dans l'accès aux marchés publics des pays tiers (EUROPE 11479).
Sous l'impulsion de la France, le Conseil européen devrait aussi souligner la nécessité de renforcer les moyens et ressources de l'UE pour s'assurer de la bonne mise en œuvre des accords commerciaux et des engagements pris accord par accord. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, pousse pour la mise en place d'un procureur commercial européen, un 'chief enforcement' (EUROPE 11903).
Serrer les rangs face à Donald Trump. Par ailleurs, quelle que soit l'issue de la mission de la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, à Washington, pour s'assurer de l'exemption de l'UE des taxes américaines sur l'acier et l'aluminium, qui doivent entrer en vigueur le 23 mars (voir autre nouvelle), les dirigeants européens devraient afficher leur unité dans la réponse ferme à donner à M. Trump, tout en laissant la porte ouverte au dialogue pour résoudre les frictions commerciales transatlantiques (EUROPE 11985).
Les dirigeants européens « devraient envoyer un message de soutien aux actions entreprises par la Commission européenne jusqu'à présent et aux recommandations qu'elle fera pour l'avenir », expliquait une source dans l'entourage du président du Conseil européen, Donald Tusk, mardi 20 mars.
« Nous devons nous préparer à tous les scénarios possibles », a prévenu M. Tusk dans sa lettre d'invitation aux dirigeants, assurant toutefois que « la réponse de l'UE serait responsable et raisonnable ».
La position de l’UE, qui est prête à répondre à des taxes américaines par des contre-mesures (EUROPE 11983), « est ferme, calme et juridiquement pesée », assure un diplomate français. « Le motif de sécurité nationale ne tient pas. C’est ce que nous dirons à l’OMC pour protéger nos droits », ajoute-t-il.
Le débat au Conseil européen sera toutefois « un test pour l'unité des États membres dans leur soutien à la Commission pour demander une exemption globale pour l’ensemble de l’UE », prévient une source diplomatique belge. « Le danger, c’est que des pays se désolidarisent et demandent une exemption individuelle. C'est un risque », ajoute-t-elle.
« Les États-Unis pourraient avoir l'idée de taxer les uns et pas les autres. Ils pensent parvenir à nous diviser », confirme une source diplomate luxembourgeoise.
« Nous devons être très mesurés dans notre réaction. Il ne faut jamais oublier le niveau très élevé des relations entre l'UE et les États-Unis. Nous ne voulons pas d'une nouvelle détérioration de ces relations. Il ne s'agit pas d'une guerre commerciale », souffle un diplomate hongrois.
« L'UE est claire quant au fait qu'elle ne veut pas se présenter en conflit avec les États-Unis », assure de son côté une source diplomatique irlandaise. (Emmanuel Hagry, avec la rédaction)