S'ils en mesurent toute la complexité, les députés européens ont à cœur qu'aboutisse la négociation du Pacte mondial sur les migrations, estimant qu'elle offrira « une occasion historique d'adopter des engagements pour la question des migrations internationales sous toutes les facettes » et que les parlements doivent jouer un rôle dans ce pacte.
Ils l'ont dit, lundi 19 mars à Bruxelles, lors d'un échange de vues entre les membres de trois commissions parlementaires - affaires étrangères (AFET) ; libertés civiles, justice et affaires intérieures (LIBE) ; développement (DEVE) - et la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies pour les migrations internationales, Louise Arbour.
Cette dernière était venue faire le point sur l'état d'avancement des négociations, qui sont « à mi-parcours », en vue de l'adoption du texte à la mi-juillet. Ce Pacte mondial sur les migrations est une initiative des Nations Unies, facilitée par le Mexique et la Suisse, par le biais de leurs représentants permanents à New York. Il ne sera pas juridiquement contraignant et offrira « une grande souplesse », a-t-elle tenu à préciser.
« Il s’agit d’un Pacte mondial pour des migrations équitables, ordonnées et régulières. Il ne s'agit pas de réglementer, mais de promouvoir des mouvements ordonnés et sûrs, de réduire la migration clandestine, qui n'est sûre ni pour les individus, ni pour les États », a déclaré Mme Arbour.
Et de rappeler qu'avec 250 millions de migrants dans le monde, dont 25 millions de réfugiés, la migration est un phénomène principalement Sud/Sud, plutôt que Sud/Nord.
En guise de contribution, le Parlement européen prépare une proposition de résolution à ce sujet qui sera mise aux voix à la session plénière d'avril, après un débat avec la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini. Ce projet de résolution demande l'appui de la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, adoptée par l'ONU en septembre 2016, et la mise sur pied d'un régime de suivi, a indiqué le président de la commission AFET, David McAllister. Sa collègue, vice-présidente de la commission LIBE, a déploré la décision de Donald Trump de mettre un terme aux négociations. Aussi, a-t-elle suggéré que l'UE prenne la tête de ce processus et parle « d'une seule voix » en faveur d'un régime international pour la gestion des migrations.
Tout au long du processus consultatif qui a eu lieu l'an dernier, les membres de l'ONU ont beaucoup appris sur les mobilités humaines et ont fait preuve d'un esprit ouvert pour comprendre les réalités dans les différentes parties du monde, selon Mme Arbour. À défaut de consensus, des convergences se sont dégagées sur les aspects généraux comme la nécessité de placer les droits humains au cœur du processus, la réaffirmation de la souveraineté des États en matière de contrôle des frontières, dans le respect du principe du droit international, l'importance critique du lien entre migrations et développement, dans le respect des objectifs de développement durable, en particulier l'objectif 10 - celui de réduire les inégalités au sein et entre les pays.
Répondant à un député hongrois, Mme Arbour a dit avoir pris connaissance des 12 points présentés par le ministre des Affaires étrangères hongrois la semaine dernière. Se disant « préoccupée », elle a assuré que « l'ONU n'a pas de position sur les migrations, pour l'instant. 22 agences se penchent sur la question. Le Secrétaire général a présenté sa vision en janvier. Le Pacte mondial est ce qu’en feront les États membres de l'ONU. Il n’y a pas de promotion de la migration par les Nations Unies ». (Aminata Niang)