L'UE veut savoir clairement si elle exemptée des droits de douane promulgués, jeudi 8 mars, par le président américain, Donald Trump, contre les importations d'aluminium et d'acier aux États-Unis, a insisté la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, vendredi 9 mars, assurant que « le dialogue restait la première option » avant de déclencher le paquet de contre-mesures européennes.
« Nous espérons avoir la confirmation que l'UE est exclue » des taxes américaines, a déclaré Mme Malmström, devant le groupe de réflexion américain German Marshall Fund, vendredi à Bruxelles.
« Nous sommes amis. Nous sommes alliés. Nous travaillons ensemble. Nous ne pouvons pas être une menace pour la sécurité nationale aux États-Unis, donc nous comptons être exclus » des taxes annoncées, a-t-elle insisté, avertissant que si le problème ne pouvait être résolu en bilatéral ou par l'intermédiaire de l'OMC, l'UE protègerait son industrie par des « mesures de rééquilibrage ».
M. Trump a promulgué, jeudi après-midi à Washington, l'instauration de droits de douane de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur celles d'aluminium, motivés pour des raisons de sécurité nationale au titre de la 'section 232' du Trade expansion Act de 1962 (EUROPE 11973).
Des mesures dont seront temporairement exemptés le Canada et le Mexique, s'ils acceptent de renégocier l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA) dans un sens satisfaisant pour Washington, et dont pourraient être épargnés les pays qui convainquent l'administration américaine que leurs exportations d'acier et d'aluminium ne menacent pas l'industrie américaine.
« Ce qu'a dit le président Trump n'est pas très clair, donc nous allons chercher à obtenir plus de clarté », a indiqué Mme Malmström, qui s'entretiendra avec le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, lors d'une rencontre tripartite avec le ministre japonais de l'Économie, Hiroshige Sekō, samedi 10 mars à Bruxelles, dans le cadre des discussions à trois sur les surcapacités industrielles, engagées en marge de la conférence ministérielle OMC de Buenos Aires, en décembre 2017 (EUROPE 11924).
Mme Malmström avertira aussi son homologue américain des actions envisagées par l'UE en réponse à d'éventuelles taxes américaines, incluant des « mesures de rééquilibrage » - terme feutré pour parler de mesures de représailles - qui pourraient être adoptées dans un délai de 90 jours en vertu des règles de l'OMC.
Ces mesures prendraient la forme de droits de douane sur des produits américains - pour un tiers des produits sidérurgiques, un tiers des produits agricoles (tels que le beurre de cacahuètes, les canneberges et le jus d'orange, avait indiqué la commissaire, mercredi) et un tiers d'autres produits - pour un montant de 2,8 milliards d'euros, l’équivalent de la part du marché européen de l’acier et l’aluminium touchée par les restrictions américaines (EUROPE 11976).
« Nous ne préparons pas une bataille. L'UE est un projet pacifique », a toutefois répété Mme Malmström vendredi, rappelant que l'UE partageait les préoccupations des États-Unis concernant le problème des surcapacités mondiales dans le secteur sidérurgique, mais que l'instauration « de manière unilatérale » de droits de douane n'était pas la solution.
Dénonçant les droits de douane promis par M. Trump comme une « mesure très protectionniste » qui pourrait miner le système commercial multilatéral, le vice-président de la Commission chargé du pôle économique, Jyrki Katainen, a répété vendredi que l'UE était engagée en faveur du libre-échange, mais aussi pour « maîtriser la mondialisation » à travers un régime de règles mondiales en place, mais à parfaire.
« Nous devons tous choisir si nous voulons un commerce fondé sur des règles, qui soutient un ordre mondial fondé sur des règles, ou si nous voulons une règle de force, la règle du plus fort », a-t-il souligné. (Emmanuel Hagry)