L'UE et le Vietnam se sont renvoyés la responsabilité, mardi 20 février, des retards pris au niveau technique en vue de la validation de l'accord de libre-échange UE/Vietnam, conclu en décembre 2015 ; des retards critiqués par le rapporteur au Parlement européen, le Tchèque Jan Zahradil (CRE), tandis que plusieurs de ses collègues se sont dits inquiets de la détérioration de la situation des droits de l'homme et des travailleurs dans le pays.
« Le problème, c’est que nous avons un partenaire très engagé au niveau politique, mais, parfois, nous n’avons pas le même dynamisme au niveau technique », a déploré un représentant de la Commission européenne devant la commission du commerce international du Parlement européen, mardi, expliquant aussi que la « priorité » du Vietnam ces derniers mois avait été la conclusion d'un accord de partenariat transpacifique ressuscité sans les États-Unis, plutôt que la conclusion formelle de son accord avec l'UE.
« Nous avons l'impression que ce sont les procédures au niveau des institutions européennes qui prennent du temps, comme le montre la 'traduction' (dans l'accord de libre-échange UE/Vietnam, NDLR) de l'arrêt de la Cour de justice de l'UE sur l'accord de libre-échange UE/Singapour », a rétorqué l'ambassadeur du Vietnam auprès de l'UE, Vuong Thua Phong, également présent mardi.
Après deux ans de mise au point juridique (legal scrubbing) qui n'est pas encore achevée, notamment à cause « de discussions qui se poursuivent » entre les deux parties sur la 'traduction' de l'avis de la CJUE sur l'accord de libre-échange UE/Singapour dans son architecture, le texte d'accord de libre-échange UE/Vietnam connaît aussi des retards de traduction dans toutes les langues de l'UE.
« Il nous reste 14 mois d'ici avril 2019 pour voter cet accord et nous ne sommes toujours pas en mesure de savoir si nous pourrons nous acquitter de notre devoir dans ces délais. Si ce n’est pas le cas, je considérerai que ce sera un échec pour nous », avait auparavant déploré M. Zahradil. « Nous devrions pousser à la roue pour que l’UE s’engage, à une époque où le protectionnisme connaît un rebond et où les États-Unis s'isolent. Nous avons toutes les raisons d’être de plus en plus inquiets », avait-il ajouté.
L'Italienne Alessia Mosca (S&D) et la Néerlandaise Anne-Marie Mineur (GUE/NGL) ont souligné leurs inquiétudes concernant la détérioration des droits de l’homme et des droits des travailleurs rapportée par de nombreuses ONG, déplorant aussi que le Vietnam n'ait toujours pas ratifié trois conventions fondamentales de l'OIT - celles sur la liberté d'association, sur la négociation collective et contre le travail forcé.
« Il y a un grand risque que le Vietnam devienne un deuxième Bangladesh, s'il n'arrive pas à s'investir dans une économie durable », a averti Mme Mineur.
M. Vuong a souligné « l'engagement » du Vietnam à rejoindre les conventions de l'OIT, précisant qu'il avait adopté des « feuilles de route » en vue de leur ratification.
Le Britannique David Martin (S&D) a, pour sa part, déploré l'apparition de nouvelles restrictions aux échanges au Vietnam, comme l'augmentation des droits d'accise sur les alcools. (Emmanuel Hagry)