En lançant l’idée d’un nouveau traité européen pour des 'États-Unis d’Europe' lors du congrès du SPD le 7 décembre à Berlin, Martin Schulz a jeté un pavé dans la mare. Alors que l’Europe avait été relativement absente de la campagne électorale allemande, le président réélu des sociaux-démocrates a plaidé longuement pour une « Europe forte » et sociale.
Le leader social-démocrate souhaite la formation d’une Convention qui impliquera « les gens et la société civile » et aboutira à un nouveau Traité. « Ceux qui voteront contre quitteront automatiquement l’Union européenne », a-t-il considéré.
Sur le contenu, Martin Schulz attaque de front la politique économique misant sur l’austérité. « Nous n’avons pas besoin de diktat européen sur l’épargne mais d’un budget européen d’investissement », a-t-il assené. Il soutient également la création d’un ministre européen des Finances « qui mette fin à la concurrence fiscale déloyale ». Pas un mot en revanche sur un Fonds monétaire européen (FME) ou le contrôle démocratique de la zone euro, au lendemain de propositions d'envergure de la Commission européenne dans ce domaine (EUROPE 11921). Pas une seule fois non plus, il n’a cité le nom d’Emmanuel Macron, dont le discours de la Sorbonne sur l'avenir de l'UE oblige les Allemands à se positionner.
Martin Schulz réclame néanmoins l’introduction d’un « salaire minimum » pour lutter contre le dumping social, en même temps qu’une « Europe solidaire » qui investit dans l’emploi des jeunes.
« Nous devons avoir le courage de faire avancer l’Europe. Notre continent ne peut se permettre quatre nouvelles années de politique européenne allemande 'à la Schäuble' », a-t-il lancé. Un coup porté à la CDU avec qui Martin Schulz doit entamer, mercredi 13 décembre, des négociations pour l’éventuelle formation d’un gouvernement de coalition.
Divisions internes. Lors du congrès, le président du SPD a reçu un mandat pour entamer des « discussions exploratoires ». Il s’agit toutefois d’un 'oui mais' tant le parti est divisé sur l’opportunité de former une 'Grande coalition' avec la chancelière Angela Merkel.
Les jeunes sociaux-démocrates, les 'Jusos', avaient présenté une mention contre la 'groko' soutenue par une pétition de 10000 signataires. Le SPD ne peut pas abandonner le rôle de l’opposition au seul parti d’extrême droite de l’AfD, a plaidé le président des Jusos, Kevin Kühnert. Une nouvelle 'groko' serait un « suicide politique », a estimé la vice-présidente des 'Jusos', Annika Klose. Une tendance partagée par l’aile gauche du SPD.
À l’inverse, l’aile conservatrice, représentée notamment par le groupe dit 'Seeheimer Kreis', a plaidé pour ouvrir les négociations avec Angela Merkel. « Il vaut mieux être à la table des négociations si nous voulons peser dans le débat », a fait valoir Natascha Kohnen, présidente de la fédération bavaroise du SPD.
Le résultat des discussions exploratoires devra encore être approuvé par un nouveau congrès, sans doute mi-janvier avant de lancer les vraies négociations. Le résultat de ces négociations devra être à son tour soumis au vote des militants. Dans tous les cas, « il n’y a pas d’automatisme », a martelé Martin Schulz. (Nathalie Steiwer)