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Bulletin Quotidien Europe N° 11917
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ACTION EXTÉRIEURE / Tunisie

2018, année importante pour renforcer les relations bilatérales

L’Union européenne ne cesse de développer son partenariat avec la Tunisie, depuis la révolution de 2011, avec plus ou moins de réussite.

« Le cœur de mon mandat est de faire de l’UE le 1er partenaire de la Tunisie, que l’UE soit en position de faire la différence », a expliqué l’ambassadeur de l’UE dans le pays, Patrice Bergamini, lors d’une rencontre avec des journalistes, dont EUROPE, en Tunisie le 28 novembre. « On a toutes les facettes d’un partenariat stratégique qui sont développées avec ce pays », a-t-il estimé, ajoutant que la Tunisie était « un pays stratégique, un pivot, une vraie démocratie malgré des difficultés inévitables », un pays qui « portait l’espoir ».

Reprise des négociations sur l’ALECA en 2018

L’Union européenne et la Tunisie négocient actuellement un accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) pour remplacer l'accord de libre-échange, qui date de 1995. Si depuis lors, le commerce bilatéral a doublé, et les exportations tunisiennes vers l’UE ont triplé, « le champ (d’action de l'accord) est limité », a reconnu Beatriz Knaster Sanchez, chef de la section 'commerce' à la délégation de l’UE en Tunisie. Des domaines importants tels que les services et l’agriculture ne sont pas couverts, ce qui désavantage le pays par rapport à ses voisins marocain et égyptien concernant la partie agricole.

Débutés en 2015 et actuellement en pause, les pourparlers sur l'ALECA devraient reprendre en 2018. « Cet accord permettra une meilleure intégration économique », a précisé Beatriz Knaster Sanchez, ajoutant qu’il devrait aussi attirer les fonds directs de l’étranger. L’accord devrait être fondé sur quatre critères : la transparence, l’asymétrie en faveur de la Tunisie, être graduel, avec une longue période de transition, et comporter des mesures d’accompagnement du processus.

Jusqu’à présent, les pourparlers sur l'ALECA se sont limités à un cycle de négociations en avril 2016, suivi d’échanges techniques. « L’UE a soumis un texte initial dans tous les domaines, mais nous n’avons pas été capables d’avancer beaucoup », a résumé Mme Knaster Sanchez. Face aux préoccupations de la société civile, très active, quant à l’impact de l’accord existant, le gouvernement tunisien a décidé de réaliser une évaluation d’impact. L’UTICA (Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat) s’inquiète, par exemple, de l’impact négatif que pourrait avoir l’accord sur l’agriculture tunisienne ou le fait qu’il pourrait remettre en cause certains avantages économiques dont bénéficient des entreprises ou encore concernant leur mise à niveau pour respecter les normes.

« Nous travaillons sur le calendrier et nous attendons pour avril le résultat de l’évaluation d’impact, ce qui nous permettra d’aller de l’avant », a expliqué Mme Knaster Sanchez. « Le texte est relativement standard, s’il ne plait pas aux Tunisiens, ils doivent donner un autre texte, mais pour cela, ils doivent venir à la table des négociations », a ajouté Mme Knaster Sanchez. La chef de la section politique de la délégation, Katariina Leinonen, a rappelé que la Tunisie - un marché de 11 millions d’habitants - n’était « pas un marché qui allait beaucoup changer l’économie européenne », alors que l'inverse est vrai. « Nous voulons une Tunisie stable », a déclaré Mme Leinonen, précisant que l’accord ne relevait pas tant du commerce que de la politique. 

En 2015, les échanges commerciaux entre l’UE et la Tunisie s’élevaient à plus de 20 milliards d’euros et l’UE représentait près de 63% de l’ensemble des échanges commerciaux de la Tunisie. 

En parallèle, la Tunisie souhaite la prolongation des quotas majorés sans droits de douane pour l’huile d’olive. Pour aider le pays, durement touché par la baisse du tourisme après les attentats, l’UE a décidé, pour 2016 et 2017, d’augmenter les quotas d’huile d’olive exemptés de droits de douane. Ainsi, 35 000 tonnes sont venues s’ajouter aux 56 700 tonnes existantes au titre de l'accord d'association. Mme Knaster Sanchez a précisé que la question était actuellement à l’étude au sein de l’UE, mais elle est complexe, et la première décision avait été compliquée à prendre, alors que plusieurs pays européens sont, eux aussi, producteurs d’huile d’olive.

La mobilité, sujet de discorde

Autre sujet sensible dans la négociation : la mobilité. Si la Tunisie et l’UE ont déjà conclu un partenariat de mobilité en 2014, les deux parties négocient actuellement une facilitation des visas et un accord de réadmission. Des pourparlers se sont tenus dans la semaine du 27 novembre à Bruxelles. « Les négociations sur l’accord de réadmission sont difficiles », a reconnu Mme Leinonen. Si la Tunisie est d’accord pour le retour de ses citoyens, elle s’oppose au retour des personnes originaires de pays tiers entrées en Europe via la Tunisie.

Et les Tunisiens veulent plus. « Nous voulons une libre circulation pas uniquement économique, mais aussi pour les personnes », a ainsi plaidé le coordinateur général de la Fédération tunisienne de l’environnement et du développement, Hafedh Hentati. La Tunisie souhaiterait une libéralisation des visas à l’horizon 2030. De son côté, l’UE voudrait une approche par étapes, en commençant par libéraliser les visas pour certaines catégories. « C’est un processus à long terme », a expliqué Mme Leinonen. Elle a précisé que cette libéralisation n’était « pas sur la table » et que l’accent était mis sur la facilitation des visas. La société civile tunisienne plaide aussi pour que des visas temporaires puissent être accordés pour des travaux saisonniers, dans l’agriculture, sur le modèle de coopération entre les États-Unis et le Mexique.

La Tunisie et l’UE devraient aussi parapher, le 11 décembre, lors de la visite en Tunisie de la commissaire aux Transports, Violeta Bulc, un accord sur le « Ciel ouvert », dont les négociations avaient débuté en juin 2013. Cet accord devrait être prêt pour février ou mars prochain et, selon un fonctionnaire européen, il pourra être mis en œuvre dès son paraphe. L'accord prévoit une ouverture réciproque du transport aérien et une harmonisation des législations.

Les deux parties coopèrent aussi en termes de sécurité, mais le partenariat est complexe. La Tunisie est dans une position géographique compliquée, située entre la Libye, où la crise se poursuit, et l'Algérie, où la situation pourrait devenir menaçante. « C’est difficile : nous essayons de parler avec le ministre de l’Intérieur, mais quand on parle de réforme du secteur de la sécurité, ce n’est pas une discussion facile », a reconnu Gerald Audaz, de la section 'développement social et régional' de la délégation. Cependant, selon Mme Leinonen, « il y a eu un réel changement en 2015 ». L’UE a lancé, en novembre de cette année-là, un programme d’appui à la réforme et la modernisation du secteur de la sécurité d’un montant de 23 millions d’euros. Mais la coopération pourrait encore être développée. Il n’y a, par exemple, pas de coopération spécifique sur les combattants étrangers, alors que la Tunisie est « très bonne pour identifier les revenants », selon un fonctionnaire européen. Il y aurait entre 7 et 800 revenants en Tunisie. « Il n’y a pas de travail spécifique là-dessus ; la Tunisie considère que c’est sensible pour sa sécurité », a ajouté ce fonctionnaire. 

Malgré les difficultés, Européens et Tunisiens discutent déjà d'une coopération à long terme. Ils négocient, depuis cet été, un plan d’action pour leurs relations sur la période 2020-2030. « La Tunisie a des vues très ambitieuses sur comment aller de l'avant », a précisé Mme Leinonen, qui a précisé que l’UE attendait les propositions tunisiennes « d’ici la fin décembre ».

Les réformes doivent s’accélérer

Si, pour les Européens, la Tunisie peut être qualifiée d'« île de démocratie dans un monde arabe compliqué », des progrès restent à faire et plusieurs Tunisiens interrogés par EUROPE estiment que la situation n’a que peu évolué par rapport à la période qui précédait la révolution. 

« Les réformes ne vont pas assez vite », reconnaît l’ambassadeur de l’UE, précisant qu’une partie du pays était assez réticente ou perplexe vis-à-vis du changement. L’Union pousse le pays à avancer dans ce domaine. « Il y a vraiment la nécessité d’avancer dans la transition démocratique, les performances économiques et dans les institutions », selon Mme Leinonen. Elle a précisé que le Parlement n’était pas aussi efficient par rapport à ce qu’un parlement démocratique devrait être. Pour son collègue Ronald Audaz, il est aussi important que les principes démocratiques soient « pleinement absorbés par les partis politiques ».

« Après la révolution, il y avait de fortes attentes sociales », a aussi reconnu Gerald Audaz, précisant que le gouvernement n’avait pas les fonds pour y répondre et était long à répondre aux attentes et que le pays était encore très centralisé. « De nombreux donneurs ont décidé de réagir à la place du gouvernement », a ajouté une source diplomatique. 

La situation économique actuelle en Tunisie est très difficile, avec un taux de croissance de 1% seulement, quand les chiffres officiels avant la révolution étaient de 5% sous Ben Ali. « Les taux sont trop faibles pour permettre au gouvernement de réduire la pauvreté et les inégalités », selon M. Audaz, qui ajoute que les investissements étrangers sont aussi faibles. Le déficit public atteint 6 à 7% du PIB et depuis 2010, les dépenses publiques sont passées de 45 à 72% du PIB. Le pays fait aussi face à un secteur informel important et à une corruption assez importante. 

Pour contribuer à la transition démocratique du pays, l’UE a mis à disposition d’importantes ressources financières. Selon la Commission, pour 2018, l’UE devrait affecter jusqu’à 300 millions d’euros à des projets, des programmes ou au budget de l’État. La Commission a aussi avalisé une assistance macrofinancière de 500 millions d’euros pour 2016-2020 et la Banque européenne d’investissement devrait continuer à fournir des prêts au pays. Cette aide porte ses fruits, selon un rapport de mars 2017 de la Cour des comptes européenne : « d'une manière générale, l'aide financière accordée par l'UE à la Tunisie après le printemps arabe de 2011 avait été bien dépensée » et a « largement contribué à la transition démocratique du pays et à sa stabilité économique après la révolution », affirme la Cour des comptes. Sur la période 2011-2016, l’UE a fourni, rien qu'en dons, plus de 1,2 milliard d’euros à la Tunisie. (Camille-Cerise Gessant)

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